VOYAGES
Yoyages
J'ai mon compte. Pliant bagage, Je veux finir, m'en aller loin ; Je cherche pour mourir un coin Au fond de quelque lieu sauvage.
Que)e trouve un sable abhorré, Un ciel qui cache ses étoiles.
Une mer dormante et sans voiles :
C'est là qu'heureux je m'enfouirai,
Avec la mort j'ai fait un pacte ; Nous nous sommes donné la main.
Que rien ne me propose un acte Qui me laisse espérer demain.
Et jusqu'à l'heure que j'envie, O nuit, ô silences glacés.
Unissez-vous. Assouvissez Ma haine immense de la vie !
Enveloppez-moi de torpeur ; Que plus rien en moi ne bruisse, Et si je vis, qu'au moins je puisse Ne sentir plus battre mon cœur.
Trouvez-moi ma maison dans l'herbe ou dans les craies. Je veux bien de la plaine et je veux bien des monts, Je veux bien de la plage aux épais goémons, Je veux bien des grands bois où gîtent les orfraies.
Que ce soit un castel hanté par les démons, Que ce soit une hutte au fond des oseraies, 11 n*importe, pourvu qu'on soit loin de vos raies, Pe vos arts, loin de l'air qu'aspirent vos poumons.
Qu'une fenêtre au moins sur l'immensité s'ouvre! Que mon oeil irrité de ce point ne découvre Ni chaume, ni palais, ni vestiges humains.
Que tout être vivant déteste la contrée!
Et pour mieux m'assurer qu'elle en sait les chemins,
Choisissez de vieux murs où la mort soit entrée.
Me donnant pour raison une ardeur de savoir, Sur des indices vains, j'ai fait le tour du monde. D'abord j'ai parcouru cette Belgique blonde Où mon rêve malade avait cru l'entrevoir.
Peut-être elle est Batave? Et je jette la sonde De La Haye à Maestricht et dans tout le lavoir. Toujours rien ! Ma folie en devint plus profonde ! J'allai jusqu'à java, Néerlande à l'oeil noir!
L'Espagne, le Maroc et les terres Numides Aussi m'ont vu; j'ai vu le fond des Pyramides. L'impitoyable sort partout me la cela.
A Mons, j'ai rencontré pourtant la Brabançonne. Elle m'a dit: « Où sont ces dames? Car personne Ne porte par ici ces drôles de noms-là. t
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Les blés, les herbes, les genêts, Des arbres libres, de l'espace ; Le vent comme il veut tourne et passe, Chantant des airs que je connais!
Véritablement, je renais !
Oh ! combien mon âme était lasse I Oh I la vie imbécile et basse, Hier encor, que je menais I
Tout baise mon cœur et ma joue.
Il pleut, ce n'est plus de la boue.
C'est du pain, c'est du vin qu'il pleut.
Et gaie ou triste, la pensée Tombe féconde du ciel bleu ; Et mon âme est ensemencée I
Le Grand Trianon
Lorsqu'il fut évident que Madame Scarron, Encore qu'au moins mûre et presque ma] posée, Entendait se tenir en fille de baron Et bien décidément voulait être épousée ;
L'amour, au roi très fier donnant de l'éperon,
Demanda si Louis redoutait la risée,
Et de qui plus serait sa fuite méprisée.
Ou d'une âme de femme ou d'un cœur de larron.
11 épousa. La dame étant belle et sévère,
Au fond, ce fut le Roi qui fit la bonne affaire.
Elle eut l'habit de pourpre et le garda plié.
Trianon lui plaisait. Tout allait bien ensemble,
Fleurs, femme et marbre rose, et parc hautain, qui semble
Un sourire du maître heureux d'avoir prié.
Lamartine
S'adressant à son lac, il a fort bien parlé, Lorsqu'il a dit un jour, le grand mélancolique, Ce n\ot, hardi je crois quant à la statistique : Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé (i).
L'être manquant, c'est tout. Jamais nul politique Ne me parut profond comme ce désolé.
De notre vieille Europe au bout de l'Atlantique, Un être me manquait, et je fus accablé.
Hélas î il fit plus tard une prose inutile. Des discours ennuyeux, un poème futile.
Que ne put-il se taire, après ce mot bien dit!
