‹ Caractâeristiques des saints dans l'art populaireChapitre 433 sur 632 · Cela ne se rencontre guère dit avec un certain ensemble · texte numérisé non relu

Cela ne se rencontre guère dit avec un certain ensemble

siastique (xxiv, 5), et qui se rapporte évidemment à la Sagesse éternelle ' : « Je suis sortie de la bouche du

Très-Haut (È-yù im cTTî'f/.aTc; Y|tcrrcy È^^XSov). »

S'il fallait expliquer comment ce passage de l'un des livres sapientiaux semble mis sur le compte d'un saint

Elisée.

qui n'a jamais été présenté comme ayant contribué le moins du monde à leur rédaction, je dirais (mais sans grande garantie de l'Église grecque) que le miracle opéré par Elisée (IV Reg. ii, 19-22) lorsqu'il rendit l'eau potable pour les enfants des prophètes à Jéricho, était le type de l'eau du baptême-. Par cette institution divine qui communique à un élément naturel le pouvoir de nous faire cohéritiers du Sauveur, nous devenons participants de la nature divine, et le Verbe éternel se communique à toute créature intelligente. Là encore on peut reconnaître une prédiction de l'enseignement du grand apôtre, où se répètent tant de fois la grandeur du sacrementde la régénération'' et notre affinité surnaturelle avec la Sagesse incarnée*. Cf. Vitr. de Bourges, p. 91.

Le roi Ézéchias (p. 717), que nous n'avons pas coutume de mettre au rang des prophètes, y est mis par l'arque par les Pères latins, mais un Grec pouvait aussi le connaître, tîom. VI, 4. — Coloss. ii, 12. — Ephes. v, 6. — Tit. m, 5.

4. I Cor. I, '24, 30; ir, 7. — Coloss. ii, 3, 10. - Eph. v, 20. — I Tim. IV, 5.— Joann. i, 12, sq. — Etc.

PROPHÈTES

tiste grec; et nous allons voir des interventions bien plus surprenantes encore pour les esprits peu familiarisés avec le moyen âge. Ici, revêtu des ornements l'oyaux comme David , il porte écrit sur son cartouche : « Vous êtes le seul maître suprême de tous les royaumes (20

jj.o'vo; xûpio; ûil^ioTc; in( iràaat; -aï; [•jaaiÀeiœi;). ')

Ces mois ne se trouvent lilléralemcnt ni dans la version des Septante, ni dans la Vulgate; mais ils rappellent à coup sûr la prière d'Ézéchias (IV Hcg. xix, 15). L'Église n'emploie dans sa liturgie que le cantique de ce roi (Isai. xxxvui, 10-20); ce qui n'empêche pas qu'elle ne le tienne pour un serviteur de Dieu, sans toutefois en faire précisément un saint, pas plus que de Salomon. Cependant il est entendu que son langage adopté par l'ofïice ecclésiastique est considéré connne dû à l'inspiration divine. En cet endroit, il se peut qu'on ait prétendu le faire parler en manière de prophétie (toujours

1. Pour ne pas accunmler des citations ((ue ne comporte point le travail actuel, contentons-nous d'une seule qui en résume beaucoup d'autres; c'est l'hymne de laudes pour la Dédicace :

« Alto ex Olympi vertice Summi Parenfis Filijis, Ccu mrmle desectn^ lapis TciTMs in inias decitlehs, (jlc- »

1. Virf^ilo mruie, comme ayant fait allusion à la sibylle do Cumes, paraît dans iihis d'iui dociunent ecclésiastique. Pions n'avons pas à nous mêler de cela dans le travail qui nous occupe aujourd'hui. Prétendre ne rien laisser à dire, conduirait à tomber facilement dans

à cause de l'apôtre des nations) pour annoncer le culte que tous les royaumes de la terre devaient rendre au vrai Dieu sous la loi de grâce.

Si les artistes byzantins nous ont fait voir parmi les prophètes des personnages que nous ne classons pas habituellement dans cet Ordre, que dirait-on d'y voir figurer Nabuciiodonosor? II est pourtant vrai que le moyen âge a souvent introduit ce monarque asiatique dans la série des personnages qui rappellent les grandes pi'ophéties de l'Incarnation. L'on pourrait bien dire que le songe mystérieux où il vit les empires dont la suite devait être couronnée par le règne de l'Lvangile (Dan. 11, l-/i7), ne devint pas une prédiction avant d'être interprétée par Daniel. Au fait, sculpteurs, i)einti'es et même écrivains ecclésiastiques n'y ont pas regardé de si près. Le roi de Babylone avait vu cette pierre détachée de la montagne sans main d'homme {Ibid., 3/|, ^5), et qui devait renverser l'empire romain; c'est-à-dire le divin Fils de la Vierge, dont la loi remplacerait celles des anciens conquérantsDieu s'était donc communiqué au piince assyrien pour l'utiliti'î de tout l'imivers (CL Und., 36-30); à ce titre, on avait droit de le faire entrer dans la série des antiques manifestations qui déclaraient d'avance la maternité divine de Marie et l'incarnation du Verbe.

