‹ Captivité du roi François IerChapitre 133 sur 241 · CE ROY · texte numérisé non relu

CE ROY

V CCll. — I.ETTHE DU CHANCELIER DU l’R.AT’ .AU MARÉCHAL DE MONTMORENCY.

Il écrii i M. de MonUnoreocy que madame Mar^erile lai a renouvelé l'ordre de faire pirer ta

rançon.

(IS tssa I

Monsieur, j’ay receu une lettre de madame la duchesse, jiar laquelle, entre autres choses, m’escrivoit avoir souvenance de vous faire payer vostre rançon. Je croy que avez assez peu congnoistre l’estât des finances du Koy et la despense qui a esté grosse; toutesfois, je y mectray si bonne peine, que congnolstrcz l’envy'e que j’ay de vous

' L’c'tlitcur des Lettres de Marguerite de Navarre dit. dans ime noie de son premier recueil (p. 199). que la lettre de celte princesse qu'il publie sous le n* 36. et qui a pour suscriplioû « A M. le chancelier, • est adressée au cliancelicr d'Alençon. Dans celte lettre, Marguerite écrit que le Roi désire que l'un fasse payer la rançon du maréchal de Montmorency. On ne voit pas ce que le chancelier d'Alençon pouvait avoir affaire avec les ordres à donner pour (aire |>a)er une somme par les trésoriers de rÊtal. Le vérité est que celte lettre de la duchesse Marguerite est adressée au

chancelier de France du Pral, comme le prouve la Iclli^ de ce personnage que nous publions, et qui est tirée du volume 85y3 de la collection Béthune .

La différence de la souscription de celte lettre 36 avec celle du numéro .^7, qui est réellement adre.ssée au chancelier d'A- Icnçon.aurait du prévenir l'iditeur contre celte méprise, Marguerite écrivant a son chancelier : • Vostre bonne inaistrcsso. • [P. aoS.) Elle ne devait pas (employer res termes à l’égard du chancelier de France.

faire plaisir, et vous asscure que ce sera bientost, vous advisant que me trousvercz toujours prest à faire pour vous ce qu’il me sera possible. Et pour ce que, par monsieur de Bryon, entendrez toutes nouvelles de deçà, ne vous feray plus longue lettre, se n'est que, après m’estre recommandé de très bon cueur à vous, prieray Dieu de vous donner ce que plus desirez.

■A Lyon, le xii' jour de novembre.

Mandez-moi, s'il vous plaist, ez mains de qui vous voulez que face tumber ladite prlie, et je ne fauldray à le faire payer.

Celluy qui vous clesire fere service, A. DU PRAT.

N- CCm — EXTRAIT DES REGISTRE.S DU PARLEMENT DE PARIS.

Plaintes notables de madame la régente contre la cour de parlement de Paris-

( Da urdj 14* jour ^ ■«imbr* IStd. J

Ce jour, M' Jacques de la Barde, conseiller du Roy en la cour de céans et president aux enquestes, a présenté à ladite cour des lettres missives de Madame, mere du Roy, regente en France , et de M' François Thavel, conseiller dudit seigneur, et de Jean Ruzé, son advocat en ladite cour, portant sur luy creance, descpielles la teneur s’ensuit :

À NOS Tnès cHEas et bien ,\mez les gens tenans la cotin de parlement PODR le rot, nostbe très cher seigneur et fils, à paris.

De pr Madame, regente en France.

Très chers et bien amcz, nous renvoyons présentement par devers vous le president de la Barde, qui est l’un des trois de ceux qu’avez envoyez par devers nous, lequel nous avons bien amplement déclaré et fait entendre les causes pour lesquelles les avons mandez ; et outre

SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 393 ce, luy avons donné charge vous dire de par nous aucunes choses ausqucllcs est besoing que nous faciès rcsponce, devant que puissions dcpescher les autres deux qu'avons encore retenus : ce que nous vous prions et mandons faire le plus tost que pourrez, et qu'il n’y ait faulte, car tel est nostre plaisir.

