‹ Captivité du roi François IerChapitre 7 sur 241 · I. INTItODlJCTION · texte numérisé non relu

I. INTItODlJCTION

voulut être seul avec celte princesse, dans un appartement

dont une de ses femmes devait tenir la porte.

Les offres qu’elle fil alors à l’empereur se résument dans les concessions suivantes : que le Roi reconnaîtrait tenir de l'empereur le duché de Rourgogne comme dot de la reine douairière de Portugal; dans le cas où Charles-Quint persisterait à vouloir la jw.ssession de ce duché, celte question serait .soumise aux pairs de France, et, en attendant leur décision, le Roi la lui remettrait après avoir reçu des otages jx)ur sûreté de la restitution de cette provinceà la France, si les pairs jugeaient qu’elle devait la conserver. Le Roi renoncerait au duché de Milan, au port de Gênes, àses prétentions sur Naples, Aragon, Valence et Barcelone, et sur les arrérages dus par la reine Germaine d’.Aragon et par le roi catholique dom Ferdinand. François I" abandonnerait aussi Hesdin et Tournay; la Flandre et l’Artois, seulement pendant la vie de l’empereur. Enfin , la duches.se offrait encore de mettre le Roi à rançon pour une somme que Charles-Quint fixerait lui-même, en ré.servant, toutefois, les droit.s de chacune des deux parties sur leurs prétentions réciproques.

Mais l’empereur persistait à demander la reslitntion pleine et entière du duché de Bourgogne, de la vicomté d’Auxonne, des ressorts de Saint-Laurent, des comtés de Mâcon cl d’Auxerre, de la .seigneurie de Bar-sur-Seine, etc. tout en promettant à la duche.s.se d’Alençon, puisqu’elle avait augmenté lesconces.sions, de diminuer aussi ses demandes.

En même temps que Charles-Quint écrivait au Roi des lettres tout afl'ectueuses, pleines de bonnes paroles sur sa prochaine délivrance ', ses ministres avaient avec les ambassadeurs français une conférence des plus orageuses, qui se ter- ' Lollre He ChaHes-Quini, p. 34A.

INTKODliCTION. n

iiiiiiait même par des menaces'. Ainsi Charles-Quint ainusail la ducJiesse par des propos aimables, le Hoi par des lettres alfeclueiises, tandis que scs ministres, avec une injuste arrogance, persistaient à exiger toutes les concessions énumérées dans les articles apportés en Italie par Beaurain.

La ducliesse et les ambassadeurs ne lurent pas longtemps à s’apercevoir de cette incertitude* des négociations. Et si Marguerite se montre, dans sa correspondance, pleine de tendres ménagements pour le Roi, clic est non moins ficre à l’égard de Charles-Quint : « Quant il plaira à l’empereur de

m’envoyer quérir, dit-elle, l’on me trouvera ; inais mon

estât ne requiert point de faire ici la cour ne pratiquer les serviteurs du maistre qui a promis qu’avec lui seul je parlerais’; • et ces paroles si dignes contredisent l’opinion des bistoriens de cette princes.se, qui la représentent « comme travaillant la cour en secret, sollicitant tout le monde, tâchant de se faire des amis partout et ayant même paru devant le conseil d’Espagne, où elle prononça une harangue qui fit une impression profonde sur des hommes endurcis par les habitudes de la politique et les calculs égoïstes de l’ambition » Enfin, les paroles de Gattinara au sujet de cette princesse, et prononcées avant son arrivée, devaient se réaliser: *la venue de madame la duchesse, disait-il, est frustatoirc et de nul prolict’. • Marguerite alla demander à l’empereur une finale conclusion® : cette entrevue fut importante. La duchesse voulait prendre congé; mais l’empereur fut si gracieux que Marguerite crut recon-

' Leltrv d« B«bou. p.

* du président de SeUc, p. ^57.

’ Lettre de la duchesse d'Alençon . p. 558 et 559.

' Xotice lar .Uar^utrite d'Ari^ouléme ,

en tète du premier recueil des lettres de cette princesse, p. aa.

‘ Conférenoes de Tolède, p. 277.

* Lettre de la duchesse d’Alençon, p. 354-

LU INTRODUCTION

naîlrn qu’il craignait réellement son flépart'. il est permis rie croire quelle avait, en effet, deviné la pensée de Cdiarles-Quint; néanmoins, elle quitta Tolède et Madrid vers la fin du mois de novembre* pour rentrer en France.

