‹ Captivité du roi François IerChapitre 5 sur 241 · XX.Wll · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION, en otage pour faire rendre la liberté au Roi'. Enfin, les agents de Charles-Quint écrivaient de Lyon à leur maître : « Le Roi est si merveilleusement aimé, que si sa rançon fust convertie en argent comptant, on ne la sauroit faire si excessive que lost elle ne fust preste; l'alTectiou du peuple avoit esté augmentée depuis qu'il a esté sceu comment il s'est porté honneslenient et en prince de cœur à sa prinse*. « Un pareil témoignage d'un ambassadeur étranger est un éclatant démenti aux narrations contraires de quelques historiens français au sujet des sentiments de la nation envers le Roi en sa captivité.

Le 3 juillet i5a5, François I" dépêcha le maréchal de Montmorency vers l’empereur. Ses instructions disaient^ que le plus grand dé.sir du Roi était de voir l'empereur, de lui déclarer ce qu’il avait dans le cœur, et de lui faire connaître qu’il espérait encore en sa magnanimité. Mais il fallait au Roi bien de cruelles épreuves pour ne pas sentir qu’il se trompait en s’adressant au cœur de l’empereur! Il demandait en même temps un saulcundnit pour la duchesse d’Alençon sa sœur, afin qu’elle put venir, avec un train honorable, selon la qualité et grandeur du personnage, négocier la délivrance de son frère. Enfin, Montmorency était chargé de démentir des paroles qui étaient imputées au Roi, à savoir, qu’il avait mal parlé de l’empereur, et qu’il avait donné sa foi, le jour de la bataille de Pavie, à Lamothe-des-Noirs‘. L’évidence et la certitude de ces divers faits n’ont pas empêché de dire que la duchesse Marguerite fit demander à l’empereur un sauf-conduit secrètement, d’une manière détournée, en n’ayant garde de se nommer* et au

• Voy. p. .Î96.

* Lettre de M. de Praet , ambassadeur deCharlea-Quint, p. 385. et Lana, CormponJenz tUi Kaisert Karl V, p. 17^.

^ Mémoire à M. de Mootmorencjf de ce qu’il aura à dire à l’empereur, p. a38 ‘ Ibid. p. a4o-

* Soûce tar Marguerite d'An^onléme ,

xxxvm

tNTROÜUCTION.

moyen d’une letlre • qui paraissait avoir été concertée dans l’espoir d’une indiscrétion qui la ferait passer sous les yeux de l’emjx;reur'. » Cette opinion n’est point justifiée par les documents, et il est avéré que ce lut le Roi qui désira la venue de sa soîiir en Espagne, et qui demanda ostensiblement l’agrément écrit de l’empereur.

Rien n'arréta la résolution de la duchesse lorsqu’elle connut l’intention du Roi : l’espoir de diminuer la rigueur de sa piison calma toutes les craintes que ce grand voyage lui inspirait naturellement. L’empereur avait accordé le sauf-conduit^ en même temps qu’une nouvelle trêve de trois mois, et il réservait, disait-il, à la princesse l’honneur de conclure avec lui le traité de délivrance du Roi et de paix universelle \ demandant en même temps des ambassadeurs munis de pouvoirs suffisants pour discuter préalablement, avec les ministres espagnols, les intérêts des deux couronnes*. En conséquence, le Loi écrivit en France pour faire hâter le départ de la princesse sa sœur : toutefois, elle ne put s’embarquer qu’à la fin du mois d’août*.

Dans cet intervalle de temps, de longues, d’inutiles négociations et d'oiseuses conférences avaient eu lieu à Madrid et à 'Folèdc entre les agents des deux couronnes. Les uns étaient accrédités par la régente : c’étaient François de Tournon» archevêque d'Embrun; le premier président du parle-

rn lé<e fin premier recueil des Lctlies de t'eue prinrcüse, publias pour la Société «le rHUloirc de France» p. i8 et notes des page» 179 cl 183.

' Vojcï, sur Torigine de ces erreurs, notre note 1 , p. 1 79.

* Dans son ilisloirc de Fiance, t. IX.

p. a6i, le P. Daniel prétend, par erreur, qui ce fut le roi d’Angleterre qui l’obtint.