Donne à Lyon, le i3' jour d’octobre.

LO\SE

Robchtet.

A NOS SEIGNEURS TE.N.VNS LE PABLEMEXT.

Nosseigneurs, en ensuivant ce que vous avons escript nagueres, monsieur de la Barde, president aux enquestes, s’en va par devers vous avec lettres de madame la regente, et par luy pourrez estre amplement advertis de ce qui a este fait et qui reste à faire avant nostre depesche. Nous vous prions faire diligence, atlin que nostre retour soit abrégé.

Nosseigneurs , après nous estre très humblement recommandez à vos bonnes grâces, nous prions le benoist Créateur vous donner très bonne et longue vie.

Escript à Lyon, le 17 octobre i5a5.

Et après qu’elles ont esté leues, a ledit de la Barde dit, cpi’après que la cour luy eust et audit Tavel cl Huzé donné congé, eii ensuivant les lectres que madicte dame anroit escriptes à ladicte court, ils partirent de ceste ville et s’en allèrent devers elle , et la trouvèrent à Tournon. Et ledict jour, s’en allèrent devers elle au sortir de la messe et luv firent la reverancc, et luy dirent qu’en ensuivant ce qui luy avoit pieu leur escrirc, qu’ils estoient allez devers elle pour sçavoir son bon plaisir et vouloir, et la cause de leur mandement, prest de luy obéir et faire tout ce qui luy plairoit leur commander; laquelle leur fist réponse qu’il estoit tard, et que ce seroit pour une autre fois.

Et C8 jour mesme, furent devers le trésorier Robertet, qui leur dict qu'ils deurent aller devers le chancelier, et qu'ils estoient venus a mauvaise heure pour estre depeschet, et que à grande peine niadicte dame les depescheroit audict lieu de Toumon. Et despuis, furent devers ledicl chancelier, qui leur en dist autant, et outre, que madicte dame estoit sur son partement pour s'en aller à Lyon, lequel ils prièrent de leur faire commander d'aller à Lyon attendre madicte dame : ce qu'il leur promist faire.

Et despuis, feusmes devers le duc de Vendosmois et le sire de 1-autrect, qui nous firent très bon accueil. Depuis, madicte dame nous fist dire que nous nous en allassions devant à Lyon, et pensoient lors qu'elle deust partir dudit lieu de Tournon pour aller audict Lyon, dedans trois ou quatre jours après; mais elle s’en alla à Condrieu et à S'-Simphorien, où elle demeura dix-huit jours. Depuis, elle vint audit lieu deLyon, et furent Icsdicls de la Barde, Tavcl et Ruzé devers elle, et lors ne les voulloit point ouir, mais seuUement dist qu'elle parlerait à eut. Et, ce pendant, vindrent les nouvelles de la maladie du Roy, dont madicte dame, les princes et seigneurs estoient fort troublez; et se retira madicte dame aux Celcstins de Lyon, où elle demeura longuement, sans qu'on peust parler à elle. Cependant la cour envoya des Icctres auxdicts sieurs de la Barde, Thavel et Ruzé, par Estienne Camp, huissier en icelle, pour les présenter à madicte dame; lesquels feurent devers le trésorier Robertet , qui leur dist qu'il n’estoit temps de les présenter, et falloit encore quelque peu attendre. Et la vigille S* François, au soir, bien tard, vindrent nouvelles de la guarison du Roy, dont madicte dame et sadicte compagnie feurent merveilleusement joyeux. Et le lendemain elle fut en procession à Nostre- Dame-de-Confort, et sept ou huit jours après se continuèrent les processions en divers lieux, où Icsdicts de la Barde, Thavel, Ruzé se trouvèrent toû.sjours pour accompagner madicte dame.