Cependant, Charles-Quint , pour donner à connaître au Hoi et à chacun qu’il ne tenait pas à lui que la pai.x ne se conclût, envoya demander au Iloi de relenir la duchesse d’ .Alençon *, et le prévenir qu’il enverrait des gens de son conseil au floi pour discuter à Madrid les articles de la jrai.x et de sa délivrance , mais qu’il voulait que la conclusion s’en fît è Tolède \

François I" n’avait |>oint oublié le relus de l’empereur de prolonger le sauf-conduit de Marguerite*. 11 refusa aussi de la retenir, en ajoutant qu’il écoulerait volontiers les ambassadeurs de l’empereur®. Il paraît môme, d’après une lettre de la princesse*, que le Roi lui recommanda, au contraire, de héler sa rentrée en France. Ainsi Marguerite était bien avertie qu’elle ne devait pas se trouver sur le territoire e.spagnol après le terme fixé par le sauf-conduit*. C'est donc tout à fait gratuitement que des biographes et des historiens ont suppose que le connétable de Bourbon, toujours amoureux d’elle, repentant de son crime, trompa la confiance de Charles-Quint pour réparer, autant que possible, sa trahison envers François I", en prévenant le Roi

* LfUre de (’haHes-Quinl, p. 383.

* Rapport de Babuu au parlctncnl .

* l)<Mjiicmc proleslalion du Roi contie ie traité de Nfadrid, p. ^73

* Rapport fait au paHement par EUbou , p. /*38.

’ Lettres de Marguerite d’Angùulérne, p. aoi ( 1" recueil).

* Voy. document p. 473.

' Lciire de Marguerite, p. 4oa.— Le«> tiocumcnLs imprimé» aux page» 359*309 de ce volume démontent aussi Tupintun de Sismondi, qui prétend que remjtereur donna à entendre à cette princesse de ne pas »c mêler de la négociation du traité de Madrid et de retourner en France {Histoire des Français, l. XVI, p. 373 )

* En décembre, d'après la protolalion du Roi, p 474.

INTRODUCTION. uii

des intentions secrètes de l’empereur Le motif jx)ur lequel on suppose que l’empereur voulait faire arrêter la duches.se d’Alençon n’existait pas : ce ne fut point Marguerite qui apporta en France l’acte d’abdication de François 1", mais bien le maréchal de Montmorency’. Ainsi, l’expiration de la trêve et du sauf-conduit devait être le motif réel de l’arrestation de Marguerite, et, par cette rigueur, on comptait montrer au Moi combien l’empereur était décidé à des mesures analogues envers lui-même, qui persistait à refuser avec une bonorable fermeté les conditions qui lui étaient proposées.

Marguerite était à Mont|iellier le ag décembre i5a5, de retour de son voyage en Espagne’. Profondément affligée d’avoir éeboué dans sa négociation, elle avait reconnu, disaitelle au Roi, cette grande vérité, l’office de solliciteur est plus pénible que celui de médecin à vous veiller*. L’état des négociations et des rapports personnels du Roi et des ambassadeurs français avec l’empereur et scs ministres dit assez haut que les soins de Marguerite furent sans résultat. Le Roi le déclare lui-même dans sa protestation’, et les documents de la fin de cette même année i5a5 ne sont pas moins affirmatifs sur ce jx)int important. Enfin, François P' écrivait à Charles-Quint, qu’il reconnaissait que l’empereur ne pouvait lui faire entendre d’une manière plus honnête que son intention était de le retenir toujours prisonnier, qu’en exigeant des concessions qu’il ne pouvait faire; mais qu’il était résolu de s’habituer à sa captivité, bien persuadé que Dieu, qui a jugé

' jVoiiCf lop Mar^vierite d’ AngouUme , déjà citée, p. a5. — Garnier, HisUnrt de France, I. XXIV, p. igS.

' Vojez Discours du Roi à l’assemblée des notAbles, du 17 décembre 1637 (CUirambault, vol. XXXIX, p. 767.)

’ Rapport fait au parlement par Baboii . p. 435.