’ Rapport de ce qui a été négocié, eic.

* IhU.

* Elle Êlail à Aigues-Mnrles le 37 aoûl. {LcUns citées de )tar^uerite d’Angoutémet p. 182.) Voyez aussi ta lellre de U duciiense dAngoulême, dans ce volume,

INTRODUCTION. xxmx

ment de Paris, Jean de Scive, et M. de Brion; les autres venaient de la part du roi prisonnier : MM. de Montmorency, de la Barre et Bahou, les plus actifs ou les plus habituellement employés, et de la Barre nous raconte qu’il ne fit pas moins de di.x-huit voyages de .Madrid à Tolède Charles de Lanoy, Hugues de Moncade et Lallemant avaient rcçu les pouvoii’s de f empereur. Ces personnages dirigèrent la première partie des négociations , jusqu’au moment de la grande maladie de François P' et de l’arrivée de la duchesse Marguerite .à Madrid.

Cliarles-Quint n’avait pas cessé d’entourer des plus grands honneurs tous les personnages français qui lui étaient envoyés, soit de la part du Boi, soit de la part de la régente* : vaincs démonstrations toutefois, car l’on pouvait juger de la persistance de ce monarque, dans les demandes qu’il faisait au Roi, à l’excès même des prévenances ou des politesses qu’il prodiguait aux négociateurs.

Ils n’étaient pas tous aussi habiles que savants : le président de Selve, par un long discours dans lequel il fit intervenir l’hi.sloire d’Egypte *, celle de la Grèce et de Rome, l'Écriture sainte, Charlemagne et autres noms célèbres de l’iiistoire*, invoqua 1.x clémence et la magnanimité de l’empereur, et proposa que François l"fût mis à rançon, mais qu’on ne lui demandât .xucune partie du domaine de la couronne, qu’il n’avait pas, du reste, le droit d’aliéner. Une si verbeuse éloquence toucha médiocrement l’empereur; il reconnut dans sa réponse qu’il lui serait impos.sible de réciter tant d’histoires et de bons exemples qu’on venait d’alléguer®, et il renvoya les ambassadeurs

' Bapporl au parlement de Paris, etc. ’ Lettre des ambassadeurs, p.

p. 633. * Ibid. p. a56.

' Lettre des ambasaadeurs, etc. p. abS. * Ibid p. abS.

INTRODUCTION

français à discuter avec ses ministres les conditions du traité. F.,es conférences de Tolède' s’ouvrirent le 20 juillet et se prolongèrent durant tout le mois d’août. On discuta successivement toutes les concessions demandées et déjà communiquées an Roi La proposition d’une rançon en argent y fut aussi renouvelée sans succès. Ces conférences n’eurent pour résultat (|uede montrer que le grand chancelier de l’empire, Gattinara, et le premier président de Selve, < étaient gens de grande littérature et que les disputations ne sont pas bonnes pour parvenir à paix *. » La conclusion finale fut que l’on rendrait compte «le tous les discours à l’empereur *.

François I" fut informé du singulier résultat de cette interminable conférence, et ses espérances se rattachèrent de plus en plus à l’arrivée de la duchesse sa sœur. L’em|>ercur demandait toujours la Bourgogne, mais le Roi espérait que la duchesse Marguerite changerait ses dispositions en ce point''. -Néanmoins, les conférences continuèrent, tantôt chez le grand chancelier, tantôt chez le vice-roi de Naples; les discours ou les mémoires écrits se succédaient selon l’usage, et d’autant plus nombreux qu’on était moins près de s’entendre. On arriva bientôt aux paroles «/in piquent®, et les ambassadeurs français reconnurent enfin que Charles-Quint ne voulait rien abandonner de scs prétentions, qu’il était résolu de profiter des circonstances pour contraindre le Roi, fatigué de la prison, à céder la riche province demandée’.

Ce fut alors seulement que les illusions de François I" sur les bons sentiments de l’empereur, sur ce qu’il avait espéré de sa

’ Conft'rencei <le Tolède, p. ^64- * Supra, p. XXVI.

Confèrences de Tolède, p.

' fhul. p. x8a.

* Lcllrc de François 1" à rarcheNt^que d’Embrun, p. aqA-

* Lettre du président de Selve, p. agb- ' Première prolcstalioo, p. 3oi et 3oa.