Et un jour entr'autres, elle estant aux Celestins, luy presentasmes les lettres de la cour, lesquelles elle bailla au trésorier Robertet pour qu'il les leut. Et un jour ou deux après, elle leur fist dire qu’elle

SECTION III. -CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 395 les depesclieroit et qu’ils se trouvassent au levé de son disner, ce qu'ilz feirent. Et d'entrée, leur demanda s’ils avoient charge et instructions pour estre ouis au conseil du Roy estant lez elle, pour le fait des évocations et mandement dudit chancelier : lesquels luy respondireiit qu’ils n’en avoient point, mais la cour leuravoit seulement escript et envoyé quelques doubles pour le fait des entreprises que les gens de guerre et ceux disans de tenir le conseil, faisoient contre l’autorité de ladicte cour, lesquelles ils luy declareroient volontiers si c’estoit son bon plaisir. A quoy madictc dame leur dit qu’elle avoit escript à la cour qu’on envoya gens instruits devers elle pour le fait desdictes évocations et manderaens du Chancelier. Et sur ce, luy fut respondu que par les lettres qu’elle leur avoit escriptes aller devers elle n’en estoit fait mention, ains seullement qu’ils allassent par devers elle pour les raisons qu’elle leur diroit : et sur ce, madicte dame leur dit qu'au gouvernement et administration que le Roy luy avoit laissé lorsqu’il partis! pour s’en aller en Italie, elle s’estoit conduitte et gouvernée le mieux qui luy avoit esté possible; et après la deflaite de Pavye et prinse du Roy, elle avoit retiré, remis et ramassé la gendarmerie tant de cheval que de pied, grands et petits, qui estoient quasi comme perdus, de sorte qu’elle les avoit remis en leur premier estât et leur avoit fait bailler argent; qu’elle avoit tasché à faire alliance avec le roy d'Angleterre pour le bien de la paix, tellement que despuis la prinse dudict seigneur la paix avoit esté conclue etarre.sté entre le Roy et lcdict roy d’Angleterre; qu’elle avoit poursuivy d’avoir paix avec l’empereur, et faict toute chose pour le soulagement des subjets du royaume; et que depuis le parlement du Roy pour aller en Italie, elle avoit envoyé plusieurs grosses et excessives sommes de deniers delà les monts, pour l’entretencment de son armée; et neantmoings, depuis la prinse dudict seigneur, elle n’avoit fait aucuns emprunts sur le peuple, ne pris aucuns deniers sur les gens d’eglise, ne argent à interest, ne usure, ne autrement, comme avoient par cy devant fait les gens de finances; et si avoit cassé huict cent lances pour le soulagement du peuple, et n’avoit vendu auains offices

396 CAPTIVITF'; du roi FRANÇOIS I".

de judicature ; car, après la grande maladie qu'elle eut à Roraorentin, elle avoit remonstré au Roy et tant faict avec luy qu'il n'avoit depuis voulu vendre Icsdits ofliccs de judicature | qu'elle s'estoit tenue à Lyon pour estre près du Roy, luy estant en Italie; et depuis qu'il en fust party, elle avoit eu deliberation de se retirer en ceste ville; ce qu'elle eusl fait, n'cust esté qu'il a fallu qu'elle soit demeurée audict lieu de Lyon pour estre plus près des affaires qui viennent d’Italye , de Suisse , de l’Allemagne et des Espagnes , et s'il eust esté possible qu'elle se Icust peu mectre en dix parties, elle l'eust fait. Qu'elle avoit eu intention d’aller en Espagne pour la délivrance dudit Roy et le traité de qwix avec l’empereur; mais elle a esté contrainte de demeurer pour les affaires survenans en ce royaume, aussi qu’elle n’a voullu laisser le royaume sans chef, mais qu’elle y a envoyé la duchesse d’Alençon, sa lillc. Qu’elle esperoit la délivrance dudit seigneur estre briefve, et qu'il seroit bientost en ce royaume; et qu’il y avoit quatre des principaux princes d’Espagne qui s’estoient voulu hostager pour le mettre en liberté et y avoient voulu obliger leur propres corps et leurs biens, car lcdict seigneur est plus estimé ci pays d’Espagne et Italie que prince qui ayt Jamais este. Et durant sa maladie on a fait en Elspagne continuelles processions et prières à Dieu pour sa santé , et le peuple prie continuellement pour sa délivrance.