* Lettre de ia duchesse d’Alem^n ,

* Deuxièmeprote9ta(ionduRoi.p.47i,

Mv LNTRODLCTION.

que le Roi ne l’avait pas mérité, puisqu'il était prisonnier de bonne guerre, lui dounnerait la force et le courage de la supporter avec patience; enfin, qu’il était décidé à soufi'rir une détention aussi longue qu’il plairait à Dieu, plutôt ([ue de souscrire volontairement à ce qu’exigeait l’empereur'. Le Roi regrettait, toutefois, que les bonnes paroles que lui avait dites l’empereur pendant sa maladie restassent sans effet. 11 ne fallait donc plus croire aux paroles de Charles-Quint. Les amba.ssadeurs étaient persuadés que le Roi sortirait de prison plutôt par la force que par la clémence. Au départ de la diicliesse pour la France, tout espoir dans les bonnes dispo.sitions tle feinpereur s’était évanoui’.

C’est ,i ce moment de la captivité du Roi que se place une resolution des plus décisives et des plus honorables pour le caractère de François I" : nous voulons parler des lettres patentes qu’il envoya en France parle maréchal de Montmorency |K)ur faire couronner roi le dauphin François*, se réservant toutefois de reprendre le nom el la place de roi", si jamais il revenait en son royaume. Cet acte ne fut point enregistré au parlement, comme n’ayant pas été présenté en temps convenable : c’est ce qui a fait douter de son existence ]>ar plusieurs historiens; mais nous l’avons sous les yeux’; et M. de Sismondi, qui n’accorde pas au Roi une seule pensée bonne ou utile, même à ses intérêts propres et les plus chers, affirme que François I" retira, aussitôt après l’avoir signé, cet acte, dont il redoutait l’e.xécution en France®.

' Ltllrctlo Frau^oUi* ftCharlcs-QutiU.

p. 384 Lettre» d'abdication du Roi, p. 419.

* Rapport fait au Pépiement, p. 438- ViKiicaüou, p. 4iG-4a&.

* VoTOi document p. ,4a3-

* \oyei notre planche Vü. — Le père Rarre prétend, par erreur, que le parle' ment en refusa l‘enregi»lreaienl. (//iitoirv d'Allemagne, i. VIII, p. ia8.)

* SUmondi, llitt. de* Français, t. XVI, p. î75.

INTRODUCTION. i.v

On a parlé aussi de conjuration.s ourdies en Espagne pour favoriser l’évasion du Roi ; nous n’avons retrouvé dans les documents français aucun indice ni de cette tentative, ni de la date qu’il fallait lui assigner. Une lettre de l’ambassadeur de Charlcs-Quint, mentionnée dans une note de la page 409 de ce volume, en rappelle seule le .souvenir.

En attendant, la duchesse d’Angoulême, dont la santé s’altérait par le chagrin qu’elle ressentait de la captivité pn>longée du Roi son fils, et qui commençait à trouver très-lourdes les charges de la régence, craignant aussi «de tumber en enniiy et de ne pouvoir plus en porter le faix ', » ne cc.ssait d’écrin; au Roi que le royaume soufl'rirait moins de la perte du duché de Bourgogne que de la prolongation de la captivité de son roi et qu’il y avait nécessité de sa délivrance’. Des craintes de troubles* augmentaient encore ses inquiétudes. Le parlement, toujours soumis à l’empire des formes, traînait en longueur la vérification du traité avec l’.Angleterre et le mettait en discussion ’. Quelques villes en prenaient prétexte pour ajourner leur adhésion aux garanties qu’elles avaient à souscrire, et la commune de Paris, dans la crainte de trop s’engager®, et oublieuse des marques nombreuses de dévouement qu’elle venait de donner au Roi prisonnier, ajournait aussi toute délibération sur ce même sujet, ne tenant aucun compte de l’avis du parlement qui assurait qu’elle était suffisamment garantie par les lettres patentes de la régente’. Tant d’incertitudes en de si graves conjonctures portaient invinciblement la duchesse d’Angoulême à supplier le Roi d’accepter à tout

’ \oyei \e» deminres iiistmctiom de la re^ntfl à acs ambassadeurs , p. âi3.

* Ihid. p. 4i5.

* Voyez les documents p. 33i,

* On le soit par l’extrait de» registres du parlement, p. «379, 385.

‘ Document p. 379.

* Voyez document p. 35 1.

^ Document p. 35a.

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