Les sibylles, par la même occasion, auraient quelque prétexte à s'introduire dans mon sujet ^ L'accès leur sera fermé; non pas qu'il n'y ait fort à dire sur elles : le xvi-^ siècle les a introduites dans mainte église, et cela prête à plus d'une recherche qui aurait son importance. Dans ce livre toutefois, où la matière ne manque point, qu'ai-je besoin de la tirer en longueiu- par des horsd'œuvre! Tenons-nous-en aux prophètes, et ne prétendons pas même épuiser ce qu'on en peut dire dans un aperçu général destiné à guider le lecteur en fait de caractéristiques bien établies par la prati(pie populaire. 11 ne manquera pas de données utiles, à se tenir dans le cercle que trace un titre si modeste en apparence.

Nos monuments franchement latins reproduisent volontiers l'appel aux témoins que Dieu avait envoyés d'avance, pour faire reconnaître la grandeur de son Fils quand il se manifesterait au monde dans la faiblesse de la chair et l'opprobre de la croix. De bonne heure chez nous, ce recours était devenu populaire à la suite du livre de Tertullien contre les Juifs, du sermon attribué à saint Augustin sur le même sujet'; des conférences entre

un vrai fourré de détails incxtricablrs. Rappelons seulement que le srave Baronius, après saint Justin, saint Augustin et saint Jérôme, ne voit nul inconvénient à ce que les Gentils aient en aussi leurs prophètes inspirés de Dieu.

3. Cf. Augustim 0pp., t. Mil; Appendix, p. I.".-17 (Paris, mi). Ce petit traité, sons le nom du srand évéqne d'IIippone, eut une telle fortune que diverses Églises (celle de Salcrno pur e\enqi'e) Tabrégèrent pour l'insérer dans les matines do Noël. Ce jour-là (en manière de drame ecclési;isii(pie mêlé ;\ l'Ollice divin ) prophètes, sibylli-'s, etc., venaient Tnn api rs l'autre, sur l'appel du lecteur ecclésiastique, réciter chacun leur témoignage devant le peuple chrétien.

l' UOPlIKTES.

Jiiir (jl chrrlii'ii pai-uival sous divers noms, de siècle en siècle. Quoi qu'il en soil, laissons de côté ce qui n'est que de l'érudition toute pure, et consultons les vieux artistes.

Jean de Fiésole {il hcalo), comme peintre et théologien, peut prendre le premier rang quoiqu'il appartienne au voisinage de la Renaissance. Je transcris donc à peu près dans le volume que lui a consacré M. E. Cartier {Vie de Fra Angclico, Paris, 1857, p. 17o-19(3), les textes que ce pieux artiste fait proclamer par les antiques organes du Saint-Esprit à l'occasion des principales actions de l'Homme-Dieu.

Incarnation (Annonciation). Isaïe (vu, l^i) : « Une vierge copcevra et elle enfantera un lils dont le nom sera Emmanuel {Dieu avec nous). ;>

Naissance de Notre-Seigneur à Bethléem. C'est encore IsAÏE (ix, 6) qui dit : » Un petit enfant nous est né,... et portera sur Tépaule le signe de sa domination. »

Adoration des Mages (Epiphanie). Le Psalmiste nous annonce (Ps. lxxi, 10) que cela était décrété de tout temps : (i Les rois de Tharsis et les habitants de la mer déposeront leurs hommages; les rois de l'Arabie et de Saba lui ap])ortcront des présents. »

Purification. C'est Malachie (m, 1) qui ligure comme prophète de ce mystère : u Alors viendra dans son temple le Maître que vous cherchez; et l'ange du Testament, qui est l'objet de votre attente. »

Massacre des Innocents. Joël prononce ces pai'oles (Joël, m, 19) : « Ils ont maltraité les enfants de Juda, et versé sur la terre le sang innocent, d

Entrée de Jésus-Ciirist a Jérusalem le jour des Rameaux. Zaciiarie accompagne cette peinture avec sa prophétie (Zach. IX, 9) sous la forme un peu différente que lui donne saint Matthieu (Matth. xxi, 5) : « Voici ton roi qui vient à toi sur une ânesse, et sur son ânon. ;>

Trahisoi¥'de Judas. C'est encore Zaciiarie disant (Zach. XI, 12) : (( Ils m'ont vendu pour trente pièces d'argent. » Ceci était pour le marché passé par le traître avec les ennemis du Sauveur; mais quand Judas livre son maître par un baiser dans le jartlin des Olives, le Psalmiste est là avec sa prophétie (l's. xl, 10) : u Celui qui mangeait mon pain a tramé ma perte. »

JÉSUS OUTRAGÉ DANS LA MAISON DU GRAND l'RÊTRE. l^à

deux prophètes viennent répéter leur langage proféré

fll. Marias Scpct, qui en ;i parltj njccmmciit dans un niénioirc piit>lii; par la Ilibliol licque de l'Ecole des Chartes (M'' série, t. 11], [i. '2, s\ \ .; rt '21 1, s\ v.;, eût pu ilidifiuer bien d'aulrcs sources, niais peutêtre se proposait-il de n'en sonder qu'une seule pour mieux circonscrire son étude.

