A MADAME C
Je me suis demandé bien souvent, sur la grève Où j'écoutais le vent chanter Thymne du soir: Qui vaut le mieux de la vie ou du rêve, Du souvenir ou de l'espoir?
Lorsque je me recueille et feuillette les pages Du livre où sous mes yeux s'éveille le passé, J'aime à revoir, auprès des plus chères images, Les cailloux du chemin où mon pied s*est blessé I
a02 ESPOIR ET SOUVENIR.
Joîe et douleur! espoîrl rêverie et mensonge ! Fantômes vaporeux évoqués tour à tour, J'écoute avec respect, dans le calme du songe, Vos cantiques de deuil et vos chansons d^amour !
De mon joyeux printemps j'effeuille encor les roses... Quel que soit l'horizon que m'ouvre l'avenir. Quel que soit le parfum des fleurs à peine écloses, Souvent je leur préfère un obscur souvenir.
C'est ainsi que, jetant ma pensée en arrière, Embrassant le passé du cœur et du regard, Il me plaît d'y chercher trace de la lumière Qui dirige ma vie, autant que le hasard !
C'est pour cela que j'aime à revenir encore Aux bords où le chagrin trouve le doux sommeil, Près des flots azurés qu'un chaud rayon colore, Où le cœur épuisé prend un bain de soleil f
Le printemps de ses fleurs couronnait mon jeune âge. Quand je te visitai pour la première fois, O Nice! et l'espérance éclairait ton rivage... Je me retrouve enfant, lorsque je te revois I
Je t'aime, et cependant (il le faut !) je te quitte ! De ton seuil bîen-aimé je m'éloigne à regret.
ESPOIR ET SOUVENIR. 2o3
Mais j'efieuille en partant la blanche marguerite, Et de myosotis j^ai fleuri mon bouquet.
Ciel d^azur, mer phosphorescente , Plage où le sable est de velours, Grève où la vague frémissante S'endort et s'éveille toujours ;
Bois d^orangers où l'oiseau chante, Buissons respectés des hivers, Lieux où Mignon, comme Atalante, Cueillait doux fruits et rameaux verts !
Gel enflammé, sillons humides D'où la sève prend son essor, Jardin charmant des Hespéndes, Feuillages d^argent et fruits d'or !
Cité vaillante et poétique, Ville aux souvenirs triomphants, Terre féconde et sympathique Comme le cœur de tes enfants !
Bosquets fleuris chers à la Muse, Asiles du joyeux loisir, Lieux où Tennui n'a pas d'excuse.
Temples éternels du plaisir !