‹ Caractères et paysagesChapitre 17 sur 35 · S II. — INTÉRIEUR DU THÉÂTRE · texte numérisé non relu

S II. — INTÉRIEUR DU THÉÂTRE

Thomas Nashe, le cicérone. — Les trépieds. — Les gentilshommes de Tescabeau. — Les understanders. — Burbadge. — Le Prologue.

Mais il VOUS faut un guide ^ et je vous conseille de choisir Thomas Nashe, l'auteur satirique, que je vois ià-bas, et qui, dans ses nombreux pamphlets, a peint avec une causticité bilieuse et

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puissante les mœurs et les hommes de son temps. C'est lui que nous laisserons pau-ler et vous conduire. Aussi bien la plupart des détails qu'il t» vous donner se retrouvent dans sesr Œuvres légères, fort rares aujourd'hui, et aussi spirituelles que cyniques.

• C'est aujourd'hui, nous apprend»»!, une représentation extraordinaire , et le prix est double, selon l'usage (sS). Entrez vite, car il ne restera piits de trépieds; ce sont ces petits escabeaux de bois a trois jambages qu'un valet de théâtre loue aux gentilshommes pour la somme surérogatoire d'un shelling, et qui leur servent à embarrasser de leur présence le lieu de la scène. Mous ferons de même (s/i). Dépêchez-vous ; il n'en reste plus que trois, et les habitués trop tardifs seront forcés de s'asseoir par terre. Ayez bien soin de ne donner votre argent que lorsque vous tiendrez le trépied fatal (25). Le valet est sujet à caution. Aussi les hommes prévoyans font-ils apporter par leur page le siège dont ils veulent se servir.

» Yous entrezparlasaliede répétition oixliringroom ; soulevez ce rideau de fond , qu on appelle traverse; vous voici sur la scène ; elle est garnie

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de nattes., ce qui est extraordinaice. Communé* ooeDt, des feuilles et des branchages }oa(^eotle sol (26); maïs ce jour-*ci çst un grand four, et 1 W n'a rien épargné.

Déjà llntérieur du théâtre est rempli de monde z coutume fort gênante pour les acteurs et humiliante pour la roture ^ mais on n'a pas pu àboKr ce privilège des seigaeui*s, qui en abusent , comme vous allez voir. Tout est obscur autour de nous; la toile n'est pas tirée. Le rideau qui nous sépare du public, nous, placés sur la scène qu^ vont occuper les acteurs, vous cache une autre scène assez piquante, dont le bruit tumultueux ar* rive, jusqu'à vous. Ne vous étonnez pas de ces discordantes clameurs ; ce n'est rien encore. Te* nez votre chapeau prêt à vous protéger contre les projectiles que Ton nous lance, et qui dé^ chîrent quelquefois le rideau ; tuiles , pommes , cailloux volent déjà : le peuple ^^'impatiente (37); et les gentilshommes qui nous entourent soulèvent de temps en temps la toile pour répondre à ces attaques par des injures e% des projectiles^ lancés d'une voix criarde et d'une main ferme»

A Voici quelle est la disposition du théâtre, L'exr

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teneur en est hexagone ; et rinlérieur, circulaire. La scène où vous vous-tiouvex est séparée du partene oueocir (i>8) par une grillé à hauteur d*appui(a9) et par un rideau. La cour {yard^ où ae tianoeni debout ces gens qui font maintenant Unt de bruit, eat exposée à toutes les intempéries de Tain Ces messieurs, toujours debout , s'appellent en style de coufiases , les undsrsimn^ itêrt (5o), « les hommes du dessous, » le parierre : jeu de mote qui indique à la fois leur 8ituati<m, et implique une niUerie assez amère contre leur juger ment, mmé^rtêmmdingJLOi scène est prot^ée par ces deux petits toits en auTent, qve tous avez aperçus au dehors» Le reste du thé&tre est découvert.