INTRODUCTION. xu

niagnanimité, de sa grandeur d’âme, commencèrent à se dissiper. Il entrevit ou une détention perpétuelle, ou un traité onéreu.x et honteux qui lui serait arraché par la violence. Le dauphin était en bas âge; le royaume de France, agité par les sectateurs des réformes religieuses; quelques partisans obscurs du connétable essayaient d’éveiller les sympathies du peuple en sa faveur; enfin, de jeunes conseillers au parlement de Paris, quoique en très-grande minorité, rêvaient pour cette cour judiciaire la conquête d’un pouvoir politique et d'une action sur le gouvernement , que rien ne pouvait justifier. La confiance du Roi reposait sur la sagesse et la fermeté de la régente; mais il connaissait aussi le mauvais état de la santé de sa mère. Tout lui faisait donc craindre de voir arriver le moment où sa présence en France deviendrait nécessaire pour la conservation de l’État.

La conduite du parlement de Paris avait été l’objet de l’attention générale, non-seulement en France, mais encore hors du royaume , de la part des souverains étrangers. Leurs regards se fixaient naturellement sur les actes de cette cour souveraine, la première et la plus importante du royaume'; celle dont l’exemple était si puissant sur les parlements des provinces. Des allures de cette cour pouvait dépendre la tranquillité de la France; elle avait enregistré avec empressement les pouvoii-s de la régente, instituée par les lettres patentes du Roi données le 17 octobre i5a4’, et bien loin de les trouver trop étendus, comme font dit quelques historiens ^ cette cour les aurait volontiers augmentés *, tant était grande

' Kxtmil des registres du parlement, p. 35o.

' LcUrcs patentes du Boi, t|ui reiiou* veJlenl les pouvoirs de la régente, p. 39.

* Garnier, //wfoire de fronça, I. XXIV, p. 106.

* Béponscs (lu parloment aux plaintes de madame la régente, p. 4oo.

xui INTRODUCTION,

la confiance générale dans la prudente fermeté de la régente. Cette princesse eut plus d’une fois l’occasion d’exprimer au parlement toute sa satisfaction pour le dévouement qu’il avait montré. Le roi prisonnier eu avait été informé par sa mère et avait envoyé la Hochepot, de Pizzighitoue à Paris, chargé de porter à la compagnie les remerciments du monarque *. Il les renouvelait lui -même, peu de jours après, dans une lettre dont les termes nobles et dignes méritent d’être à jamais conservés^.

Cependant , un intérêt privé fut bien près de troubler cette union si nécessaire à la chose publique : une ailaire qui intéressait personnellement le chancelier de France’, et dont le parlement était saisi, fut évoquée au grand conseil; elle se rattachait, par un côté, à la grande question du concordat nouvellement établi en France, et qui, aux yeux du parlement, blessait les libertés de féglisc gallicane*. Le parlement, privé de la connaissance de cette afl'aire , écrivit à la régente pour la prier d’envoyer le chancelier conférer avec la cour, et il était retenu, in mente cariai, que si le chancelier ne comparaissait point, il serait ajourné personnellement’. Les articles furent en effet rédigés par favocal Lizet ®, en même temps que trois députés furent envoyés à la régente pour lui rendre compte du motif de la conduite du parlement. Mais, comme il arrivait d'ordinaire, le ministre sut intéresser, dans une

* Extrait den ref^stres du paHeraent,

’ Lettre de François I" aux compagnies MJiivcraines, p. 159.

’ La nomination du cliancelicr du Pral à l’archevéché de Sens et à l'abbaye de Sainl-Benoit-sur-Loirc. (Voyez, sur celle évocation, les pages 4oo, 4oi,

àob, etc.)

