V LXXXIV — LETIHK DF, A MADAME LA RÉGENTE
n a dit à Tempereur laa oflrea de mariage du Roi avec l>oDor, du dauphin avec la fille de L^onor, de madame d'Alenço» avec l'empereur, du connétable de Bourbon avec une dame de France, ainai que lea autres conditions pour un traité de paii entre le Roi et r«mpcreur. — La demande de la régente d'aller traiter à Perpignan avec l'empereur, et de donner les enfants du Roi en otage. — Mail lempereur ne traitera qnc lorsqu'on ne demandera pas les quatre points indiqués dans U lettre.
|D»ToM4e. Sjü I51S.I
Madame, j’ay, par le s' de Liguand, mon beau-fils, receu les lectres qu’il vous a pieu m'escripre en sa credence, et par luy entendu les bonnes parolles et devises qu'il vous pleust luy tenir touchant la paix, déclarant le désir et affection que vous avez, pour le bien de la chrétienté, que entre ces deux grands princes si vertueux puist avoir une bonne paix et alliance, et que, pour ce fere, ayant l'empereur la rcync sa sœur, que déjà, avant ceste derniero journée, le Roy voslrc fils la desiroit avoir en mariage, et ayant des enfans, et mesmement le daulphin, avec lequel sa majesté pourrait colloquer par mariaige madame sa niepee, fille de ladite reyne sa seur, ce vous sembloient bons moyens pour pouvoir parvenir à icelle paix : joinct les propos qu'il vous pleut luy tenir de madame la duchesfe d’Alençon vostre fille, disant que sériés bien heureuse si elle feust agréable à sa niaje.slé.
Et quant i Mons' de Bourbon, qu’il y avoit de beaux mariaiges en France et bien assez pour luy : v nommant madame Rennéc, de laquelle il se pourroit bien contenter; et, au surplus, que, pour bien dreser lesdictes alliances, vous sembloit que une partie de ce que S. M. avoit demandé denst demeurer pour les mariaiges, tant de ladicte reyne sa seur que de sadicte niepee , et me.smes la duché de fiourgongne , laquelle, au deffault d'enfans desdicts mariaiges, .s’en deust retourner à sa majesté et aux siens, et que, en ce faisant, ledict Roy vostre fils luy seroit à tousjours bon frere et vray amy, et l'aideroit et assisteroit en personne, ou avec grosse armée, comme plaiaroit à sa majesté, pour le fere beaucoup plus grand , mesmes sur Veniciens et autres potentats d'Italie, et aussy sur les inlideles, avec plusieurs grandes oifres; et que, pour avancer les matières, s'il plaisoit à S. M. soy aproucher aux confins du comté de Perpignan, que vous. Madame, vindricz incontinent i Narbonne. Et si son bon plaisir estoit de m'envoyer celle part à traicter de ladicte paix et alliances, que vous le desiriés grandement, et esperiés que l'hon y pourroit faire quelque bonne conclusion, et que mectries en avant partys si raisonnables, que sa majesté auroit cause de s'en contenter, et que luy bailleriés telle sehurté, quant oyres ce seroit de luy donner en ostaige les enfans du Rov vostre lils, que ce que seroit accorde s’en- Iretiendroit tant pour le présent que pour l'advenir, et que lenyez sa majesté si vertueux prince, et moy si homme de bien, que ne faisiés doubte d’y prendre quelque bonne resolution dont S. M. se contenteroit, avec plusieurs autres devises, lesquelles n'est mestier de répéter.
Madame , je ne vous syaurove assés très-humblement inercyer la bonne estimation et confidence que en ce inonslrés avoir de moy, et vouldroye bien que Dieu me donnast ceste grâce que je puisse estre bon ministre à conduisre si saincte ouvre : car, certes, ne vouldroy espargner peyne ny travail pour ce faire, considérant le granl bien que de ce se peult ensuyr pour le service de Dieu et bien universel de toute la chrétienté. Et vous assebure. Madame, que si plus-
CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS Ir tost eusse vehu le chemin pour pouvoir dreser la paix à l’honneur et sehurté des parties, comme il semble se pouvoir faire à présent, je me fusse en ce plus tost et de bon cueur employé : car l’empereur mon souverain seigneur y ba tousjours este naturellement enclin, et ne l’ay jamays trouve aliéné de la raison, pour le grand désir qu’il ha de éviter l’effusion du sang chrétien, et de pouvoir employer ses forces contre les infidèles pour l’exaltation de nostre saincte foy catolique. Mais, Madame, pourvous parler franchement, puisqu’il vous plet monstrer confidence en moy, il vous fault, si vous desirez parvenir à reste paix, que, avant dresser sur ce nulle assemblée, soyent esclarcyes et ruydécs aulcunes difficultiés , et vous fault oster de vostre entendement quatre pointz principaulx.
