‹ Captivité du roi François IerChapitre 75 sur 241 · LETTRE MISSIVE · texte numérisé non relu

LETTRE MISSIVE

.Ayant perdu l’occasion de plaisante escriplure et acquis l'oubliance de tout contentement, n’csl demeuré riens vivant en mon mémoire, que la souvenance de vostre heureuse bonne grâce , qui en moy a la seulle puissance de tenir vif le reste de mon ingrate fortune. Et pour ce que l’occasion et lieu, le temps et commodité me sont rudes par triste prison, vous plaira excuser le fruict qu’a meury mon esperit en ce pénible lieu, et entendre que en quelque peine, tourment et garde i{ue puisse estre le corps, la voiüenté ne changera, que la doulce occasion à faire chose qui vous puisse donner congnoissance que ce qu’est demouré en luy, libre et non mort, n’est dédié qu’à vous faire service.

Par quoy, cest indigne présent de vostre honeste vue sera, s’il vous plaist, recueilly, non comme son inperfection mérité, mais comme tribut de ma pensée; laipielle seulle, pour la nécessité de ma liberté , à considérer ne vous pouvoir faire aultre service que vous rendre compte de ma misérable calamité, affin de vous convertir eu autant de piteuse souvenance, comme a d'aflection de vous servir celliiy qui va dire :

BALLADE, y

Triste penser en prison trop obscure.

L'honneur, le soing, le dcbvoir et la cure Que je soiistiens des malheureux souldardz.

Devant mes yeulx desquels j'ay la ligure ,

Qui par raison et aussi par nature üebvoient mourir entre picques et dardz Plustost que veoyT fuyT leurs estendardi,

Me font perdre de raison l'attrempense.

Quand de te veoir J’ay perdu l'esperance.

Tousjours Amour par fermeté procure Qu’à Desespoir point ne face ouverture;

Mais tous malheurs viennent de tant de pailz Qu’ili me rendent indigne créature :

Tant, que d’erreur à mon chef faiz ceinture.

Les yeulx baignez vers toy sont les regardz;

Ne faisant plus contre' ennuy les remparts.

Si n’est avoir ton nom en reverance.

Quant de te veoyr j’ay perdu l’esperance.

Mais je ne sçay pourquoy toiLrna l’augure

En mal sur moy : car ma progéniture

Eut tant de biens, qu’en tous lieux fut espars;

Plaisir pour dueil estoit lors leur vesture ;

Plaisante et doulce sembloit la nourriture De leurs subjeetz, gardans brebis et parc,s;

Tou-sjours bâtirent les lyons et liepars.

Mais j’ay grand peiu- n’avoir tel heur en Erance, Quant de te veoir j’ay perdu l’esperance.

' Outre. Ml. <U (ialuzt.

CAPTIVITK Dl) ROI FRANÇOIS I'.

O grande amour, eteme sans rompture .

Dont l’infini est juste la mesure,

Dy-mov, perdray-je è jamais ta présence?

Doneq brief verras sur moy la sépulture : I.’csperit à toy, pour le corps pourriture.

Quant de te veoir j’ay perdu l'csperance

EPISTRE [bÉPONSE de

Tant de malheurs que vous perdre de veue N’a mérité vostre mieulx que congneue; Vous le savez., amy, et je le sentz :

Car j’ay perdu en tous cfTectz le sens.

Fors vous aymer et servir et complaire;

Vous asseurant que jamais à relTaire Ne trouverez ma bonne vouicnté.

Quelque travail qui me soit présenté.

Je sçay très-bien que la longueur du temps A le pouvoir de nous rendre content/.;

Et que le mal que soiilTrons maintenant Redoublera nostre contentement.

Quant j'aurav l’heur de vous pouvoir reveoir Et vous monslrer mon honne.ste vouloir.

Mais si fault-il qu’à cc.ste heure commance De me douloir de vostre longue absence I

* Nou» avoni déjà publié celle ballade du Roi dans l'appendice de noire cdilion des Poésies de (iliailes, duc d'Orléans, ainsi que dcui aulres pü’ccs du même per sonnage, comme point do comparaison entre le génie poétique du Roi cl celui de «on oncle le duc Charles. { Vojes à cc sujet noire notice, p. su.) Celle b-alladc cl la

lettre missive qui la précédé servirent d'en voi à VEpislre rlu iioi tratclant de son portement de F ronce en Ilalie. ( Voy. ci dessus ,

* CcUo épiire parait adrc»«é« au Uoi par l'une de scs maîtresse». Falle fait partie de tou» le» rwueils de poc»ie» de ce prince conservé» i la Bibliolhcquc royale.

SECTION II. — CAPTIVITÉ EN ITALIE, CongDoissant bien que je n'ay mérité,

En vous ayiiiant, avoir advcrcité.