Il y a aussi, par exemple, la ^ingulièrc description d'un souper attribuée à saint Cyprii'ii de Caiiliage (ou do Toulon), et citée par quelques-uns seus le nom de Maurus episcopus (Itabau Maur?). Patriarches et prophètes y défilent à plusieurs reprises avec divers attributs où l'on reconnaît que cette procession éU'angc a du être un spectacle familier aux chrétiens d'Occident. Car cela l'ut (commenté au Ml'' si ele comme texte dont la signification mci'açail de se

plusieurs siècles auparavant. Isaïe (l, 6) : u Je n'ai pas détoin'né ma face des souOlets et des crachats. » — MiciiÉE (v, l) : (( Ils soulïletteront le juge d'Israël. »

A LA FLAGELLATION. C'cSt eilCOre LE PsALMISTE (Ps. XXXVII,

18) : (( Je me suis tenu prêt aux coups de fouets, etc. »

^OTnE-SEIGNEUR PORTANT SA CROIX. Isa'ïe paraît de nouveau (Isaï. LUI, 7) : u On l'a mené à la mort comme une brebis. »

Jésus-Christ dépouillé de ses vêtements sur le Calvaire. Le Psalmiste une autre l'ois (xxi, 19) : « Ils se sont partagé mes vêlements, et ont tiré ma robe au sort. »

Le crucifiement. Nous entendons de nouveau parler IsAiE (lui, 5) : « Il a été blessé pour nos iniquités, broyé pour nos crimes. »

La mise au tombeau. Isa'ie, qui semble suffire à tout, dit en cet endroit (xi, 10) : « Les nations le prieront; et son sépidcre sera glorieux. »

Descente de Notre-Seigneur aux enfers. Le Psautier, comme Isa'ie, paraît quasi suffire à tout, tant il abonde en textes prophétiques. Cette fois on lui emprunte le verset (Ps. cvi, \k) ■ « H les a tirés des ténèbres et de l'ombre de la mort, il a rompu leurs chaînes. »

Les saintes femmes au tombeau. Fra Angelico n'a eu cette fois qu'à se rappeler Vinlroït du jour de Pâques (Ps. cxxxviii, 18) : u Je suis ressuscité, et me voici encore avec vous. »

Ascension. Toujours David (Ps. xvii, 11) : u II s'est élevé au delà des cieux, il a pris son essor sur les ailes des vents. »

Pentecôte. JoiiL (ii, 28), cité par saint Pierre au peuple de Jérusalem, immédiatement après la descente du Saint- Esprit (Act. II, 17-20), se présentait tout naturellement comme le prophète de ce grand jour : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair, et vos enfants prophétiseront. »

Pareils groupes se retrouvent à cent reprises, avec quelques variantes, dans les verrières, les reliquaires, les sculptures, etc., durant tout le temps du mojen âge.

J'en ai cité moi-même un exemple pris à Saint-Cunibert de Cologne^; et l'arbre de Jessé à Saint-Denis, qui paraît avoir été commandé par l'abbé Suger, en offre encore des traces. Pour ne pas avoir l'air d'attribuer cet usage quasi exclusivement aux peuples de l'Église latine, il convient de rappeler un magnifique chant de la lilurgie svriaque pour l'ollice du vendredi saint-. Les

perdre ; et avait été tourné, même d'assez bonne heure, en pièce de vers. Cf. Édél. du Méril, l'oêsics populaires latines antérieures au XII'' siècle, p. 193. svv. — Item, Poésies... latines du moyen âge, p. 93. sv.; i52. — Journal des savants, 1840, p. 80, svv.; et I8G1, p. 492, svv. — Carpenlier, Glossar., v. Festuni asinorum.— Komancero sagraiio, p. U! (110 302). — Ami de la religion, '20 décembre

lSi>!; etc.

L'n discours de saint Zenon {ad neophytos) fait voir que ce fui en occident, de viiùlle date, une idée fort iiopulairc.

1. Vilraux de Bourges, a" 205 (p. 295) ; Etude XII, lig. H. Déjà Cl! \itrail avait été publié par M. Boisserée, je crois.

Page 1