Le premier, du mariaige de la seur de l’empereur que pensiez se pouvoir faire avec le Roy vostre fils, car il n’y ha nul remede de le pouvoir conduire, pour les promesses sur ce faictes à monseigneur de Bourbon , auxquelles sa majesté ne vouldroit pour chose ou monde faillir, pour non perdre le bon renom qu’il ba acquis de bien garder ce qu’il promect, sans rompre sa foy.
Y Le second poinct est de la duché de Bourgongne et aultres pièces demeurées de la succession de feu monseigneur le duc Charles de Boui^ongne ; car il ne fault penser que fempereur jamais consente de les laisser, ny par mariaige de seur ny de niepee, et jamais n’y aura vraye paix que cela ne soit premiers restitué, pour estre son vray patrimoine et tronc de sa maison et de ses armes , et le chief de son ordre de la Thoison d’or; et aussy pour extirper la racine dont ont pullulé toutes les guerres passées: parquoy ne laisra sa majesté si juste querelle en arriéré, ains taschera d’en avoir la restitution par toiilz moyens possibles.
Le tiers poinct, est de l’ayde et assistance contre les Veniciens et aultres potentats d’Ytalie, de laquelle sa majesté n’a nul mestier, car, comme désirant la paix universelle des chrestiens, ü n’entend entrer en nouvelle guerre, si ce n’est contre les infidèles ou pour recouvrer ce que justement luy appertient.
Le quatriesme poinct est quant aux amys et alliez de sa majesté, mesmes le roy d’Angleterre et le duc de Bourbon, que ne debvez penser que S. M. les laisse en arriéré, ny fere traictié ou appoinctement de paix sans eulx et à leur contentement, entendant, comme dict est , la fere universelle par toute la chrétienté. Parquov, Madame , me semble que ce serait temps perdu et chose superflue de dresser assemblée où deussici estre en personne, sans estre premiers esclairciz lesdietz quatre poincts. Mais cela fait, j’espere bien que au demeurant Thon trouverait si bons moyens de paix , tant par alliance de mariage que autrement, que les choses se pourraient establir à perpétuel repos et Iranquilité en toute la ebretienneté; en quoy, de ma part, ne voudroye, comme dict est, espargner peyne ny travail pour la conduisre à l’eflect désiré. Et .pour y parvenir, se fauldroit haster et non dilayer, car les dilations pourroient causer inconveniens irréparables, comme par vostre prudence pouvez assez considérer.
Madame, il vous plaisra sur le tout mander voz bons plaisirs pour en iceulx m'employer, selon mon debvoir et selon le désir que j’ay au bien publique de bonne paix, aydant le Créateur, auquel, en me recommandant très-bumblemcnt à vostre bonne grâce, je prie. Madame , vous donner bonne vie et longue.
De Toledo, ce second jour de juing, l’an i5a5
Vostre très liuinlilc serviteur.
(Signature illisible.)
' Le 6 juin iSab. la r^gemc, étant à Lyon, üt expédier et sceller les pouvoirs à ses ambassadeurs en Elspagne de traiter do mariage du dauphin François avec
Marie, infante de Portugal, et de celui du Roi avec Léonor de Portugal. Ces deux actes sout en latin, et ont été déjà publiés.
>• LXXXV. — DKl’XIÉME INSTRUCTION AUX AMBASSAOI:i;RS ENVOYÉS PAR MAllAMK LA RÉGENTE EN FRANCE DEVERS I.EMPEREUR, POUR TRAITER DE LA DÉLIVRANCE DU ROI PRISONNIER
[ Lj«k . S I &15. 1
Messires d'Amhruii et premier president de Paris, après avoir présenté les lettres que madame regente en France cscript à l’empereur, et qu’ils auront faict les remonstranccs et persuasion en tel cas requises pour parvenir à la délivrance du Roy, et que le tout sera remis à cappituler sur ce que lcdict sieur Roy vouidra donner pour sa délivrance, feront ce que s'ensuit.
Et premicrcment, remonstrerons que, par honneur et honnesteté et tout dehvoir, il doibt inectre le Rov en rançon, et que icelle rançon doibt estre raisonnable et honneste, et en sorte que cliascun puisse dire et juger que icelluy seigneur empereur est Juste et raisonnable, estant de ju.stice et raison et non de volonté; et, d'aidtre part, qu'elle puisse causer très-cordialle et très-entiere amitié entre luy cl celuy qu’il délivrera; laquelle luy pourroit, par cy apres, trop plus servir et valoir que tout ce qu'il poiUToit Jtvoir et rançonner dudict seigneur Roy.