Que tant qu’elle a esté regente en l’absence du Roy, elle a usé de clemence et honnestetei envers les cours de ])arlement de ce royaume, et mesmeinent envers ceste cour comme la première et principalle et cappitalle. El neantmoings, combien que les princes et atilres grands seigneurs de ce royaume et les villes luy ayent rendu obéissance, touttefois la cour a esté seulle qui lui a voulu contredire , et qui a mis division en ce royaume : qui sont choses qui sont venues en la congnoissancc des Espagnols, Italiens et Anglois, et s'esbahissent les estrangers qui sont près d’elle de l’entreprise qu’a fait la cour; «ju’il y a eu plusieurs des conseillers d’icelle (|ui ont esté d’opinion d’assembler les E.stats du royaume pour venir rontre son aiilborité et la di-

minuer; et d’autres qui ont mal parlé de sa personne. Et que si elle n’eust esté régente, elle leur eust donné à cognoistre qu’il.s avoieiit mal fait, mais qu’elle est trop puissante pour s’en venger; qu’il y ,i plusieurs îles seigneurs de ce royaume qui luy ont offert de venir jusques en ceste ville pour prendre et saisir au corps les rebelles et désobéissant au Roy et k elle, ce qu’elle n’avoit voullu.

Qu’il y a eu d'autres qui disoient qu'elle n’estoit qu’ujie femme : toutesfois, qu'elle sçavoit bien qu’elle estoit mere du Roy et qu’elle estoit regente, et que ce n’estoit à la cour à restreindre cl limiter sa regcnce, comme elle s’estoil efforcé faire. Que les roys avoienl fait et institué la cour, et le Roy avoit fait la pluspart de ceui qui y .sont , et qu'il estoit en sa puissance de les deffaire en un jour, quand il luy plairoit. Leur parla au.ssi madicte dame des révélations des secrets de ladicte cour, et qu’elle sçavoit toutes les opinions qui se disoient ei jugements des procès, et mesineraeut par les gentilshommes qui luv venoient dire qu'un tel avoit esté de telle opinion; et qu'il ne se faisoil rien en ladicte cour qu'elle ne sceut.

Qu’il y a plusieurs des conseillers qui hentent les evesques et prélats et sont solicitant des procès, font des monopoles et menées et brigues pour les jrarties. Et leur recita que du temps du feu conte d’Angoidesme, pere du Roy, son mary, combien que sa maison feiist grosse et puissante et qu’il n’eust aucun procès , toutesfois qu’il estoit pour en avoir, ci pria le feu president de la Vacquerie de disiier avec luy; mais ledict de la Vacquerie ne le voulut jamais accepter et s’excusa, craignant, pour l’estât de son oIEce, qu’il deusi eslre .son juge. Que la cour se mesloit des affaires et entreprenoit des cliose.s qui ne leur appartiennent, et mesmement ont voulu prendre cognoi.ssance de procès d'entre les courriers et les posle.s : et n’esloit à la cour d'en cognoistre, mais à elle.

