‹ Caractâeristiques des saints dans l'art populaireChapitre 237 sur 632 · AA. SS. Februar.. t. I, p. 3S · texte numérisé non relu

AA. SS. Februar.. t. I, p. 3S

UlE.

donnât congé. La sainte leur intima l'ordre de ne plus recommencer jamais , moyennant quoi elle leur accordait la liberté de déguerpir. La troupe s'envola, et l'on ne vit plus désormais d'oies sauvages dévaster la terre de sainte Wéréburge. Comme la fête de cette sainte est célébrée le 3 février, sa légende sera mieux comprise quand nous aurons parlé des autres servantes de Dieu qui ont à peu près le même attribut.

Sainte Phakaïlde {sinle Veerle, en llamand, ou xenlc Varelde) vierge, patronne de Gand ; k janvier, époque mal fixée par les bistoriens. L'on en fait la lille d'un roi Thierry d'Austrasie (fils de Childebert), la sœur de saint Émebert évèque de Cambray, et des saintes Rénelle ( Renilde) el Gudule; ce qui placerait sa mort veis le commencement du vni'^ siècle. Les calendriers flamands la représenlent portant une oie entre ses bras^; et il est bon de nous rappeler saint Rigobert archevêque de Reims, dont nous venons de parler sous ce même litre, parce que fêlé le même jour en Champagne, il a précisément reçu le même emblème. Naturellement cette peinture a été traduite en légende. Pour sainte Pharaïlde on raconte qu'à peu près comme sainte Wéréburge, elle fit conduire à sa ferme une volée d'oies qui était descendue dans la campagne. Là elle ordonna de les nourrir comme les autres oiseaux domestiques, sans que personne prît la liberté de mettre la main dessus. On peut, si l'on est curieux de ces naïvetés du vieux temps, se renseigner sur le reste de l'histoire dans la collection du P. Bollandus -. Pour moi, je crois avoir mis le lecteur assez au courant de ce qui aura fait donner cet oiseau de passage à , notre sainte. Au risque de m'aventurer un peu sur le terrain flamand, qui ne m'est pas familier, je me hasarderai en outre à proposer quelques conjectures sur des étyniologies que je livre aux gens du métier pour ce qu'elles valent.

1. En quoi 'elle ne ressemble pas mal à une personnitlcation du mois de février que publiait Grœvius dans le t. VIII de sou Thésaurus antiquitatum romanarum (p. 103, sqq.; et planches correspondantes). Là et dans les peintures du tombeau des Nasons à Rome (op. cit., t. XII, p. 1003, tOOO) d'après Bellori, l'hiver a pour représentants une jeune femme qui porte une oie sous son bras droit, et un vieillard dont la main gauche tient un canard par les pattes en même temps que sa droite élève un bouquet de roseaux. Si donc ce n'eût été un peu déroger à la marche de mon ouvrage, je pouvais emprunter à ces sources deux ou trois personnifications classiques de la mauvaise saison commençant ou finissant; et avec un nimbe de plus, ç'aurait été (à s'y méprendre) la sainte Pharaïlde des graveurs flamands.

2. AA. SS. Januar., t. I, p. 17'2. Le Breviariuiii... saiicli Scrvatij (Cologne, lô03, in-10) donne aux matines de sainte Pharaïlde l'hymne d'où j'extrais l'abrégé de sa vie :

« Deo cui se subegit Sponsoque duci juugitur.

Votum vovit, lieu infregit;

Virginalem ei llorem In œtate jam iiubiU Prœsentare stiuluit. Duci juncta est nobili,

Sed castitatis lilium

Quum annorum ter denoriim Non perdit hoc conjugium.

Ësset mater egenorum,

Nolens a pâtre cugitur In labentis vitaî pn-go {tiyri/o?}

Le nom de Gand {GmLwia au moyen âge, Ghent ou Gcnt en flamand et en allemand) n'aura-t-il pas donné lieu de caractériser la patronne de cette ville par une oie ( Gans dans les langues germaniques , et dans la basse latinité Gaula, Gansa, Ganiua, Ganccs, Gantes, Gantula; en espagnol Ganso, etc.; d'où pouvait bien venir le mot Gannire pour exprimer le rire maussade ou le grognement qui rappellent le cri des oies)? Ce que nous avons cité en note l'ait assez voir que le mot GaiU était populaire dans la Flandre pour désigner cet animai s Jusque-là, je ne crois pas m'être avancé plus que de raison; mais l'entraînement de la philologie me compromettra peut-être dans une tentative que je vais risquer encore, en attribuant aux Flandres un mot qui aurSit appartenu exclusivement à des populations d'autre souche. Sainte Pharaïlde avait depuis sa mort, dit -on, un pèlerinage à Ockersele (ou Steenockerzeel, Ochinsula, Hoclmscle, etc.) en Brabant^ Ce nom peu intelligible aujourd'hui ^ aurait-il pour un de ses éléments primitifs quelque reste de notre ancienne expression auqm {occa en italien, oque ou oclie en Poitou; et en basse latinité auca, ochu, ofja, aucella, etc.), d'où nous sera venu oue et oie *? Le village porterait alors l'empreinte de la caractéristique qui désignait sa patronne.

Sainte Milbuuge vierge et abbesse, fille d'un roi des Merciens'; 23 février, v. 725. Je la trouve représentée chassant des oies qui fuient devant elle et semblent déserter le pays Il importe assez peu en ce moment quelle histoire on avait rattachée à cette représentation, puisque nous voyons encore aujourd'hui inventer des faits pour expliquer des monuments qu'on ne comprend plus. Redisons tout bonnement que dans le Nord, le départ ou l'arrivée de certaines espèces d'oies, de cygnes et de canards sert à pronostiquer la rigueur ou la durée du froid. L'oie sauvage pond en Norvège et en Lapunie depuis avril et mai jusqu'en août; mais en

Sascitasti gamam {(junUtin^) virgo; Dans in signum tuas laudis.

