‹ Cara patria: échos italiensChapitre 59 sur 67 · DÉDICACE · texte numérisé non relu

DÉDICACE

Ck)mme Dante, autrefois exilé de Florence, Pleurait sur son pays; toi, Hugo, de la France, De la patrie, objet de ton culte assidu, Tu chantes les douleurs et Tavenir perdu !

Chaque jour, quand le flot a reconquis la plage. Seul foulant tristement les algues du rivage Où l'exil douloureux limite ta prison , Tu sondes du regard le brumeux horizon; Et si tu vois au loin poindre une voile blanche , Vers l'esquif inconnu ton large front se penche : Sur la vague, là-bas, il creuse son sillon !

Quel port Ta vu partir? Quel est son pavillon?

2o8 A VICTOR HUGO.

Ton sourire renaît et ton œil s'illumine.

Un cri s'est échappé de ta vaste poitrine :

« C'est un Français ! Là-bas, je vois les trois couleurs !

Apporte-t-il enfin un terme à mes douleurs?

Oh ! puisse ce vaisseau que soulève l'eau verte

M'annoncer que la France aux bannis est ouverte !

Que, brisant du tyran le pouvoir redouté.

Le peuple a $alué la sainte liberté !

Soyez béni, mon Dieu, s'il vous plaît qu'il apporte

Le récit des combats où Tinfâme cohorte

A, sous un bras vengeur, trouvé le châtiment ! »

Mais, hélas! le vaisseau fuit dans Téloignement;

G>mme un feu qui s'éteint, comme un rêve qui passe,

Le point blanc disparaît de Thumide surface!...

Le jour n*est pas venu, Theure n a pas sonné !

Au rocher de Texil tu restes enchaîné.

Tes larmes, feu brûlant, inondent ta paupière;

Mais bientôt, vers le ciel levant ta tête altière,

G)mme un soldat au glaive, à ta lyre d'airain

Tu demandes encore un accent souverain !

Et tu chantes la haine, et les échos du monde

Répètent les éclats de ta foudre qui gronde !

Et les peuples émus, en chœur, battent des mains.

Tandis qu'en leurs palais tyrans et souverains,

Ces hommes au front ceint d'un sanglant diadème.

Se courbent, pâlissant sous ton grand anathème !

Le sol tremble sous eux : le sang qu'ils ont versé

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