Ce fait, madicte dame vint à parler du fait des évocations, des matières de l’archevescbé de Sens , abbaye de Saint-Benoist-lès-Fleurysur-Loire et de Saint-Euverte d’Orléans, etc. et .s’esbabissoit comme cela se faisoit, veu que le Rov est prisonnier et absent du royaume.

veii aussy qu’elle avoit lait déclarer lesdictes évocations desdicts archevesché et abbayes par le sire de Montmorency et par Perrot d’Ouarty, et depuis par les contes de Guise et de Vaudemont, et l'oiTre et ouverture qui en avoit esté faite par le premier president de ladicte cour, et neantmoins la cour passoit oultre, et n’a voulu obtempérer à son vouloir; trouvant aussi estrange comme la cour avoit mandé le chancelier, vue les affaires du royaume ausquelz il est continuellement empesché, et mesmement au fait de fltalie, au traité de paix d’Angleterre et à la délivrance du Roy ; et qu’il n’y avoit homme qui entendist et conduisist les affaires du royaume si bien que luy, sans déclarer les causes pour lesquelles la cour le mandoit, lesquelles elle vouloit entendre. Kt pour ce que lesdicts de la Barde, Thavel et Ruzé veirent qu’elle ne contimioit plus en ses propos et se reposoit, ils luv dirent que la cour, sçaehant que son voulloir avoit tousjours esté par cy devant et estoit encore que la justice feust aussy bien administré durant l’absence du Roy comme si ledict seigneur estoit en ce royaume, et mesmement durant sa regence, en ensuivant ce qu’elle avoit plusieurs fois mandé et escript à ladicte cour, avoit tousjours administré justice aux subjects , le mieux qu’elle avoit peu , en gardant l’authorité du Roy et d’elle.

Ce fait, madicte dame leur dist, pour conclusion, que l’un d’eux viendroit devers la cour, pour leur dire qu’elle retenoit les matières de l'archevechc de Sens et abbayes de S* Benoist et S* Euverte d’Orléans devers elle, et qu’elle en vouloit cognoistre ; et que si la cour y faisoit difficulté , qu’elle declarast par escript les raisons qui la meurent, et quelle les feroit veoir par le conseil du Roy, qui estoit lès elle , les députez de la cour ouys , et audict grand conseil , et qu’après elle adviseroit si elle en cognoistroit ou non.

A quoy lesdicts de la Barde , Thavel et Ruzé luy dirent que la ju.stice avoit esté aussy bien ou mieux entretenue en la cour depuis le partement du Roy, qu’elle n’estoit en sa presence et luy estant en ce royaume , et qu’il n’y avoit communauté audict royaume qui ait tant voulut porter authorité du Roy et de madicte dame que ladicte cour.

SKCTION III.— CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 391# et ne voudroit faire choses contre l’honneur dudict seigneur et d'elle , et la suppliant qu'elle eust ceste estimation de la cour, que si on luv avoit fait aucuns (aux rapports, s'estoient gens qui le faisoient pour leur profit particulier, et qu'elle pouvoit avoir esté advertie par les contes de Guise et de Vaudemont et seigneur de Prccy et des Roches, de la diligence que ladictc cour avoit faictc pour entretenir ceste ville en paix, en l'oheissance du Roy et de roadicte dame, et par conséquent le royaume.

A quoy madicte dame leur fist responce qu’elle estoit advertie de ce que ladicte cour avoit fait pour le bien du Roy et d’elle ; mais que ce qu’elle en disoit, elle parloit aux mauvais et non aux bons. Luy dirent aussy que de faire assembler les Estats, la cour n’en avoit voulu esire cause, ains n’avoit esté mis en deliberation ; et que si aucuns des conseillers ont mal parlé d'elle, la cour n’en avoit rien sceu ; et si elle l’eust entendu, elle en eust fait punition. Et touchant l’ouverture du premier president, luy dirent que combien que madicte dame eust ordonné defifcnces cstre faites au chancelier de poursuivre les matières de l’archevesché de Sens et abbaye de S* Benoist au grand conseil et fait dire au chancelier et à ceux du grand conseil; néantmoings, ceux dudict conseil ont depuis cassé et annullé le.s arrests de la cour, et l’ont fait publier au son de trompe dedans la ville d’Orléans; qu’elle avoit fait escripre par le premier president qu’elle vouloil que la cour prist congnoissance des excès commis en ladite abbayeS* Benoist, et punist les malfaiteurs. Et, sur cela, madicte dame leur respondit, qu’attendu qu’elle avoit évoqué le principal, la cour ne debvoit passé outre sans l’en advertir ; et si ceux du conseil avoient fait quelque chose mal, toutesfois la cour se devoit monstrer la plus sage. Et à cause que la cour avoit passé oultre, elle avoit voulu que ceux du conseil feissent le semblable.