Diront pour ce, que, pour parvenir à ladicte délivrance, et faire une paix et confédération perpétuelle entre luy et lcdict seigneur Roy, ont advisex, par plusieurs grands et notables personnaiges, que, de tous les moyens par lesquclz on y pourroit parvenir, entre autres ont esté trouvées deux principallcs voyes : l’une, de faire mariage entre lcdict seigneur Roy et madame Eleonore, sœur dudict seigneur empereur, par le moyen duquel les dilTerans qui sont entre lesdicts seigneurs se accorderont au plus près de la raison <|ue se pourra.
L’autre moyen est de payer juste et raisonnable rançon.
Cliascun .sait bien que tout deppend de la volonté dudict seigneur
empereur, lequel par mariage ne aultrement ne delinera ledict seigneur hoy, ai bon ne luy semble.
Toutesfois, attendu que ledirt seigneur empereur est magnanime , aymant choses vertueuses, il n’est vray semblable qu’il \oulsi.st tenir reste rigueur audict .seigneur Roy, et mesmcment que ne luy proufliteroit de rien; car, pour cela, ne trouvera la force et vertu de France diminuée, ainsi que par cfiTect congiioistra, .s’il venuit à despartir quelque chose entre eidx; etaussy de tenir tousjours ledict seigneur prisonnier ne luy en pcult venir aucun prouflict; d’aullre part, ne le vouloir cslargir, ou dilaier l’aifaire, fault penser que les hommes, et d’un costé et iTaultre, sont mortels; auquel cas, ce dont il pense faire son prouflict, pour eslongncr et dissimuler, retourneroit ii doiitmaige.
Et si a plus, car temps ne sont tousjours ungs, et la fortune se change quelquefoys; et par ainsy pourroit advenir que ledict seigneur empereur, qui est pour avoir beaucoup de smx'ez, tumberoit en la fortune en lacpielle ledict seigneur Roy est tumbé, auquel cas pourroit faire ainsy audict empereur qu'il fera audict seigneur Roy.
Et est à considérer qtie l’amour et grâce que ledict seigneur empereur pourroit monstrer par .sa magnanimité au Roy, luy servira plus que tout ce qu'il pourroit tirer de luy, d'autant que, avec la force cl port dudict sieur Roy, conqueroit plus quatre foys qu'il ne sçauroit avoir de luy.
El davantage, ledict empereur doibi considérer l'estât en quoy est aujourd'buy la clirestienlé, et s’il est besoin d’y mectre paix; l'Allemaigne est en armes, toute la France plaine de gens de guerre, tant à pied que à cheval, pour prendre ou soy dell'eudre; l'italiye pres<|ue ruynée; la Poulougne invadée, comme si est fOngrie des Indes, tellement à doubler, tpie, sy Dieu n’y remedie, l'Europe, pour l’iniquité de cculx qui empesebent la paix, sera. . .; le peuple est miné, la noblesse et cglise opprimez, et nul eslasscuré en sez biens et maisons; et si ledict empereur, sur lequel gist tout, n’y pourvoit, et pour queltpie demande desraisonnablc vcult persister en son opinion, sera
200 CAPTIVITÉ Dli ROI FRANÇOIS I".
cause des maulx qui se feront, dont Dieu se pounoit courroucer;
et avec ce toute chose ont leurs saisons et cliangent; par ainsy, c’est
grans sens et prudence quant, sur une chose douhteuse et ambiguë,
iceiluy qui a obtenu mect fin en l'affaire , sans expérimenter encore
fortune.
Et , pour venir au cas particulier, ledict seigneur Roy sera contans prendre à femme et espouse icelle dame Eleonore, avec telles pactes, conditions et convenances, justes et raisonnables, qui seront convenues et arrestées entre eulx.
Et, sur lesdictes pactes et convenances, sera besoing et necessaire de caultement cappituler etgangner sur eulx ce qui se pourra, ainsv que sera dict cy après.
Et, sur ce, faudra entrer aux instructions que le s' de Baurrain a apportées au Roy, et, au dire que ceulx qui les ont données ont pensé que ledit seigneur empereur n’est persisté en cela, et que quant ce vouldrois faire, serait encores tanter fortune et inectre les choses en estât pour ruyner l'Europe et bailler le chemin aux Turcs pour y entrer, et leur donner appétit de venir ruyner la chre.slienté, qui, de pied est fort faible, attendu l'estât où elle est, comme a esté dict cy dessus.
E.sdictes instructions y a deux principaulx points : fun où il est dit que ledict seigneur empereur pourroit faire plusieurs demandes, mais ne s’y arreste : ainsy on pourroit dire qu’il ne veull mectre lesdictes demandes en avant, d’autant que la response estsy claire qu'il n'y auroit replicque.