Ses discours, son poème et sa prose savante. Les voilà dans l'abîme aux rediseurs prédit; Mais il reste un beau vers et sa tombe est vivante.
(i) Lamartine. "L'isolement. Premières méditation» poétiques.
Yll
J'ai désiré la gloire et l'ai couchée en joue : Je l'ai manquée. Adieu! Je laisse Clopantin, Jean Farine et Choufleur hériter ce butin. Je trouve juste au fond que le monde les loue- La force m'a tenté. C'est honteux, je l'avoue. Ce fut court. J'ai passé chez Plutus un matin : J'ai laissé le seigneur avec dame Catin, Qui s'entremarchandaient du fard et de la boue.
Devenu curieux, j'ai couru du pays;
J'ai vu partout l'honneur et la beauté trahis;
C'est même macadam que Paris, Londre et Vienne.
Rome est assassinée; il n'est plus de forêts... En attendant la mort, à présent, j'aimerais D'habiter un tombeau sur la Voie Appienne.
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VlU
Jlltons ! — Italie ! Italie !
Je pars. Quant à dire pourquoi.
Je n'en sais rien du tout, ma foi!
Je bâille sans mélancolie.
Prier, ce n'est pas mon emploi.
Je tolère cette folie;
L'âme en est, dit-on, embellie;
Mais mon bout d'âme est bon pour moi.
Et nuls chefs-d'œuvre, même étrusques, Ne m'enflamment de ces feux brusques Dans lesquels fondent les dollars ;
Et je pars froid, Dieu me pardonne,
Pour le soleil, pour la Madone,
Et pour l'histoire, — et pour les Arts.
Ces beaux quêteurs de hauts exploits
Si vraiment épris de leur dame,
Ces doux servants des saintes lois,
Ces grands cœurs d'or tout pleins de flamme ;
Ces belles reines des tournois.
Ces fleurs, ces hermines sans blâme, Si sévères et toutefois Amantes jusqu'au fond de l'âme ;
Qu'ils furent heureux ces gens-là I Nul conseil sage ne troubla Le fier repos de leur folie.
Fermes dans un grave bonheur, Ils ont bien su toute leur vie S'assouvir d'amour et d'honneur.
[toi]
Je sens en moi, depuis un temps, des choses, En vérité que je n'y croyais pas.
Sont-ce des morts ou des métamorphoses ? Je perds ici ma raison et mes pas.
Tout est changé, les espoirs, les combats. Sous le ciel bleu semblent naître des roses ; Puis l'avenir s'emplit de jours moroses, Et je n'ai plus ni lampe ni compas.
Où suJs-je enfin? Voix longtemps importune. Chère à présent, qui parle de fortune.
De long repos, de long bonheur, d'oubli,
Fais-tu la nuit? Déchires-tu des voile»? Ai-je volé tantôt vers les étoiles Ou vers l'abîme, à Villa Pamphili?
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Si j'avais su ce qu'on pense en Belgique; Et si quelqu'un que je nomme Cara Existe encore et porte ce nom là, Et que ce fût un nom bien authentique ;
Si je savais qu'un jour lointain viendra
Où je verrai cet être sympathique,
Et que vivante elle conservera
Un sentiment. . . comment dire? mystique..!
Je suis un fou. Voilà, je crois, cinq ansi Que je nourris en moi cette chimère.
Cara sans doute est mariée et mère.
]1 faut mourir sitôt que c'est le temps. Chose risible, entre toutes amères.
Et je n'ai pas pu tuer mon printemps»
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Là-bas, sous le beau ciel où des rêves chéris Emportent souvent ma pensée, Quand chez nous la terre est glacée.
Là-bas les prés sont verts elles buissons fleuris.
Quand nos bois dépouillés craquent aux vents aigus, Là-bas, près des fruits d'or que T hiver a mûris, "Des cyprès la tête élancée Est du chaud zéph'tr caressée.
Oh! qu* il fait bon là-bas! Dans la froide saison, Le soleil vient encor caresser la maison.
L'eau court encor par les campagnes,
La neige n'est ici qu'un linceul affligeant ; Elle sourit là-bas comme un voile d'argent
Sur Tazur sombre des montagnes.