^ Réponses du parlement aux plaintes de madame la régente, p. 4o4-

* Extrait des registrea du parlcmeot, P- 392

‘ Il voulut s'excuser de remplir celle miaaiou, parce qu'il avait reçu des bien* faits du chancelier; mais la cour n'admit pas celte excuse. (P. ^99<)

JMnODUCTlÜN. xLij

aiTaire qui lui était toute personnelle, les prérogatives de la royauté*, et il les appela à la défense de ses intérêts privés. D'autre part, on lit à la régente les rapports les plus exagérés sur les discussions intérieures du parlement; on y représenta cette cour comme la seule qui voulût la contredire, et qui eût proposé d'assembler les états généraux pour contrebalancer son autorité et |X)ur la diminuer; les courtisans ajoutèrent que quelques conseillers avaient mal parlé de la duchesse d'Angoulême, disant quelle n'était qu'une femme, et que la cour devait restreindre et limiter sa régence .Mais on ne l'instruisit pas du fond même de la question, de révocation au grand conseil que le parlement trouvait insolite en pareille circonstance. La régente, de plus en plus aigrie contre le parlement, par fell’et de ces tristes menées, écouta cependant les remontrances qui lui furent adressées. Dans sa réponse, elle reconnut les services quelle avait reçus depuis la captivité du Roi^; mais elle ne se dispensa point d'ajouter que ce dont elle se plaignait s'adressait aux mauvais conseillers et non aux bons; que plusieurs seigneurs lui avaient offert d'aller prendre et saisir au corps les rebelles et ceux qui avaient mal parlé d'elle, mais qu'elle était trop puissante pour s’en venger *. L'éloge du chancelier de France et des services qu'il rendait à l'État termina cette réjxjnse*, et les questions principales lurent, d’un commun accord, remises à des temps meilleurs. De son côté, le parlement comprit qu'il avait poussé trop loin son opposition à l'évocation, et de sou propre mouvement il fit biffer sur ses registres® les arrêts d'ajournement

* Réponse du parlement aux plaintes de ta récente, p.

’ Ibid, p, 396-397.

Elirait des reg.daptriement,p. 399.

* Kxtraitdes reg. du parlemeot, p.397.

‘ JbÜ. p. 398.

* Les registres de celle cour oonslatcnl ce lait sous la date du 29 mars 1537.

»uv INTRODUCTION,

personnel du chancelier. C’est ainsi que cette opposition si redoutable et si résolue du parlement à la régente, selon certains historiens* qui en font grand bruit, se réduit en réalité aux simples proportions d’un conflit de juridiction entre cette cour et le grand conseil, conflit que le chancelier se donna le tort impardonnable d’exciter pour sou propre intérêt dans de si dilTiciles circonstances’; et ce tort mérite le blâme de l’histoire, car ces dissensions publiques entre la régente et le parlement relevèrent le courage des ennemis du Roi, leur firent espérer des divisions intestines, et exercèrent un pernicieux eflét sur les négociations de Madrid

François I", toujours prisonnier en Espagne sous la garde d’Alarcon, résidait encore près de Valence. L’empereur lui écrivait des lettres de courtoisie et de gracieuseté, et envoyait pour le visiter ses principaux ofliciers Les ordres les plus précis avaient été donnés et renouvelés pour que le Roi fût traité avec les plus grands égards : Alarcon et le vice-roi exécutaient ponctuellement leurs instructions en ce point. Les ambassadeurs de la régente pouvaient donc écrire avec toute vérité que • le Roi est tant et si humainement traicté et honoré de ses gardes, par la vollonté de l’empereur, qu’il n’est possible de plus, hormis la liberté’. » L’historien Garnier est donc bien loin de la vérité lorsqu’il raconte que Lanoy laissait le Roi se promener sur une mule, mais dans l’équipage d’un criminel que l’on conduit au supplice’. Malgré tant de bons procédés, l’entrevue

‘ SUmoodi, HUt. (Ut Françaiât t. XVI , pattim; Tliibaudeao» Histoire des états généraux, I. ^ p. 3^4 et suiv.

' lillérieurement, U régente témoigna de nouveau au parlement toute oa taliafaction pour m conduite. {Vojtt p. 435 de ce volume.)

* Rapport de Babou sur les négociations, p. 433.

* Lettre de CharleS'Quint à François I”, p. a33.

* Lettre des ambassadeurs français .

* Histoire de France, t. XXIV, p. 17a.