Et, ([liant aux aultres demandes dont il faict cas, ce serait cho.se raisonnable, et vivre selon Dieu et conscience, que luy laisser ce que justement et raisonnablement luy appartient, et encores que ledict .seigneur ne serait en leurs mains, d'aultant que chascun se doibt contanter du sien, sans avoir aucune cho.se d’aultruv ; et bien monstre la maison de France qu’elle devoit vivre encest estât, d’aultant qu’elle a rendu àses prédécesseurs la conté de Bourgogne, Rossillon, Betune. llaire, Hesdin , comme si dès lors cust faict la duché de Bourgongne. si le
droict y eusl appartenu; et, au regard du contenu au reste desdictes instructions diidict Beaurain , quant le droict d’un costé et d’aultres .sera bien pris, on trouvera qu’il n'y a apparance de faire icelles.
Toutesfois, ledict seigneur empereur est meu icelle faire, d’aidtant que souvent les princes (sont) en ce deceun, car leur conseil juge des doubtes sans ouyr partie ni veoir les docunienLs contraires, à quoy ils s’arrestent sans faire dlITiculté.
A ceste cause, seroit bon, s’il plaisoit audict empereur, commeclre quelques personnaiges de bon sçavoir, grosse eiperience et bonne conscience qui peussent, avec lesdicts d’.Ambrun et de Selves, veoir lesdits renseignements et raisons d’un costé et d’aultres, pour veoir et loyaulment refferer audict empereur ; et par là se congnoistroit ce qui est cler |)oiir luy et ce qui est cler pour le Roy; et, par cemoicn, se pourroit plus justement et raisonnablement faire une bonne paix , qui sera raisonnable et par ainsi durable, sans faire Injustice ne à l’un ne à l'aultre, ne à leurs pais.
Les querelles que ledict seigneur a contre ledict empereur sont les royaulmes de Naples, d’An'agon, Valence, Rou.ssillon, Sardaigne et Catbelogne, la duché de Milan, seigneuries de Gennes et de Cremonne et la conté d’Asl, le fief de la conte de Bourgongne, la commise des contez de Flandres et Cbarlcroys, les troys cens cinquantesix mille C.SCUZ que ceulx de la maison d’Aragon doibvcnt à la maison de France , les arrerages que icelluy empereur, tant par ses promesses que par icelles du feu roy d’Aragon, doibt au Roy à cause du royaimie de .Naples ; les interets, donunaiges souIl'erLs jwr ledict Roy pour les guerres passées et aultres que le.sdicts amlia.ssadeurs pourront dire, ainsy qu'il est contenu aux aultres mémoires que leur ont c.sté liaillez.
Le droit que ledict seigneur prétend ès querelles susdites, justifiés si clairement par les docimicnts qu'ont lesdicts ambassadeurs par devers eulx, que ledict empereur congnoistra évidemment que, sy par ci-devant il y a pencé avoir quelque droict , trouvera tout le contraire, et de sorte qu'il estimera les offres que ledict seigneur lui
veult faire pour sa délivrance, trop plus grosses que sa rançon justement et raisonnablement ne pourroit monster.
Et sur ce, après avoir veu le droict que le Roy a au royaulme de Naples, ou avant luy, sera offert pour la rançon dudict Roy la somme d’un million d’escus, ou aultres plus que sera advisez; pour la seureté du payement de laquelle somme, etjnsques à ce qu’elle sera entièrement payée et satisfaicl, ledict seigneim ne querellera aucune chose au royaulme de Naples, par requeste, action, ne armes, ains en laissera jouyT paisiblement ledict empereur; et après que ladicte somme sera entièrement payée et satisfaicl, lesdietz seigneurs demeureront chaseun en son endroicl, quant audict royaulme de Naples, en l’estât qu’ils sont de présent.
El cpiant ledict empereur ne se conteiileroit dudict offre, comme c.st vraysemblable ne fera , luy offriront et présenteront tout le droict et querelle que ledict seigneur a au royaume de Naples, ensemble les arrerages que luy sont deuz, tant par le feu roy d’.Arragon que icelliiy empereur, et sur ce luy remonslreront que son plaisir soit de penser le juste droict que ledict seigneur y a , la valeur et estimation d’icelluy, et que par cy après en jouyra sans scrupulles de conscience, double ne craincte (pie les Françoys l’invadent; et aura considération (pie a esté contpiesté aux despens et du sang des Françoys sur le roy Ferdinand, et (pic iceulx Françoys myrenl au dedans des Espagnolz et leur en firent part aux convenances entre eulx faictes; et mariage ensuivit entre le feu roy d'Arragon et madame Germaine de Foix, et au traiclé de Noyon et Cambray; et quant le tout aura esté bien pencé et considéré, recongnoistront par effect que c’est la plus grosse rançon qui fut oneques payé pour prinse de roy.