Et pour ce que lesdicts de la Barde, Thavel et Ruzé n’avoient aucunes instructions touchant i’archevesché de Sens, abbaye de S* Benoist et S'Euvertc d’Orléans, et aussi touchant le mandement dudict chancelier et intreprises dudict conseil , ils ne vouloient entrer plus

400 CAPTIVITÉ DLi KOI FRANÇOIS I".

avant csdictes matières, mais donnèrent à entendre à madicte dame lesdictes entreprises; et luy dirent qu'au moyen des lettres qu’elle avoit fait escrire à la cour, qu’elle ne feroit plus d’évocation, sinon au cas de l’ordonnance, aussy qu’elles sont fondées sur un faulx edict , la cour a passé oultre , et prins connoissance desdictes matières.

Et, au regard des concordats, luy dirent que la cour n’avoit rien fait contre iceux ; et pour ce qu’elle avoit parlé des revellations des secrets de ladite cour et aussy de ceux qui avoient mal parlé de sa personne , ilz supplièrent madite dame de nommer ceux qui le reveloienl , pour le dire à la cour, afin d’en faire punition telle qu'il appartiendra. A quoy elle dist qu’elle le diroit au Roy: la supplièrent aussi leur donner congé pour leur en venir, afGn de faire tes instnictions qu’elle demandoit et dire à la cour ce qu’elle avoit ordonné et déclaré.

Et , stir cela , elle leur dist que deux d’entre eux demeureroient là, et l'autre s’en viendroit. Depuis, ceux de la faculté de théologie de ceste ville escripvirent à madicte dame pour renvoyer ledict de la Barde, attendu que maistre Guillaume du Chesne , l’un des juges deleguez par le pape siu* le fait des lieresies, estoit allé de vie à trespas, et qu’ilz n’estoient plus que trois, et que, sans lui, on ne pourroit procéder au fait desdictes heresies. Madicte dame luy fist faire commandement de s’en venir, et lui ûst dire qu’elle vouloit que la cour lui rendist response sur les choses susdites, et aussi qu’elle vouloit parler à luy à part, et luy manda qu’il se trouva en sa chambre : ce qu’il fist , où madicte dame lui parla de quatre ou cinq choses.

Premièrement de sa regence, si la cour avoit mis aucunes limitations sur le fait de sadite regence.

A quoy ledict de la Barde luy dist qu'il n’en savoit rien, et qu’il croyoit que la coiu- la voudroit plus tost augmenter que diminuer. Et, sur ce, madicte dame luy dist que la cour s’estoit eflbreée de restraindre sa puissance, et de fait elle l’avoit restreinte ainsi qu’elle

SKCTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 401 avoit esté advertie. El luy demanda pourquoy la cour avoil si fort à cueur les matières des archeveschc de Sens et abbaye de S‘ Benoist. A quoy ledict de la Barde luy dist que les parties venoient demander à la cour justice, qui ne leur pouvoir bonneslement refuser, joint aussi que madicte dame avoit fait escripre à la cour qu*clle ne feroit aucunes évocations, sinon celle de l'ordonnance. Et sur ce, madicte dame luy f>st rcsponcc qu'elle n'avoit ainsi fait escrire , mais qu'elle feroit le moings d’évocations qu’elle pourroit.

