‹ Captivité du roi François IerChapitre 43 sur 241 · EPISTRE · texte numérisé non relu

EPISTRE

Après avoir debatii longuement

Qui est plus grant du tien ou myen tourment.

Et si je doys, pour au mien seul pourveoir.

Te donner peine, en te faisant sçavoir ComJjien l’amour, par l'absence offencée,

En dur travail ' convertist la pensée , Soudainement j’ay pensé de me taire.

Et plustost estre à inoy-mesme contraire Que travailler par mes plaincls ennuyeulx Ton esperit, et qu'il valloit trop niiculx Porter l’absence en pensée couverte.

Que ma doullcur tu veisses decouverte.

Mays au contraire, amye, j’ay pensé

Penne vouloir n’estre recompensé

S’il ne congnoist en amour son semblable.

Par franc parler en elTect véritable;

El que savoir qu’aultruy sa peine porte Est médecine à tel mal prompte et forte.

Las i s’il e.st vray, herbes ne soient cherchées Pour ton salut, tenir on peult cachées

* Dueil. travail. Mt. <U C'iinyd.

SECTION I. — GUERRE DU MILANAIS Confections qu'ordonne medecine;

Pour te guérir autre que moy n’est digne.

Pren ce remede en gré, je te suplie.

En cognoissant que je ne veult nia vie Pour nul effet, sinon pour t’obeyr.

Et sans cela moy et chascun hayr.

Donne silence à ta voix doloreuse ,

Laisse chanter la mienne malheureuse;

Soit convertie en seure congnoissnnce Que contre Amour ne veult nulle deffense.

Qui est ccluy, s’il a le cueur honneste.

Ou qu’il ne l’ait de lyon ou de beste.

Qui de plaisir sccust avoir nulle envye En esloignant le venir de telle amyeP Ouy , amye ; aussi est-tu aymée Et à bon droict de moy tant estimée.

Le despartir du corps sans l’espcril Faict que le corps tousjours sans luy perisl.

Tu le retiens comme chose ti'op tienne.

Et j’emportay ta peine qui fut inyennc.

Las ! quand je vins pour de toy conge prendre,

Je viz ton cueur grossir, quasi pourfendre ; L’honnesteté te commandoit cacher,

Soubz bon visaige, amour que tiens tant cher;

La craincte et peur que ne fusse congnue A ung chascun, feiz riante ta veue :

Et tout ainsi que Neptune en tempeste.

Par-dessus fonde haulsant fantique teste , Commande aux eaux en leurs lieux retourner, Pour les efforts d'Iolus destoumer;

Ainsi Raison usoit de sa puissance Sur l’estomac de toy, lors sans delTence En commandant aux souspirs et aux larmes Dissimuler la rigueur de leurs termes.

Certes, ainyc, Amour, comme peulx veoir.

En la parfm siu" toy eut le povoir;

Le seul adieu que dis, sans prononcer.

Fut si cruel, qu’il sccut mon cuour perser :

Dont fust dolent faire de souvenance ,

Trempé en lac de trop longue espérance ,

Seure pourtant, pour service te faire.

Sans que le temps en riens puise deffaire Un tel ouvraige en fondement si seur.

Or facent donc le temps et le malheur Tout leur povoir : car à ce qui est tien Mal ne feront; preignent ce qui est myen.

Rien ne prendront, car tout à toy je suis.

Et seuUemcnt ce que tuiveulx je puis.

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