Et là oii cela ne leur seroit pas agréable, olfriront oiillre et avec ce (pie dessus: le royaume d'Arragon, Valence, Sardaigne, Rou.ssillon, Maiorque et Minorque , avec la quiclancc des trois cens cinquante- -six mille escus que la maison d’Arragon doibt à la mai.soii de France.
Et, sur ce, feront les romonslrances telles (pie dessus, ou aultres meilleures, ainsy qu’ilz sçauront bien faire.
Et si faull declairer plus avant, olTriroiU le ficf et ressort de la conté de Bourgongne. et celuy de Haiulres et Artiiois, cjui sont choses de grosse importance au ix>yauliiie de France, et seront fort dilllcilles à gouster et porter aux François; toutesfoys, pour la grande et cordialle amour qu'ilz portent à leur prince, l'auront très-agreahle pour le recouvrer.
Et entend que touchant la duché de Bourgongne que demande ledit seigneur empereur, il n’y a aucun propos d’y prétendre droict; et sur ce luy sera remonstré l’incorporation qui en a esté faicte à la couronne, et comment la .seigneurie iitille est consolidée à la directe; et par ainsy a esté deppartie de la couronne et baillée à Philippe le Hardy, par Jehan pere et Charles frere, estoil vray appanage que ne tumbe en filles; comhien que les lettres portent que ledict Philippe en joyra , ses hoyrs et successeurs, cela se restrainct aux c.apahles, et par ainsi exclux ceulx qui ne sont capables; et en telles semblables, matières avant que fust oneques que.siion de la duché de Bourgongne, plusieurs an’esti ont esté donnés en la court de parlement: et d’autant que une chascune province abonde en son sons, et que les dilTercnds se doibvent vuyder selon la coustiime des lieux où les choses sont situéez, il n’y a rien plus notoire que ledict empereur n’a aucune cho.se prétendre à la duché de Bourgongne , et lé où le droict cust esté pour luy ou .ses ancestres , ladicte duché luy eust esté rendue et restituée comme a esté Roussillon, la comté de Bourgongne ayre et obtenue (sic).
Et pour ce qu’il demande Hesdin, luy sera remonstré que ledict seigneur Roy sera contant de leur laisser Tournay , et que les choses demeurent en Testât qu’elles sont : c’est assavoir, que Hesdin luy demeure , jà çoit que Touniay soit de plus gi-ande vallcur et que par les traictez faicts avec les ancestres de la maison de France et de Bourgongne, Tournay debvoit demeurer au Roy sans eslre inquiété ne molesté, combien que tout le contraire ayt esté laict.
Et quant aux villes assises sur la rivière de Somme, par le traicté d'Arras n’y peuvent aucune chose prétendre , car ne furent baillées
204 CAPTIVITÉ Dll ROI FRANÇOIS I".
audict Philipes de Bourgongnc que pour luy et ses hoirs masles , laquelle ligne masculine faillit à Charles, duc de Bourgongne ; et sy luy furent baillées rachaptables en quatre cens mille escus, lesquels depuys luy fiu-ent paye* et les terres rachaptecs : et sy ne fault faire, quant à ce ne autre chose dont le Roy estoit expoillé, fondement, d'autant que sans estre rentege , l’accord sur ce faict selon disposition de droict ne doibt sortir effect, et avec ce traictc d’Arras, et aultres de Peronne et aullres qui s’en sont ensuyvy , ont esté innovez et sont couvers par les traictez ensuivans, faiz entre la maison de France et celle de Bourgongnc. Et se peut dire, quant à celhiy de Peronne, que l'on n’y doibt avoir regard; chascuu s^ait qu’il fust faict de chose non deue et sans cause, et en quel estât estoit lors le Roy quant le feit.
Et touchant la duché de Afilan , leur sera dict que c’est le \Tay patrimoine dudit seigneur et de Messieurs ses enfans, auquel prétendent avoir aussy bon droict que aucun aultre en France, et sur ce
fault veoir le traicté de madame Valentine N’auroient aucuns
hoirs masles, elle succederoit à icelle duché, comme le cas est advenu, laquelle cause fut dccrettée et auctorisée par le Sainct-Père lors vivant, vacant le siégé impérial, durant lequel, selon disposition de droict, le pape a l’encontre de l’empereur; d'autre part, ledict seigneur Roy et Messieurs scs enfans ont l’investiture do l’empereur, dont a esté payé de gros deniers, et sy a cousté ladictc duché de Milan à garder ou entretenir, à la maison de France, plus que dix millions d'eseuz. Et j>ar ainsi, considéré le droict que la maison de France y a, les deniers qu'elle leur a cousté, la vraye estimation d’icelle, chascun pourra clerement veoir et congnoislre que, quant ledict seigneur Roy ne baillcroit autre chose pour sa rançon que le droict qu’il prétend en icelle duché, scroit excessive, et n’en fut oneques payé une telle pour prinse qu’il ayt esté faictc.
