‹ Cara patria: échos italiensChapitre 32 sur 67 · A SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

A SAINTE-BEUVE

De mai les brises embaumées Soufflent après un long hiver, Et leurs haleines parfumées Font éclore mes fleurs aimées Dans mon jardin devenu vert.

La violette la première Du printemps chante le réveil, Et la nature tout entière S^abandonne, amoureuse et fière, Aux tièdes baisers du soleil.

ï34 LA SENSITIVE.

Hier pourtant, triste et souflFrante, Luttant contre le souvenir, Moi, j'assistais indifférente A cette promesse enivrante Du doux été qui va venir.

Et quand sous la jeune feuillée Les oiseaux déjà revenus Chantaient... moi seule, désolée, Je suivais mon âme envolée Vers des rivages inconnus.

Que ma rêverie était douce !

Mes yeux erraient, inattentifs.

Du vieux toit verdi par la mousse • A la ravenelle qui pousse Au bord des odorants massifs.

Mais voici que, belle et pimpante, Comme une étoile dans Tazur, M'apparut une fleur grimpante, Dont la tige croît et serpente Dans les crevasses du vieux mur !

Elle dressait son pur calice

Sur un fut droit comme un roseau ,

Et sa corolle large et lisse,

LA SENSITIVE. l35

Sans que rien la gêne ou la plisse^ S^arrondissait comme un arceau .

La fleur, hier épanouie, Resplendissait dans sa blancheur ; La vue en était éblouie, Et rame y trouvait, réjouie, Un peu de calme et de fraîcheur.

Une larme de la rosée, Traçant son humide sillon, Sur le pistil s*était posée.

Et s^agitait là, caressée Par un fécond et chaud rayon.

Pour cueillir cette fleur si belle, Ma discrète main s^avança, Lorsque^ m^effleurant de son aile.

Enfant de la saison nouvelle, Un papillon me devança.

QuMl était brillant ! Sur sa tête, Hardie et libre en son essor.

Se balançait la double aigrette -, Sa robe nacrée et coquette Avait le vif éclat de l'or.

l36 LA SENSiTlVE.

Ses larges ailes déployées, Brunes avec un reflet vert, Et de jaunes taches striées, Avaient les flammes variées De rétincelle qui fend Tair.

Ivre de vie et de lumière, Que cet insecte était heureux !

Il voltigeait, la mine fière.

Se dandinant à la manière D^un poëte ou d*un amoureux.

Il efileura ma main brûlante.

Et, glissant à travers mes doigts, G>mme une perle étincelante Se posa sur la fleur tremblante En maître jaloux de ses droits.

Sur la corolle ainsi froissée Un frisson me sembla courir :

Sous ce léger poids affaissée On eût dit une âme blessée Qui comprend qu'elle va souffrir.

Mais le papillon, tête folle!

Ne vit pas ce frémissement ; Comme un frelon dans Talvéole,

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