Il extsie entre les muferstendlcrs et les geniils-. h^mmei <is Ve^cubemu une guerre acharnée, souvent meurtrière. Mais silence! v<Hci le valet qui suspend au-dessoifts du rideau , en dedsms , récrileau qui indique le lieu de la scène : IiohiH^ii (x%«V Un autre attache à la vidElle tapisserie \me toîl<^ qui représente à peu près une fenêtre ; vt>uî^ dev^s supposer que c'est une mnis«m. Cet homme ^ dont un manteau de velours noir couvre l^^ <H>*w»<*. cest le Prologue (3 A. Le velours

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noir 6l le prologue sont inhérens et inséparables. » Richard Burbadge , le meiHear actear de ce temps, et <}ui joue le rôle du cardinal Wolsey dans la pièce que nous allons entendre, est cet homme à demi vêtu, qui , traversant la double haie de nos gentilshommes, vient de passer sa tête à travers la fente du rideau qui doit se séparer et s'ouvrir des deux côtés de la scène, quand la pièce commencera. Ces hurlemens de joie que vous entendez, c'est la salutation dupeuplequia reconnu s^n acteur favori (33). Tous les chapeaux sautent en lair. f^ive Burbadge! vive /'Atlas du Globe! crie un jeune seigneur qui fait de l'esprit (34) «Assurément il y a autant de drame dans l'auditoire que l'on en peut mettre dans une pièce.

• Ces deux loges pratiquées dans le théâtre même , et sur ses deux ailes , renferment les musiciens (35); ils sont au nombre de dix : c'est la meilleure troupe de Londres. La plupart italiens, et au service de Sa Majesté , ils doivent à leur art une sorte d'impunité qui révolte les gens gra^ ves.Ge vieux violoniste, que vous apercevez, a séduit une jeune fille de la cour que l'on a trouvée dans son lit, et Tafiaire a été assoupie par Tinter-

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vention de quelques grands seigneurs kifluens (36). »Maîs la trompette a sonné trois fois, c'est le ^gnal accoutumé, le rideau s'ouvre. L'acleur du Prologue , sa branche de laurier à la main , s'avance vers la grille ou rampe de fer ;* le calme se rétablit peu à peu. Quand nous aurons entendu lie prologue, nous nous occuperons de l'auditoire. •

LE PROLOGUE AV FUBLIG (oi).

• Je ne viens plus vous faire rire ; aujourd'hui ce sont choses graves, puissans intérêts, affaires d'état, ce qiie le monde a de plus sérieux; d'àmères douleurs, des réalités qui rident le front, de nobles scènes qui mouillent les yeux; voilà ce que nous vous présentons.

» S'il y a de la pitié dans votre âme , vous pouvez donner à ces malheurs une larme , le sujet en est digne. Ne venez-vous acheter qu'un plaisir vrai, ici vous ne trouverez que la vérité; ne venez-vous voir qu'une ou deux scènes pompeuses, vous serez satisfaits. Un peu de patience seulement; deux heures vont se passer; ne regrettez pas votre wshellîng. H sVconlera riche de splendides spectacles.

m; SBIZIÀKB SIÈCLE. â07

n Quant >a vous qui ne demaudez que licence, folie et cliquetis d'armures, vous, amoureux du fou antique , aux paremens jaunes , à l'habit de cent couleurs; je vous en avertis, vous serez -déçus. Mes bénins auditeurs, sachez-le bien : confondre cette réalité choisie avec les inutiles spectacles où il n'y a que bouffons et batailles, ce serait nous accuser de sottise et vous-mêmes d'ignotance. Au nom du ciel donc, vous, les plus intélligens et les plus sagës^ des auditeurs que Londres renferme, prêtez-vous à ce que nous voulons faire de vous ; soyez tristes : les nobles personnages de notre ' histoire , ils revivent, ils vont paraître* Pensez-y bien , ce sont eux , euxmêmes , de relxmr ; grands comme jadis , comme autrefois puissans, suivis, <;aressés, enviés de la foule, assiégés d'amis.. • I3n seul moment. ..vious verrez cette grandeur se heurter et s'anéantir eh une affreuse misère. Riez ensuite, si vous en avez le cœur! »

<;><)8 xcBuas dkàmatiqiibs

S m. —L'AUDITOIRE.

L*antcar de la comédie. — Ce que valait une tragédie en 16 15. — ' Quarante mille drames en denz ans. — Le tabac et les pommes. — Les boorgeoiaes qai fument. ^ La jenne courtisane. -^ Le capitaine. — Le fat. — L'auditoire assis. — L*aiir dîtoire par terre. — La révolte. — La reine n'est pas rasée. — La pièce commence.