Toutesfois, pour ce que ledict empereur s’arreste esdits duché de Bourgongne et de Milan, ledict seigneur Roy sera contant, pour le désir qu’il a de vivre en paix en la chrestienté, et que le plaisir du-
SECTION II — CAPTIVITÉ EN ITALIE, dict empereur soit que le mariage se face entre luy et sa smur, que ledict empereur donne à sadiete sœur, en faveur du mariaige, le droict qu'il a esdictes duchéez, et (pi'ellcs succéderont A scs enfans qui proviendront dudit mariage, et au defiault J’iceux reviendront à l’empereur et à scs hoirs masles, au deflault dcsquclz revicndi-ont à la maison de France. El là où ne seroit trouve bonne la convenance de ladicte succession, sera advisé quelque autre expédient, quant à ce, par lesdicts ambassadeurs, à la moindre foulle et dommage que faire se pourra, pour ledict seigneur Roy et son royaubne.
Et où ledict empereur ne se conlenlroit des offres susdites, qui •sont grandes et grosses, luy sera encores offert que pour tel temps et nombre de gens d'armes que .sera advisé, ledict seigneur est contant à ses dépens donner ayde et secours à monsieiu' l’archiduc d’Autriche, pour recouvrer les terres que les Vénitiens tiennent sur luy.
Et d’autant qu’il a esté demandé audict seigneur Roy que sy l’empereur faisoit la guerre en Allemagne, Rallye ou ailleurs, que luy aideroit de la moictic de l’armée, à ses despens, cela c.stoit confuz et general; qu’il ne se pourroit accomplir, ne longuement durer, pour ce (pie le nombre des gens que ledict seigneur doibt faire , ne souldc qu’il doibt fournir, n’est exprimé , jwr ainsy seroit à l’arbitre de l’empereur de la faire sy baultc, (juc ledit seigneur ne .son royaulme n’y pourroit advenir; d’aullre part, le temps, ne pour combien de fois icelle ayde se devroit bailler, n’est point exprimé; que seroit par ce moyen remettre à la volonté de l’empereur de demander icelle aide audict seigneur Roy , toiiltes foys et quant que bon luy sembleroyt; et si n’est point dict sy icelluy seigneur seroit épuisé de bailler icelle ayde s’il avoit la guerre en son royaulme ; car de laisser son royaulme sans deffenze et aller bailler ayde , seroit facille chose jugée desraisonnable, et sy ne sont exceptez les amys et alliez dudict seigneur Roy à ladicte demande , esquelz seroit contraincts contre ses foy et promes.ses faire la guerre, s’il plaisoit audict seigneur.
Et sur ce dict faict , remonstreronl audict empereur que son plaisir soit se contanter de la raison et avoir pitié et compa.ssion de
la misérable chrcstienlé , et ne voulloir obliger Icdicl seigneur Rov & choses impossibles, ou quoy que soit, sy très difficiles, que ne pourroient très longuement durer; et par sa magnanimité et prudence se vcidle condescendre que les choses soient conduictes de sorte quelles soient justes, et par ainsy agréable à Dieu, et que ledict seigneur ne les face à regret et despiaisir , affin qu’il luy en sache gré et se tienne obligé à le recongnoislie envers luy : qui sera par ce moyen donner occasion audict seigneur Roy de luy causer ung amour que par succession de temps retournera audict empereur à plus grand proffict, bonneur et gloire, que tout ce qu’il demande.
Pareillement a esté icy dicl que icelluy seigneur empereur vouloit que si le mariage dudict seigneur et de Madame sa sœur accordoit, que par icelluy mariage ladicte duché de Bourgongne se bailla par luy à madicte dame sa sœur, et que preaiiablement vouldroit avoir sa possession d’icclluy duebé :
Sur quoy luy sera respondu que, s’il veult avoir la possession par une constitution de jn-ecaire, ne luy sera relfusée, ne pareillement s’il la veult avoir reelle , qui sera prinse du consentement du Roy par celluy que ledict empereur envoiera , en entrant seulement au pays, sans entrer dans les villes et forteresses; ledict seigneur se condescendra et permettra audict empereur de ainsy prendre la possession : car selon la disposition de droict, pour avoir et prendre la disposition de quelques lieux, ne fault aller per singula loca, ains souffit d'y entrer par quelque coing : mais où l’empereur entendroit que la pos.session reelle luy fut baillée, et que par ce moien on le mist dans les villes et forteresses, ne aiiroit raison ne apparance : aussy est à croire que comme juste et raisonnable ne s’arrestra à cela.
