I.as ! moy par toy dolente et paouvre mberablc
Je n'ay jamais usé envers toy le semblable.
Point n’ay désiré veoir mort pour toy doloreuse ;
Ains de te veoir joyeulx tousjours fus envyeuse.
' D’tmîlié. de Baluze. — ’ Que d'aspros soing et dueü ne veult le fruict cuîllir. .Vs. de Can^é.
Mais, certes, je ne sçay, lielas ! quant ce sera Que mon piteux regret * vers toy s'adressera.
Ha ! quantes fois le mien très-dolent ctieur tressault. Quant le grand seing de toy par quelque peur l’assault Aultre secours je n’ay , si n’est à Dieu prier Que de mal dangereulx te gard et d’encombricr :
C’est tout le niyen soucy, désir et pensement De jour et nuyet travailler à t’aymer seullcment :
Car tourmentée suis maintes foys^ sans propos, Languist en peine et mal, sans trouver nul repos. Doneques, ainsi le dueil par tant de faulx alarmes M'assault, que une grand mer je feroys de mes larmes, Et mon pouvre esperit si souvent se transporte, Qu’esgarée me treuve en trop pénible sorte.
Dont souvent en mon cuctu' mes yeulx ont présenté Ennuy , peine et travail et penser tourmenté.
Ensemble tous les maulx qui font le'monde bayr. Trouver la vie longue et soy-mesme fouyr.
Et nonobstant qu’en ce n’ayez ne mal ny peine.
Le seul suspeçouner me rend comme certaine , *
Celle doubtc à toute heure estant si très craintifve. Qu’elle oppresse mon cueur d'amour trop ententive : Car quelque bien que j’aye et qu’on sceust présenter, .Sans toy je ne pourroys jamays me contenter.
Souventes foys dormant, à songer je me boutte Qu'on te veult faire mal; par quoy je tremble toute. Ainsi par toy, cruel, en quelque beu que voise.
Je ne puis trouver beu où me trouve à mon ayse.
Bien dilBciie il est d’amour vraye et non faincte Jamais pouvoir aymer sans avoir double et craincte. Tu viz doneques bien ayse, ayant joye sans dueil.
Et je gecte en plorant les grosses larmes d'œil.
' Regard. JMf. de Cangi. — ’ Nuvt et jours.
SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 553 De ma mori brieRe veoir tu as certes envye;
Mais tout le myen désir est le veoir longue vie.
Je voys que de mes yeulx ne poiuront plus sortir Eauix, larmes ny grands plews pour mon feu admortir;
Ny de mon estommach n’est plus souspir qui .saille.
Dont trop plus seiche suis que le boys sec ou paille.
Désormais il convient que mon malheur en somme Dedans le feu d'amour avecq mon corps consomme.
Voici doncques d’amour l’extrcsme et dernier signe.
Qu’à toy, ingrat amy, j’envoye ains que je fine.
Plus ne pouvant escriprc, je fais fin à ma lectre.
Après laquelle vois à la mort me soubzmectre.
Sans nulle guarison actendre ou medecine.
Ne désirant santé , car je ne m’en sentz digne.
Devant mes yeulx la veoy par trop triste et horrible,
V'enant mectre la fin à ma peine terrible,
Puysqu’elle a le pouvoir guérir et faire seine La pensée en ce monde qui ne vous rend que peine.
Dont à moy seulle elle est propice et aggreable,
Aux aullres est terrible et trop espouventable.
Mais si jamais tu fuz par amour enflammé De moy, qui de bon cueur si longtemps t’ay aynié.
Si passes par icy après le myen trcspas.
Je te prie t’arrester sans marcher oultrc ung pas.
Jusque à ce qu’ayez veu, par ceste pourtraiclure ,
Geste myenne epy'tapbe et dolente escripture :
EPTTAPHE.
Une femme gisant en ceste fosse obscure Mourut par trop aymer d’amour grande et naïfve ;
Mais combien que le corps soit mort par peine dure.