Las ! si le ciieur de ceulx ({iii ont piii.ssance De vous donner Irés-briefve délivrance Povoyt sçavoir quelle est noslre amYlic,

Je croy, pour vray, qu'il eu auroil pitié,

Et que si tost ne vous vcullcnt rcniectre En ce royauliuc, où vous estes le inaisire,

Hz envoyroient au moins lu'cn advertir,

Par charité, pour me faire mourir;

Ayinant trop micuK en ce jour trespasscr Que sans vous veuir tant de saison passer.

Et pour la lin me vois recommander A vous, amy, plus que d’eauc en la mer N'avez trouvé; vous suppliant penser Que mon amour ne faict que commencer.

EGLOOl'E Dtl P.VSTEUB ADMETUS

Nimplies qui le pays gracieulx habitez Où court le mien beau Loyrc, arousant la contrée.

Qui tient du mont Gebenue eu la mer Armorique,

Or prenez avec moy ceste derniere peine.

Et puis donnons sillcncc à la Françoise lire Jusque à tant que sonner plus doulces nottes puisse ;

Chantons, pleurant le roy des bons et vrais pasteurs*.

Le pasteur .Adinetus, qui est or si loingtain ,

Plus armé de valeur que de bonne fortune;

Pour lequel aujourd'uy quiconque va suivant

' Celte églo}fuo a élé rompoNt’c pendaiil uiéuie. (Voyea le vingt-qualrièipe vers }

U captivité du Iloi au château de l’tzzigiti- ' Qiantans, pleartns le roy. le roy de»

loue, connue paritl Tindiquer le texte bous pasteurs. Ms. 862(f.

228 CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS l“.

Le droict chemyn s’estonne et jour et nuict se plainct.

Rhosne, Seine, Garonne, aussy Marne el Charante,

Kt autres fleuves tous qu'alentour environne L’Occean et le Rin, l’Alpe et les Pirenées,

Où est vostrc seigneur que tant fort vous ayniez ?

Où est ce bon pasteur dont les plaisans trouppeaulx Aloient en seureté, sans point craindre, la nuict.

Le nocturne laron, ny, le jour, le fier loup?

Où est le laboureur qui au plus grand yver Aucunes fois a peu, avec sa seulle veue.

Les bleds faire espier et Hoir' la campagne?

11 n'est pas avec vous, bêlas I comme il souloit ;

Non avec vous I bêlas, non 1 car soubz force estrange. Entre l'Adde, Thesin et le Po, vit captif*.

Ha ! malheureux Thesin ! qui au jour misérable Présent fux et voisin , et si vis la victoire S’enfouyr de vainequeurs au giron des vainqur, ; Combien de pleurs alors tu gcctas et de lermes !

Quel/, lurent tez souspirs, tant que tes rives claires Devindrent alentour obscures, desbrouées.

C’est le loyal seigneur qui jadis, par tant d ans.

As en vain appellé, aflin qu'il vinst oster De tes aymei voisins le joug rude et indigne.

Cestuy est le pasteur que non toy seul pleurant,

Mais Po, la Brente et le Tibre, .Ame, Trente et Sebette Ont sans cesse appellé à haulte voix et claire. Maintenant qu’il venoit, vostre longue esperance Et son désir honneste a le malheur rompu.

Que nous reste-il ormais, sinon pleurer tousjours Et ce noble vouloir encores conserver,

’ Fleurir Ms. 862i. ' Seulcl vil. Ms de C%gé.

SECTION II.- CAPTIVITÉ EN ITALIE. 22t»

Pour meilleiur temps qui doibl peult-estrc retourner.

Le mouton n'a tousjours mouUiée sa toison.

Ne tousjours le buisson n’est sans fleurs ne sans ru.ses;

Ne la berbis sans laict à toute heure se treuve;

Non sans ventz au soleil tousjours le ciel demeure ,

Ne la campagne et boys sans herbes ne verdure.

N'en tourmente la mer; ne fleuves ne fontaines Sont troublées sans ces.ser, ne toutes eaucs glacées.

Mais puisqn’au monde apvril et primevere tourne.

Au blanc mouton revient sa cotte et necte et pure ;

Le pomier a couronne autour de mille gemmes;

Les hardes et troppcaul* à leurs fans le laict rendent ;

Les fleurs Zephire cueille, et Phebus les eschaufle ;

Le beau monde se pare et les bois se revestent;

Transquille est Neptunus, et tous ruisseaulx et fleuves,

Fonduz de leiu* cristal, tiennent cours ai^cntins.

j'espere que bientost noslre pasteiu verrons Encor troppeaulx mener, plus que jamais joyeulx ,

S’il est vray que là sus le ciel a soing des justes.

O tu, nostre dieu Pan I grant Jupiter sauvaige !

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