Et quant au roy d’ .Angleterre, le Roy sera contant de payer les pensions accordées et convenues au traicté de Londres, et les arrerrages encourui durant la guerre. Ou si icelluy roy d’Angleterre ainioit miculx reprendre le pourparler du traicté qui estoit conclud, sy la prinse du Roy ne fut intervenue, entre le cardinal d’iorck et les ambassadeurs de madicte dame la regente; mais de soy obliger en-
SECTION II.— CAPTIVITÉ EN ITALIE. 207 vers hiy en aultres choses, ne le fera : car quant la certitude seroit declairée, se pouiroit trouver que lcdict seigneur Roy n’y auroit jamais condescendu, et n'y auroit apparancc et ce seroit contre toute raison et justice.
Touchant messirc Charles de Bourlwn, le Roy, pour le bien de paix, sera contant le remettre en ses biens et eslatz, comme il estoit quand partit de France, et luy payer les levées faietes depuis son absence , restituer les meubles qui sont en nature et des aultres estimation juste , et de luy prorui-er un mariage en l'rance tel que ledict seigneur empereur advisera, [xiurveu que lcdict de Bourbon renouvellera ses scrmens de ndcllité et aultres de ses olllces, ainsy que la raison veult.
Et quant au pays de Provence qu'il demande, c'est par le droict (|ue feue madame de Bourbon v pretendoit é cause de la succession du feu rov Charles. Sur quov y a deux re.sponses pereniptoires : l’une que ladicte conté fut donnée au roy Louis onzie.sme, eu contemplation de la couronne, ainsy qu'il appert par le texte d’icelle donnation, pourquoy les successeurs d’icelle couronne, et non les plus proches, doibvent succéder; d’aultre part , à radvenemeiit dudict feu roy Charles à la couronne, les trois estatz de Provence envoyèrent par devers luy ung gros nombre de bons personnaiges, pour le congratuler et faire les obey.s,sances et recongnoissance en tel cas requises; lesquels le supplieront voulloir incorporer icelle conté à la couronne inséparablement . ce qu’il leur accorda : et leur en furent baillées lectres en tel cas requises et necessaires, qui furent ]>ul)licques et enregistrées au pais de Provence. Par ainsy ladicte dame de Bourbon ne pouvoit prétendre ladicte conté estre de la succession dudict feu roy Charles, car il en avoit aultremnnt disposé en si vie, et exclus ses successeurs aultres que ceux qui venoient à la couronne.
Et pour ce que si la paix se faict entre Icsdicts princes, et par ainsy soit dclivTé de prison, y pourra avoir différant sur l’execution du traicté , mesmement sur la délivrance du Roy, fault noter que la pbi.spart des choses que madicte dame accorde audict .seigneur cm-
pcreur pour iadicte payx et délivrance dudiclseigneur Roy, sont entre ses mains, et par ainsy pour leur dellivrance ne fault seureté, et ne reste sinon ce que on leur jx>urroit promettre davantage : et quant à la satisfaction, elle gist au pouvoir de madictc dame, et aussy n’est si grand chose que faciliemcnt ne se puisse assurer : mais quant à ce que de leur part doibvent exécuter, ipii est la délivrance du Roy, est bcsoing sçavoir avec eulx quelle seureté nous bailleront, et sur ce leur faire demander en ostages, c’est à sçavoir l’archeduc, madame Margueritte et six gros personnaiges du pats de Flandres et Artbois, et aultres six d’Espaigne, tels qui furent dernièrement nommez audict president.
Les prisonniers de guerre qui du temps dudict traicté seront encores prisonniers, seront délivrez à pur et à plain, sans payer aucune rançon; et sy cela ne se peult conduire, y sera pourveu à moins mal que lesdietz ambassadeurs pourront : car à telles petites choses ne se fault arrester pour empescher l’elTect du principal, qui est de grosse conséquence.
Les prisonniers de Loches et de Paris, h cause du fait de Bourbon, sy autrement l’affaire ne se peidt conduire, seront délivrez à pur el à plain, et les biens non allienez depuis la confiscation rendus, et sy sur ce se mcult quelque différant, ne s’y fault arrester pour venir au principal.
Les gentilzbommes fors yssus de leur maison, pour avoir suivy respectivement party contraire, soient Italiens, Françoys ou aultres, retourneront en leurs maisons et biens , les terres des gentilshommes et seigneurs qui, pour avoir suivy le party desdits seigneurs empereur et Roy, respectivement, ont esté par le party contraire saisyes, empcschées, données ou confisquées, leur seront rendues et restituées et y retourneront comme estoient auparavant la guerre, qui est pour venir à ce que demande le prince d’Orange.