INTRODUCTION. xt.v

des deux monarques, si désirée par le roi de France, n’avait point encore eu lieu ( i8 et 19 juillet) : on la faisait espérer pour une époque rapprochée; enfin, le commendador Fiquerol vint pour conduire le Roi à Madrid Dès l’arrivée du Roi dans cette ville, l’empereur envoya complimenter François 1", et savoir de ses nouvelles^; mais il ne manifesta l'intention ni de visiter, ni de recevoir son prisonnier. Les négociations suivies par les ambassadeurs de la régente étaient devenues fort orageuses, et les demandes toujours exagérées de l'empereur les avaient même momentanément suspendues.

Le Roi fit alors appeler les ambassadeurs de la régente au château de Madrid, le 16 août i5a5, et il donna l’ordre à Gilbert Bayard de rédiger immédiatement une protestation dans laquelle il déclarait que, bien qu’il aimât mieux supporter longue prison que faire chose à lui honteuse et dommageable à son royaume, il protestait que, dans le cas où il serait contraint de laisser, par détention et longueur de prison, les droits de la couronne de France, que cela serait et demeurerait de nul effet et valeur, comme obtenu par force et contrainte, ainsi qu’il l’avait déclaré en Italie devant le vice-roi de Naples, le marquis de Pescaire, Antoine de Leve, Alarcon et autres, qui étaient chevaliers d’honneur, et qui pourraient l’affirmer’. Cette protestation, signée par le Roi, par l’archevêque d'Embrun, Brion, de la Barre et Bayard, fut communiquée, le aa août seulement, au président de Selve, qui était alors à Tolède*.

Un seul espoir restait au Roi et le consolait dans ses tristes pensées, c’était l’arrivée de la duchesse d’Alençon. Informée

* Lettre de Brion à U régente, p. 9 63. * Première proleslation du Roi. p. 3oo

' Lettre de CherleS'Quint èFren<^itI'', à 3o3.

p. -iSS. * Ibid, p, 3oà.

xLïi INTROül.CTlON.

(lu vœu de son royal et bien-aimë Irère, Marguerite abandonna sans regret, sans hésitation, une cour dont elle était le plus bel ornement. Surnommée par les poètes du temps la di.xième muse et la quatrième grâce, l'habitude des doux loisirs ne la fit reculer ni devant les pénibles diificultés, ni devant les nombreux obstacles inhérents à ce long voyage, dans une saison et une contrée où les chaleui's sont parfois exce.ssives; les inspirations de l’allection fraternelle étaient plus fortes que la crainte de ces dangers : le Roi et la France étaient tout pour le cœur de Marguerite. Arrivée à Aigues-.Mortes, le 27 août, pour s'y embarquer, elle y fut retenue (|uelques jours par le mauvais temps*. La régente l'avait accompagnée jusc|u’au Pont-Saint- Esprit; elle y attendait la nouvelle de son départ’, tout à la fois chagrine et heureuse d'un si rare dévouement. Tout naturel qu'il était d'ailleurs, on lui a donné une autre interprétation, comme s'il en fallait une à toute action grande et généreuse, à tout sentiment élevé, ün a, en ell’et, imaginé que la digne sœur du roi prisonnier alla, non pas secourir le Roi dans ses misères, mais trahir, mais livrer à Cliarles-Quint les amis de la France, lui dénoncer l’alliance secrète du pape, de Pescaire, de Morone et d’autres Italiens, que la régente avait elle-même concertée. Ln historien justement renommé pour ses ouvrages et pour son caractère s’est oublié juscpi’à répéter une si grave accusation ’ ; une telle méprise est toujours fâcheuse.

Si l’on en juge par les lettres de Charles-Quint et par celles

* Lettre de tnadnmr d'.^ngotiKnu' .

p. 3o6 ei 309.

* Ck^tte pnnreue dc s'etnbèrqua point avec le président de Selve et l'arcbevèque d'Embrun, comme on l'a imprimé dans

la Notice sur Marguerite d’Angotilèmo, p. 1 g. Ces personnages étaient déjà depuis longtemps en Espagne è cotte époque.

* Swmondi» Hist. det Français, t. \V1, p. 360 et 370.

