DÉDICACE
Ck)mme Dante, autrefois exilé de Florence, Pleurait sur son pays; toi, Hugo, de la France, De la patrie, objet de ton culte assidu, Tu chantes les douleurs et Tavenir perdu !
Chaque jour, quand le flot a reconquis la plage. Seul foulant tristement les algues du rivage Où l'exil douloureux limite ta prison , Tu sondes du regard le brumeux horizon; Et si tu vois au loin poindre une voile blanche , Vers l'esquif inconnu ton large front se penche : Sur la vague, là-bas, il creuse son sillon !
Quel port Ta vu partir? Quel est son pavillon?
2o8 A VICTOR HUGO.
Ton sourire renaît et ton œil s'illumine.
Un cri s'est échappé de ta vaste poitrine :
« C'est un Français ! Là-bas, je vois les trois couleurs !
Apporte-t-il enfin un terme à mes douleurs?
Oh ! puisse ce vaisseau que soulève l'eau verte
M'annoncer que la France aux bannis est ouverte !
Que, brisant du tyran le pouvoir redouté.
Le peuple a $alué la sainte liberté !
Soyez béni, mon Dieu, s'il vous plaît qu'il apporte
Le récit des combats où Tinfâme cohorte
A, sous un bras vengeur, trouvé le châtiment ! »
Mais, hélas! le vaisseau fuit dans Téloignement;
G>mme un feu qui s'éteint, comme un rêve qui passe,
Le point blanc disparaît de Thumide surface!...
Le jour n*est pas venu, Theure n a pas sonné !
Au rocher de Texil tu restes enchaîné.
Tes larmes, feu brûlant, inondent ta paupière;
Mais bientôt, vers le ciel levant ta tête altière,
G)mme un soldat au glaive, à ta lyre d'airain
Tu demandes encore un accent souverain !
Et tu chantes la haine, et les échos du monde
Répètent les éclats de ta foudre qui gronde !
Et les peuples émus, en chœur, battent des mains.
Tandis qu'en leurs palais tyrans et souverains,
Ces hommes au front ceint d'un sanglant diadème.
Se courbent, pâlissant sous ton grand anathème !
Le sol tremble sous eux : le sang qu'ils ont versé