L'ÉGLISE DE HAUTECOMBE
Vanité des grandeurs et des biens de la terre ! A l'heure où vient la mort, les rois, le prolétaire, Fatalement poussés vers la nuit sans réveil, Ne s'endorment-ils pas de l'éternel sommeil ? Et la tombe pour tous n'est-elle pas la même ?
Rois I pendant soixante ans portez le diadème, Épuisez du pouvoir toutes les voluptés !
Restez sourds quand la voix du peuple, à vos côtés, Esclave et pâlissant devant votre arrogance, Fait monter jusqu a vous le cri de la souffrance! L'artisan épuisé, le laboureur sans pain.
112 LÉGENDES SAVOISIENNES.
Souffrent peut être, en bas, Tangoisse de la faim !,.. Qu^importe ! des festins la coupe est toujours pleine ! Au travail courageux, à la sueur humaine Demandez vos plaisirs, et sous un joug pesant Courbez à votre gré le faible et l'innocent ! Un jour viendra pourtant où la misère et l'âge De l'homme ayant usé la force et le courage.
Sur le seuil en ruine apparaîtra la mort. . . Matelot fatigué qui voit de loin le port.
Le pauvre, agonisant sur un lit de souffrance. Tournera ses regards vers la sainte espérance. Heureux de demander, dans la tombe emporté, A la mort le repos, à Dieu la liberté.
Et vous, rois aveuglés, même au sein de vos fêtes, Vous verrez, ce jour-là, flamboyer sur vos têtes Le glaive étincelant de l'Ange du trépas -, Et du suprême appel quand tintera le glas.
Vainement votre lèvre essayera la prière ! Pour chacun tour à tour sonne l'heure dernière : La grande éternité, nuit froide où tout s'endort. Jette ensemble au linceul les rois au sceptre d'or. Le riche et lartisan, le luxe et l'indigence. Sur le bord du tombeau l'égalité commence !
C'est un rêve insensé, c'est une illusion.
De l'esprit orgueilleux posthume ambition, Que de vouloir, trompant la tombe inexorable,
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Laisser sur cette terre une trace durable :
Le marbre et le granit ont-ils à l'avenir
Légué des héros morts le nom, le souvenir?
Le temps qui détruit tout, souvent même la gloire.
N'a pour la vanité ni respect ni mémoire !
Il n'a point de pitié pour laudace et l'orgueil,
Qui veulent le braver au delà du cercueil.
Le sable du désert a sur les pyramides
Effacé bien des noms ! Sur ces plages humides,
G>uvertes aujourd'hui par le Grand Océan,
Peut-être nos aïeux avaient-ils une tombe !
Défi présomptueux qu'ils jetaient au néant !
Antique mausolée et tour de Hautecombe Des siècles écoulés monument respecté Qui vit grandir jadis la féodalité ; Lorsque des souverains léguaient à votre enceinte Leur mortelle dépouille, et sous votre ombre sainte, Ck)mme sous une égide, avaient mis leurs tombeaux ; Qui vous eût dit qu'un jour vos murs et vos créneaux. Impuissants à défendre un pareil sanctuaire.
Laisseraient profaner ce royal ossuaire,