‹ Cara patria: échos italiensChapitre 29 sur 67 · LÉGENDES SAVOlSI ENNES · texte numérisé non relu

LÉGENDES SAVOlSI ENNES

Et qu'on prendrait enfin (sacrilège impuni !}

Aux rois morts leur cercueil^ aux vieux aigles leur nid?

Pourtant on aurait cru ce roc inaccessible !

Le monde et ses rumeurs, jusques au seuil paisible,

N'arrivaient par hasard que comme un bruit perdu :

Entre Ponde et le ciel, nid d'aigle suspendu !

Mais jusqu'où ne va pas le torrent populaire l...

Le peuple quelquefois regrette sa colère. . .

Plaignons-le seulement, lorsqu'il est égaré ;

Et, d'ailleurs, aujourd'hui le crime est réparé.

Un homme, un souverain à la sage parole.

Vient de rendre au vieux roc l'antique nécropole.

C'était un saint devoir, et, docile à l'appel

De ses aïeux sans tombe, il releva l'autel !

Les moines, bons vieillards aux sombres scapulaires,

Des cendres de nos rois pieux dépositaires,

D'une tremblante main ont repris les flambeaux

Dont les pâles lueurs éclairent les tombeaux.

Leurs voix, sous les arceaux, chantent de saints cantiques^

Et l'écho, redisant leurs prières mystiques.

Répète au voyageur, au pâtre, au batelier :

« Mortel, la mort est là! Mortel, il faut prier! »

Majestueux spectacle ! Une tour gigantesque.

Semblable à ces grands burgs dont le vieux Rhin tudesque

Vit couronner jadis ses abruptes coteaux.

Sur le bord escarpé dresse ses noirs créneaux.

Plus bas, d'un large mur la ceinture blanchâtre

L ÉGLISE DE HAUTECOMBE. Il5

Indique la limite où la chèvre et le pâtre, Après avoir gravi lentement le rocher^ S'arrêtent épuisés, à l'ombre du clocher.

Le couvent est caché derrière cette enceinte : Des moines et de Dieu c'est la demeure sainte -, Le lac est au-dessous, le lac limpide et pur. Où le soleil, le soir, se couche dans l'azur. Tout se tait, tout repose autour du monastère : Point de vaines rumeurs, point de bruit de la terre ; Tout est recueillement dans ce calme profond , Et quand la voix du prêtre à la cloche répond. Une émotion douce, instinctive et puissante.

S'empare tout à coup de 1 ame frémissante ; L'infini se révèle à Thomme, dans ce lieu Où tout est poésie, où tout est plein de Dieu.

Lorsque sonne minuit, — minuit! heure fatale! — Sous les sombres arceaux la lampe sépulcrale Pâlit, nous a-t-on dit, puis s'éteint, et soudain. Des antiques tombeaux, une invisible main Soulève lentement les immobiles dalles.

Chaque cercueil se vide, et vingt fantômes pâles. Drapant comme un manteau leurs linceuls blasonnés, Promènent autour d'eux des regards étonnés... Le lac se ride au loin, et des barques rapides,

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Le baron semblait être en veine de gaîté, Les convives bientôt partagèrent sa joie ; On but à la santé des princes de Savoie !

Au pays ! à sa gloire ! à sa prospérité !

Sans doute les seigneurs, buvant jusqu^à Taurore, Se seraient enivrés et de vin et de bruit, S'ils n^avaient entendu tout à coup dans la nuit Retentir le beffroi solennel et sonore.

Le marteau sur Tairain retombe douze fois...

Cest minuit!... Au tumulte on a fait soudain trêve.

Le sire d^Apremont de son siège se lève,

Remplit sa coupe et dit : « C'est aux morts que je bois ! »

A ces lugubres mots les lumières pâlissent *, Lustres étincelants et flambeaux, tout s'éteint! Et, comme obéissant au souffle d'un lutin.

Les rideaux blasonnés sur la muraille glissent !

Les varlets, les soldats, les vassaux du manoir, Apparaissent groupés dans une salle immense, Et, la dague à la main, se pressent en silence Autour d'un échafaud couvert d'un voile noir.

Sous ce sombre appareil un mystère se cache.

Qui trouble et fait pâlir chevaliers et seigneurs.

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