Et avec ce, s’accordera le Roy <[ue là où l’empereur vouhlroit faire la guerre au Turc, luy aydera de gens tant de cheval que de pied, de tel nombre et pour si longtemps qui sera advisé entre eulx.
Sur qiioy, fault adviscr que sy en faisant icelle guerre se acqucroit de grand pais, quelle part y aura ledit seigneur pour le rembourser de ses fraii.
Si le mariage de madicle dame Elicnor se faict avec ledit seigneur, sera très-utille et convenable de faire le mariage de monsieur le daulphin avec la princesse de Portugal, fille de madicte dame Elieonor, tant pour corroborer de plus en plus lesdicts amour et alfinité, que pour la consolation que ladicte dame aura d'avoir sa fille auprès d’elle, et que cela l’inclinera de plus aymer mondict seigneur le daidpliiii.
Sur les choses susdirtes, pourront survenir plusieurs nouveaulx diU'erans, destjuelz lesdicts ambassadeurs pourront advertir Madame, qui leur fera rcsponsc.
I.esdictz ambassadeurs, quelque rcsponse qu'ou leur faict, ne vien dront it rompre aucune chose, ains prendront temps pour en advertir Madame et en syavoir la response; aussy où les choses s’approcheroient delà faculté qui leur a esté baillée cy-dessus de accorder, offrir et présenter les choses susdictes, et ne resteroit que quelque petit différant accorder, qui ne pourteroit grosse con.sequence ne interest, pour éviter que durant les allées et venues les propos des gens ne changeassent, tireront oultre sans plus différer.
Et finablcmcnt, seront lesdicts ambassadeurs en tout et par tous lieus, coustumes et dépendances, aux micidx pourront et sçauront bien faire et que madicte dame a en eulx sa parfaicte fiance.
Faict 4 Lion, le vj' jour de juin, l’an mil cinq cents vingt et cinq
' D'après une copie de la Bibliolhé<]ue morale , colleclion Harliy, vol CCX , pièce 1 1 (copie du Icnipv).
V I.XXXV1. — I.KTTRE DE CHARLES DE LANOY, VICE-ROI DE NAPLES, AU ROI D'ANGLETERRE'.
L# roi de France va trAnspori^ en Espagne *. — IvUi des force» de {‘empereur en luUr.
I I>a part d* G^naa , U S inii 1 |
Sire, dès qu’il pleut à Dieti donner la victoire à l’empereur, le roy de France et sa personne prisonnière de sa majesté, et que Tavoic en mes mains, je vous envoyai le sieur de Grospain qu’il vous advertit de tout.
Sire, la garde dudit seigneur Roy m’est grande, et consyderant que le voiaige d’ici est si cour en Espaigne que en Naples, veant la saison si avancé, que sommes jà au vin de juing et (pie Naples est fort dangereulx de maladie pour ceulx qui y entrent en juing, juillet et aoust, (pie j’auroye trop de regret que liiy survient quelque maladie; pour nie acquitter et mectre mon debvoir, ay choisi le chemin d’Espaigne, et présenter ledit seigneur Roy à l’empereur pour en faire à son bon plaisir.
L'on tient l’armée de par deçà preste, qui est de six à sept mille Espaingnoiz, cinq à six mille Allemans et deux mille Italiens. Aussi
* Archive» de Londres. Celle icUre a élé brûlée sur quelques points; mais le tetle en a été entièrement rétabli avec une autre absolument semblable écrite par le vice-roi au cardinal d'York.
Il y eut, k celle même époque, un rapport adressé par un a;;cnl anglais au cardinal d'York sur ce qui se passait en Italie au moment du projet de conduire le roi en Espagne. On en trouve le texte dans U rolieclion Bréquigny, vol. XC.
' C’est à tort que l’éditeur des lettres de Marguerite de Navarre dit (a* recueil,
p. 3a) qu'au mois de mai Charles de Lanoy était sur le point de transporter son prisonnier en Espagne. U n'en était pas question alors, et au mois de juin sculenieiil le connétable de Bourbon et le mar quis de Pcscaire songèrent à faire conduire le Boi à Naples. Le vice-roi, sans les prévenir, convint avec François 1“ qu'on le transporterait en Espagne, au grand déplaisir des deux autres généraux de l'impereur. (Voyez ci-aprés, p. îiô. la Icllrc n- XCni).
envoyé E5paingne en Allemagne, pour avoir les Alleinans qu'il sera besoing pour faire ce qu’il plaira à l'empereur, et à vous coiuiiiander.
Sire, je vous supplie me tousjours commander vos bons plaisirs, et inectray peyne vous obéir; priant Dieu, Sire, vous donner bonne vie et longue.
Du port de Jeunes, ce vllj de juing xv' xxv.
Vosire très huiiil>le wrvileur.