LE LIT NO
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Déjà, d’ailleurs, la maladie venait s'ajouter à son chagrin et À ses remords, et il ne lui resta bientôt plus qu'une suprême alternative : lhôpital.
Elle alla donc à l'hôpital et c'est là, qu'après l'avoir connue heureuse, fêtée, le sourire aux lèvres, je la vis demander en vain à l’art et à la charité le retour de ses heures de bonheur et de gaieté d'autrefois.
Tout échoua.
Dans un travail de termite rongeant l'idole, la phtisie incessante s'acharna à ronger cette poitrine de Française, notre sœur d'il y a un siècle.
Eut-elle, dans ses longues nuits d'insomnie et de fièvre, conscience un instant de la gravité de son état? Je ne le crois pas... Non, pas même en ce jour d’ennui et de noire tristesse où elle m'avait longuement raconté son enfance, sa jeunesse, ses amours fous, toute sa vie, toutes les choses de sa famille et de son coin de pays si Join.
Elle voulait encore me retenir auprès d'elle, à côté de son lit, pour me dire comme elles étaient jolies les collines et les prairies de là-bas, comme les genets sentaient bon... Ah!
on n'en avait pas iei de vignes et de
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lilas comme les siens.... Puis cette petite avenue discrète qu'elle me dépeignit; au pied, les sables dorés de la grève, en face, la métairie de son père, aux alentours, des alignements de platanes, les enseignes des cabarets, les nombreux clochers qu'elle voyait de loin, puis encore la grande route communale conduisant à Nan tes...
Tout ca décrit avec l'éclair triste remonté dans le regard de tous les tendres et naïfs souvenirs qu'elle évoquait, décrit avec une vérité si intense... oh! si intense et si vivante que je le reconnaîtrais tout de suite, son hameau d’Aigrefeuilles, s’il m'était donné de l’entrevoir... Puis son frère Jacques, soldat, sa petite sœur Cécile—si belle celle-1là—qui riait toujours, qui aimait tant les marrons cuits sous la cendre...
Comme elle avait hâte de les embrasser... car elle s’en retournerait si seulement cette mauvaise fièvre pouvait finir à la fin... Et en me disant ça, elle me regardait toujours avec un air de me demander ce que j'en pensais.
Ce que j'en pensais... Je ne le lui dis jamais.
Au contraire, je l’aidais de mon mieux à dorer ses rêves et ses illu-
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sions, lui faisant espérer la santé prochaine... si peu de fièvre, presque plus, quand mon thermomètre indiquait toujours 1029, 103°... et elle, la pauvre, toujouis prête à me croire, à me dire qu’elle se sentait mieux, plus forte.
L'expectoration et la cachexie augmentaient ainsi que la maigreur; ça ne pouvait pas durer longtemps.
Or un matin d'un lundi de mars, en jetant les yeux dans ce coin de salle, au No. 38, où je la voyais ordinairement se soulever du coude pour tousser plus à l'aise, j'eus froid au cœur ...Je lit était vide.
On avait déjà changé les oreillers, le couvre-lit, enlevé les potions, les débris d'écorces d'orange toujours déposés sur son étroit guéridon... Plus rien ne restait d'elle, ni ne la rappelait, jusqu’à sa carte d'admission arrachée aussi de la muraille bizuche.
L’interne de service me äit qu'elle était morte la veille, à onze heures, sans effort, comme un oiseau qui cache sa tête sous son aile. Quelqu'un était venu l'enlever, il ignorait qui, peut-être son mari ?—un étranger ?
peut-être pour l’amphithéâtre de dissection ? — il ne le savait pas.
Et pourtant c'était vrai qu’on était venu l'enlever: les funérailles avaient
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été bien tristes; quatre planches, huit clous, le premier fiacre qui passa servit de corbillard et ce fut tout,
... Deux jours après je rencontrai un étudiant de quatrième,
—Tiens, me dit-il, tu sais Mme de Madières, la jolie petite blonde du No 38, une Française, elle est à la salle de dissection... J'ai fait l'opération de la cataracte sur elle—j'ai bien réussi— j'ai suivi le procédé de GræfTe.
Voici le cristallin...
Je ne pus que répondre:-—-Pauvre femme! et je fus dix jours sans retourner à l’Amphithéâtre.
... I y a déjà longtemps de ça, mais comme j'y pense souvent encore à ce Jacques, soldat, à cette petite Cécile, grande maintenant sans doute, qu’elle désirait tant revoir et avec qui il me ferait si plaisir de pleurer en leur racontant cette triste page qu'ils n'ont probablement jamais connue dans leur lointain pays de France.