Luy demanda aussi s’il esloil à la deliberation quant le chancelier fut mandé, et les raisons <pii meut la cour de ce faire.

A quoy ledict de la Barde dist : que c’estoit pour conférer avec luy touchant le fait des évocations, et dilTcrcnl de ladicte cour et du grant conseil, pour oster le scandallc du |>euple, et (pie autrefois il avoit esté ainsy faict et mesinement du temps du feu roy Louis, dernier décédé, lequel envoya à ladicte cour le feu arcbevesrjue de Sens, ayant lors la garde des sceaux, et l'on pacifia plusieurs diiferands qui esloient lors pour le fait des évocations, et lors ledict chancelier estoil premier president. A quoy madicte dame luy dist que ce n’estoil cela, et qu’il y avoit quelqu’autre chose secret; mais qu’il n’est temps de le mander. laiy parla aussi du fait des finances, et pourquoy il n’estoit allé à S' Benoist, et luy demanda pareillement ce que les juges deleguer avoieiit fait de frère Megret, disant ipie si elle ne l’eust envoyé de pardeçà, il eust gaslé tout le pays Lionnois et d’alentour , et qu’il y a plusieurs luthériens en ce royaume ; et quelle craint qu’a près qu’ilz auront fait tout ce (ju'ils auront peu contre Dieu , ils facent quelque chose contre le Roy , et elle et la chose publique , cl qu’elle veult et entend qu’ils soient punis et qu’on en face justice, et que la cour y tienne la main.

Davantage, furent lesdicts de la Barde et Riizé advertis qu’il y en auroit des Comissions scellées, addressantes au s' d’Auhignv et au capitaine Gabriel de la Chaslre, pour venir prendre au corps aucuns des conseillers de céans et les mener pardeli, cl qu’il falloil que la cour advisast à faire response à madicte dame sur le tout.

SI

Ce fait, a esté la matière mise en deliberation , et non fait conrlusion.

S- CCIV — LETfRE OE MARGUERITE D'At.ENÇON AU ROI.

l’Uic est allée trouver i'empmur, qui lui a permis de repartir; mais c'est uoe dissimulatioo.— Le Roi ne doit pas se laisser abattre par ces propos. — L'empereur en viendra k ce qu'elle désire.

[ Kortoütn 1U5. ]

Monseigneur, après avoir esté quatre jours sans voir l'empereur, j'ay ennuist esté devers luy, et pource que les propous sont d'importance et de conclusion de congié, ce porteur les vous dira plus au long que ma letre. Més, monseigneur, je vous suplye que leur esirangetté et dissimulacion n’aist la puisance de vous donner ennuy, car quant je suis venue à demander congié, j’ay trouvé l'empereur sy gracieux, que je croy qu'il craint fort que je m’en ayllc; et sy vous plest que vous teniés bon, je le voy venir où vous désirés. Més ilz voudroient bien me tenir ysy sans riens faire , pour favorizer leurs afaires, comme il vous plaira entendre. Ausy, monseigneur, vous voirés ce quy est venu de Madame, et la paine en quoy elle est, et les bons serviteurs que vous avés , dont je loue Dieu : car, puisque vous estes tant aymé de vos subjeetz et des estrangiers, j’espere que celluy qui leur donne ce vouloir leur donnera l'accomplissement de leur désir par vostre délivrance : de quoy le suplie de tout son cceur

Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur,

MARGUERITE

mier recueil , p. 1 96.) L’éditeur des Lettres de Marguerite de Navarre dit, dans une note de son deuxième recueil , p. 67 , que madame la duchesse d'Alençon arriva en France le i5 décembre. On ne

‘ La duchesse d'Alençon quitta Madrid quelque temps après l'époque où cette lettre fut écrite. On voit, par une autre lettre dp cette princesse, déjà publiée, que le 30 novembre elle était à Alcala. (Pre-

SECTION m. — CAPTIVITÉ EN ESPAONE.

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