INTRODUCTION. xlvm

du vice-roi, l’arrivée de la duchesse Marguerite était aussi impatiemment attendue par ces deii.x personnages ' que par le Roi lui-méme. Tout était préparé par l’ordre de l’en>pereur pour la recevoir avec tous les honneurs dus à son rang. Dès qu elle eut touché le sol de ri'.spagne, Marguerite s’empressa de rendre compte au Roi de la réception qui lui était faite’'. Pour la régente, ces attentions de l’empereur étaient le présage de l’heureux succès du voyage de la princesse sa fille ^ D’autres apparences plus favorables encore fortifiaient cet espoir et la mère du Roi voyait déjà la délivrance de son fils comme très-prochaine. Mais le plus amer chagrin vint tout à coup remplacer cette sécurité nouvelle.

La duchesse d’Angoulème était depuis quelque temps sans nouvelles du Roi, lorsque, le 2 a septembre, un courrier arriva à Condrieu, sur le Rhône®, porteur de lettres dont on réussit à lui cacher le contenu ®. Les nouvelles étaient des plus graves : le Roi était en proie à une fièvre continue très-violente et qui se montrait chaque jour plus menaçante. Le 18 septembre, on désespiérait de sa vie^, et ce jour- là même la duchesse Marguerite arrivait au château de Madrid : informée de cette maladie , elle avait hâté son voyage. Nous laissons aux pathétiques inspirations du président de Selve ® la relation des scènes

' Lettre du vice*roi de Nâplea, p. 33i; lettre de Charlcs*Quinl. p. 3a3.

* Lettre de Marguerite, p. 3a4.

* Lettre» de la ducheMe d'Angoult>me.

p. 3a8 et 338.

* Le traité conclu avec TAngletciTc (3o août).

' Lettre de Brion, p. 3a6.

‘ Lettre de Hobertet, p. 337.

’ Vc^. p. 33o et 33a. — Siamondi a imprimé par erreur que le ftoi était très*

malade le a 4 août et en danger de mort, au dire des mê<lcrîn$, à moins que Charles- Quint no fut le visiter, ( Uistoirt ties Fran rod, t. XVI. p, 367.)

' Uelation au parlement de Paris , p. 33 1 . U y a bien loin de cette relation

du président de Selve à Topinionde M. Rœderer. qui prétend que c’est par une honteuse adulation que l'on a dit que Fran- <^is I” montra de la fermeté en priaon , tandis qu’il fut sans courage, et que, sa

xLvii. INTRODUCTION,

touchantes qui se passèrent aiors au château, et celle des cérémonies religieuses à la suite desquelles se déclara une crise des plus favorables à la convalescence du Roi. Le 19 septembre, l’empereur alla le visiter : les paroles les plus gracieuses furent échangées entre les deux monarques ' et avec la duchesse Marguerite.

Mais les dépêches des courriers expédiés au grand conseil, alors à Lyon avec la régente, avaient fait craindre comme prochain un grand malheur pour la France; et, sur ces récits, le conseil avait pensé que le Roi était déjà mort*. Les véridiques registres du parlement le constatent encore aujourd'hui’: « La maladie du Roi est incurable, disent-ils, et il est trespassé à Madrid. • Les ordres et les instructions pour assurer la transmission de la couronne au dauphin étaient déjà préparés \ quand la Pomeraye apporta l’heureuse nouvelle de la convalescence de François I". Alors seulement la régente fut instruite de la maladie de son fils; et si cette mère inquiète exprimait en termes si touchants les craintes quelle éprouvait au simple retard d’un courrier, on peut se figurer les peines’ qu’elle aurait endurées si elle avait connu l’imminence du danger qui menaçait le Roi. Sa douleur est peinte dans plusieurs de ses lettres®, et d’autres nous disent toutes les pratiques de dévotion quelle ordonna dans cette circonstance

L’empereur envoya visiter plusieurs fois son prisonnier;

»œur Margaerite n*ayant pu cblenir m délivrance, il tomba malade de chagrin.

(Louis XJI et Françtttsl"^t l. U, p. 38, Sg et 3oo.)

‘ Au commencement de rindiaposition du Roi, l'empereur lui avait écrit. (Voyex cette lettre , p. 809 , et les parole» de l'empereur lors de ta première visite, p. 471.)

' Lettre de la duchesse d'Angouléme,

’ Elirait des registres du parlement,

* Lettre citée, p. 348.

' Lettres de la régente, p. 3^9 et 348.

* Documents p. 345. 346 cl 347-

* Lettre de Louise de Savoie, p. 339.

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