‹ Captivité du roi François IerChapitre 74 sur 241 · N- XCVI. — LETTRE DE LA BARRE A MADAME LA REGENTE EN FRANCE · texte numérisé non relu

N- XCVI. — LETTRE DE LA BARRE A MADAME LA REGENTE EN FRANCE

L« Roi eal ro bonne «ant^. — Il es4 %ur lei galtre^ en route pour Barcelone et Valence.

Madame, par ce pre.senl [wrteiir vous entendrez le chenivii que le Roy continue tant en ses affaires que à la voue de l’empereur, pour laquelle cliasciin estvnie qu’il en sortira sy bon fruyet, avec vostre ayde et approchemant , que tonte la clirestycnté en démolira en bonne voy. Je vous prôniez. Madame, partout où le Roy passe, il est tant aimt^, et desjTc l'aspex, que je ne le vous sauroys dire : 3us.sy il est garny de sy bonne sanctc que meyllcure ne la saurovt avoyr : il se remet aujourd'iiy aux gallères piur s'aproclier de Vailence. Madame , je suppive nostre Seigneur vous donner très bonne vye et longue santé.

De Barselonnc, le xxij' jour de juing.

Vostre tri*s hiuubli' et 1res ulieyss.inl servyleur et snligecl,

DE LA BARRE

N- XCVIl - POÉSIES DU ROI FRANÇOIS 1" C0MPOSÉF.S PE.NUANT SA CAPTIVITÉ EN II AUE.

(Ce fragment f«it suite h U pa^e I3B.)

Trop lieureti.se ' de donner congnoLssance de chose de quoy tout le corps tien trop content, le service, l’esperit et la pensée; et si la paoiivre parolle, condamnée par loinglain exil, poiivoit estre vifve, elle diroit :

' Il est ici question de la main du Rui. (Voir p. iili.)

KüNOEAl.

Triste penser! en quel lieu je t’adresse.

Prompt souvenir cnnemy de paresse, r.ause cest œuvre, en te faisant sçavoir Que longue absence en riens n’a le pouvoir •Sur mon esperit, de qui tu es maistresse.

Si faulte y a , pardonne la simpicsse

Que longuement conduietz, par telle oppresse

Qu’en ma vie long ennuy me laiet veoir :

Triste penser !

Si demandez, amy, et pourquoi est-ce?

As-tu doubtc qu'en toy mon amour cesse?

Je te respondz qu’ayme miculi recevoir Mort, que doubter de toy pour mon ' debvoir;

Mais c'est amour qui renforce sans cesse Triste penser !

Donnant peine au corps et contentement à fesperit; travail à la puissance et satisfaction au sçavoir, lequel, encores qu’il ait la congnoissancc que ma triste prison vous soit trop prochaine; et que f ennuy qu’en prenez double son infortune , luy semble se pouvoir, par raison , plaindre à tous ceulz qui peuvent estimer la captivité de la pensée plus que celle de la personne. Car justement peult dire :

nONDEAU.

En ma prison m’est nyé le povoir’;

Le penser prompt travaille mon voulloir.

Qui me faict dire en mon adversité :

' Ton. Ml. <U Can^é. — ’ M'est mye le pouvoir Mi de Batuse

Ü fort désir I o infelicité !

Tu rendz mes yculx fonuine pour tout veoir.

0 ! seur pillier pour h tous maiilx pourveoir !

Vie on tourment, doulce erreur à sçavoir.

Bride et e.s|)eron de ma félicité En ma prison I

Et vous, esprit! qu’ Amour veult recevoir,

Umbres vives après mort pour devoir,

Veu le bon fruict de vostre fermeté.

Avec vo! os qui ont tant mérité,

Faictes silence, et mon mal venez, veoir En ma prison !

Laquelle ne sera jamais si estrange, que l'heureuse mémoire pour le passé et l'alTectionnée amour pour présent ne vivent on moy prisonnier, en la liberté de leur puissance : car sans ceste vie ne pourroit vivre celluy qui vous supplie que si voulez que la sienne dure, faictes contente la vostre, alTm que longuement ne soit disant :

RONDE.tl;.

J'ay la mort joincte avecques ma naissance.

Ferme vouloir en a faict l'accointance.

J'ay le travail plaisant, pour le vouloir.

T ay le penser, quant le bien n’ay d'avoir Celle qui a causé ma pacience.

J'ay seureté loiogtain, comme en presence;

Le recorder me sert en triste absence.

J ay tourment prompt, quant ne te puis reveoir,

J'ay la mort joincte I

J'ay trop d’amour pour me garder d'oflence Fu ma prison, qui ne fut sans deflence.

J'aymay l'honneur, chascun le peult bien veoir ;

J’auray assez, si tu le j>euU sçavoir :

Car lien je suis par grande obéissance.

Immortelle à toute la puissance du temps, vivant entre la mort et dueil, et de la parolle conservée par afl'ectionné voulloir entre toutes les legieretez de pensée, par l'obligation de voslre bonne grâce et de mon résolu service, qui sera eternel en la propre lin de vostre tant et tout et trop amy.

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