Ca3co visum, gressum claudis Etc. »

Le docte Molanus proposait de lire (janzas dans la légende, au lieu de gaulas; on va voir que cette altération du texte n'est pas du tout nécessaire.

3. On peut consulter, sans trop de recherches, le Glossaire de Du Cange, où l'on trouvera maintes citations du moyen âge et de Pline lui-même (mais à la charge des Morins) ou d'auteurs latins encore, bien que moins classiques.

4. AÂ. SS. Januar., t. I, p. 170. — Keinsberg-Dueringsfeld, Calendrier Belge, etc.

D. M. A. -G. Chotin (Éludes étymologiques sur lesnoms desvilles... de la province du Brabant, p. 109), que je soupçonne d'être simple amateur en linguisticiue, déclari; assez peu nette la signification véritable de ce nom après les changements apportés par les siècles. Peut-être, simple amateur nioi-uième, serai-je reçu à présenter mon opinion comme document quelconque au dossier de l'affaire.

(i. Cf. Du Cange, Glossar., h. v.

7. Aussi lui met-on souvent une couronne près d'elle, ou sur la tête • outre l'église qu'elle porte parfois, comme fondatrice du monastère de Wenlock dans le Shropsliire actuel.

8. AA. SS. Februar., t. III, p. 390. On ajoute même que les oies se montrent cluuiue an née obéissantes à la défense qui leur fut faite alors.-

Ecosse et dans ses archipels, un peu plus tôt. Aussi traverse-t-elle la France et la Grande-Bretagne, pour aller

an Nord vers la fin de février ou au commencement de mars.

En conséquence, sainte Milburge chassant des oies

1. Fil. Buoiian-oti, Vasi âi velro, p. 8. — Bcllori, Arcus , tab. I t, etc. Des quatrains attribués à Ausone (ap. Grasv., Thesaur. anliquilat. rumanarum, t. VIII, p. 97, 102, 105, -109, 111) disent pour février :

« Quique p.iludicolam première gaudet avem ; » et pour novembre :

« A quo vix avidus sistro compescitur atissr. » Aussi les enfants qui jouent avec des oies, des canards ou des cygnes, dans ks œuvres de l'art romain (groupes, lampes, etc.), pourraient bien n'Être que le Génie de l'hiver pcrsonnilic.

2. Je ne voudrais pas contredire un descendant des Xnnains sur les faits de son pays; mais les oies prenant leurs ((uartiei's d'iiiver

devant elle peut bien annoncer la lin de l'hiver et le commencement du printemps.

Répétons encore, s'il en est besoin, que l'antiquité classique avait déjà caractérisé l'hiver par la chasse ou le passage des oies et des canards'; et ce qui a été cité précédemment de Sorterup d'après Finn Magnusen, donne lieu de croire que les régions Scandinaves avaient un symbolisme analogue-. Quant aux Anglo-Saxons, un de leurs calendriers au British museuiyi désigne le mois d'octobre par le tableau d'une chasse au marais. Or n'oublions pas non plus que pour la bécasse du printemps, l'Allemagne a son proverbe qui flotte entre cinq semaines au moins. Cf. supra, p. 579.

Sainte Hilde, abbesse en Angleterre; 17 novembre, 680. On lui attribue aussi l'expulsion d'oies sauvages qui ravageaient les champs ^.

Sainte Brigitte de Killdare (Cf. Aulcl, p. 102; Bœuf, etc.), dont la fête se célèbre le 1'='' février, a aussi des oies ou des canards dans sa légende*; mais je ne vois pas que cela puisse être pris comme une de ses caractéristiques vraiment populaires.

La B**^ Berthe comtesse de Ravenstein, et fondatrice ou restauratrice de l'abbaye d'Elchingen (xn*^ siècle). Stengel dit de cette sainte, fort peu connue chez nous, qu'elle est honorée par les peuples de la Bavière pour avoir chassé les oies sauvages des bords du haut Danube ^. Je n'ai pas réussi à trouver d'autres renseignements sur son culte et sur le jour oi!i on l'honore; mais son époque ^ annonce qu'elle ne peut pas être confondue avec Berlhe Pédauque (Berthe au grand pied), ou la reine de Saba ; questions dont je puis bien m'abstenir d'ailleurs après le tribut fort raisonnable que j'ai payé aux oies, mais seulement sous la condition que des saints y seraient intéressés.

Somme toute, sauf pour le dernier personnage, sur lequel je ne réussis pas à m' éclairer, toutes les fêtes de saints accompagnés d'oies tombent en hiver. J'ai donc quelque raison d'y voir une forme artistique des dictons qui ont eu cours en Allemagne, et qui servent peut-être encore aujourd'hui à présenter l'oie comme symbole de la mauvaise saison. On disait : « L'oie blanche (la neige) couve bien, » c'est-à-dire que la neige protège les jeunes pousses des végétaux; « mais l'oie noire (boue, pluie)

hors des contrées boréales, sembleraient plutôt y devoir indiquer les beaux jours. Si même en ces régions uotre oiseau passe pour représenter la saison rigoureuse (durant laquelle on ne l'y voit presque jamais), ce peut être à raison de sa couleur blanchâtre qui aura paru indiquer la neige; là surtout où l'oie vit en troupes (Cf. infra, B^" Berthe d'Elchingen). C'est ainsi, probablement, qu'ailleurs les jours de gelée auraient été désignés par l'œuf (dit-on), et la fin de l'hiver par un iruf brisé.

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