Joyeulx e.sl i’esperit de sa foy qui est vifve.
CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS r.
Hl'ICTAlN D'UNG PLEÜB.
(.cssez, mes jeulx, de plus vous tourmenter, Puisqu'en voz pleurs n’y a point d’alegeance.
I js ! c’est le point qui nous faict lamenter :
Car s’en pleurant nous avions esperance Que pour noz pleurs s’amoindrist la souffrance. De cest espoir prendrions tant de confort Que de pleurer n’aurions plus la puissance : Voilà pourquoy nous pleurons ainsi fort.
Disant bonsoir à une dnmoIscUc,
Luy ay voullu de bon cueur demander S’cUe vouUoit riens la nuyet commander.
Elle m’a dict que je n’ayinassc qu'elle.
Telle doulceur je trouve trop cruelle :
Car sa responcc interjircter je veulx , Saichant qu’Amour se nourrist de querelle. Qu’elle a pensé qu’on en peult aymer deux.
L'aise que je reçoy, vous voyant mal contant De mon eslongnentent , ne permcct que je pleure. Combien que de mon aise cl plaisir je m’absente.
Et du lieu où plus part de moy sans moy demeure.
11 est vray que vostre œil epi pleure le mien tante ;
Mais mon cueur ne consent qu'en pleurant vous sequeurc Car c’est bien la raison que celuy seul lamente Qui pour me faire vivre est cause que je meure.
SECTION IV. — DELIVRANCE DU ROI
EPYTAPHE.
Elle est morte. — Non. — Est-elle vivante ?
— Ne régnant plus. — Plus que jamais régnante.
— Mort la délient. — Mais mort elle suplante.
— Dy les raisons. — Iluyt germes de sa plante Nous a laissez en paix, dont bien me vante Qu’en ciel terre demeure triumphanle.
Dessus le marbre de dui'e recompense Ensevelly tu as temps et service,
Voullant que vif de mort face l’oflice.
Me punissant pour en moy n'estre offense.
Mon innocence en cueur ingrat gravée Me faict haïr service, foy et temps ;
Puisque condampne tout le bien de présent En nide exil, par loy non approuvée.
Tu me congnoys, et non ta cruaulté;
Tu me pugnis, et non la tienne offense; Tu me tiens tord de mon obéissance.
Me pugnissant pour ma grant loyaulté.
Dictes, sans paeur, ou l'ouy ou nenny :
Car l’un des deux ne m’est (jue proffi table.
Si c’est nenny , je rendray lionnorable Ma fermeté, aymant de vous banny.
Si c’est ouy , c’est le fruict de l'attente ,
Plus digne assez que labeur de service.
Donc choisissez ce qui vous est propice :
Qir l’un m’honore et l’autre me contante.
A Mcnelée et Paris je pardonne,
L’ung de sa femme importun demandeur, L’aultre d’amyc obstiné deCFendeur.
Ma is du malheur des Troiens je m'estonne : Car s’il failoyt que pour belle personne La ville fust quelquefoyz desmolye ,
Périr pour vous, madame belle et bonne. Leur eust esté plus gloire que folye.
Plus j’ay de bien, plus ma douleur augmente; Plus j’ay d’honneur, et moins je me contente : Car ung rcceu m’en faict cent desirer.
Quant riens je n’ay, de riens ne me lamente; Mais ayant tout, la craincte me tourmente.
Ou de le perdre ou bien de l’empirer.
Las ! je doibs bien mon malheur souspirer,
Vu que d’avoir ung bien je meurs d’envye ,
Qui est ma mort , et je l’estime vie.
Malheureuse est cpii faict par sa bcaulté Feu si très grant, qvi’il est mis en mémoire; Kncorcs plus que par desloyaulté D’uug bon mar)' faict une triste histoire.
Peu d’honneur a celle qui prent sa gloire Sur ung amy user de cruaulté;
•Mais heureuse est la bonne, saige et noire Qui ne use point de directe cauté.
SFXTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI