LE SIRE DE MONTMAYEUR. IO
Une torche blafarde aux tremblantes lueurs Éclaire le billot et la sanglante hache !
Le pauvre président, défaillant, éperdu, Implora du regard ses compagnons de fête , Mais tous avec terreur avaient tourné la tête... Il comprit qu'il était sans ressource perdu !
Le baron dit alors d'une voix forte et dure : « Mes aïeux m'ont fait noble, et le roi chevalier^ Je suis de Montmayeur souverain justicier; Je punis, c'est mon droit, le crime et le parjure !
« Un homme m'a leurré de perfides serments !
De sa foi, messeigneurs, le gage était sa tête !
J'ai perdu mon procès ! — Soit ! — Ma vengeance est prête !
Cet homme est parmi vous; sa tête, je la prends! »
Il dit, et le bourreau, traversant l'assemblée, Traîna vers le billot le pâle président !
Le baron prit la tête, et d'un regard ardent La contempla d'abord^ de sang toute souillée !
Et bientôt, s'élançant sur son destrier noir. Le baron au galop s'éloigna du manoir !
Il6 LÉGENDES SAVOIS1ENNES.
Sur la rive échouant leurs carènes humides, Jettent au pied du roc d'étranges passagers.
Ces spectres, quels sont-ils? Où vont ces étrangers?
Les princes aujourd'hui qui gouvernent le inonde
Viennent-ils, recherchant une source féconde,
Demander le conseil et l'exemple au passé ?
Mais non, avec la nuit le rêve est effacé !
Non, des religieux retentit la prière.
L'aurore monte au ciel... Tout rentre au cimetière.
Illusion trompeuse !... Au fond de leur cercueil .
L'éternité retient les rois et leur orgueil.
Sous les sombres arceaux le cloître est solitaire !
Vanité des grandeurs et des biens de la terre!