Le Prologue se relira ; ua murmure s'éleva de cette foule bigarrée. Elle n'applaudit pas; on n'applaudit guère le génie ; il étonne , on l'estime , on ne sait conunent le juger : on passe outre*.

t L'auteur de la pièce, reprit Nasfae, est un nommé Guillaume Shakspeare qui depuis deux ans s'est retiré à la campagne, et qui né manquait pas de talent; mais les connaisseurs estiment bien plus ses poèmes erotiques (38) que ses drames. Une pièce de théâtre n'est qu'un vain amusement. Nous voyons avec plaisir ces représentations scéniques, mais nous les prisons fort peu; Ben Johnson s'est donné récemment un grand ridicule, en faisant imprimer ses œuvres dramatiques sousle titre insolent d'Ouvrages, ff^orh(5g). On ne paie une pièce que six, sept ou huit livres

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sterling (4o) : quelquefois on accorde à l'auteur le bénéfice dune seconde représentation (4 1); aussi nos auteurs sont-ils pauvres et nos acteurs riches.

» Qu'est-ce en eflFet qu'une pièce de* théâtre ? la chose du monde la plus facile à faire. On a imprimé depuis deux ans quarante mille exemplaires de ces pièces (4^)* ^^ peuple en est avide ; mais il ne fait pas le moindre cas de ceux qui les écri* vent. Aussi ne se gênent"-ils guère. Ils pillent , ils volent, ils traduisent^ ils amplifient, ils mettenfoen scène le ciel, la terre, l'enfer, ce qui est, ce qui n'est pas, l'événement d'hier, chroniques, contes, romans (43). Us se jouent de tout; et pourvu qu'ils nous amusent, nous ne leur en demandons pas davantage. Ce Shakspeare, dont je vous parle, n'est pas dénué de tout mérite, il s'est fait quelque réputation parmi les mille et un auteurs dramatiques de notre époque. Je vous conterai ses aventures (44) q"® j® tiens deBurbadge , son camarade ; auparavant achevez l'examen de la salle , profitez d'un moment pendant lequel le rideau ouvert nous laisse voir librement et la scène et les spectateurs

» Admirez ce pêle-mêle de têtes chauves , cré-

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pues, cbevelaes, de tous les âges, qui ofidulenl comme les cimes de la forêt , et tous ces costumes différens qui distinguent les différens états. Scène pittoresque , û'est-oe pas ?

p Le parterre ressemble à un trou profond Creusé au-dessous du théâtre et les têtes des groundling$ , under$tander$ , « propriétaires fon«ciers, têtes basses, auditeurs de fondation «(tels sont les noms que les seigneursleur donnent), s'agitent sur une ligne parallèle à nos genoux. On aper<çoit au-dessus de leurs têtes le ciel de juin , tout éclatant de lumière «et le petit drapeau de soie qui flotte dans sa gloire. Parmi ces under$tander$^ ce ne sont que manteaux de cuir, vestes debouracan, surtouts de poil de chèvre, capes de perpeiuana ou d'étoffe sempiternelle , boùnets plats et pourpoints de serge noire.

>> Gad's lid! G ad' s eyel God dathnl tous les jurons qui blasphèment Dieu , dans toutes les parties du corps qu'on lui attribue, retentissent et se croiserrt; les seigneurs qui nous entourent font la moue au peuple et rient à sa barbe : voici les clameurs qui recommencent.

Les understanders]^ les gens du parterre^ les cas-

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^eurs de noisettes (4^)» ^^ nous épargnent pas, comme vous voyez, et la scène est couverte "desi débris de leur festin improvisé , de pelures d'orange, de bouchons, de fragmens de saucisson et de cailloux. Les marchands de pommes , de tabac

et de vin (46), cherchent à dominer ce tumulte : I^ippin,pippin! nuts^ nuts! Canary-wine ! tohaccopudding! Les uns fument, les autres jouent aux cartes, d'autres trinquent ensemble. Au-dessus du Yard ou de la cour, sont deux rangs de loges où Ton se permet à peu près la même récréation. La fumée du tabac, les vapeurs du vin s exhalent et forment un tourbillon épais qui s'élève en colonne torse au-dessus du théâtre ouvert parole hiaut. Ces dames qui fument sont des bourgeoises de la cité (47) ? des femmes de fil d'archal^ comme on les appelle (48); elles conservent leur masque , et sous ce voile de soie on voit passer le tuyau de leur pipe. Tournez-vous un peu; ce gros homme aux sourcils épais et froncés est une des réputations de notre temps : c'est Ben Jonhson (49)* H a coutume de se pencher en dehors de la galerie pour se montrer au peuple : fils d'un maçon, autrefois maçon lui-même, puis soldat.

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homme savant , et dont on rit parce qu'il met de la science dans ses pièces.

» Plus loin , cette femme éclatante de parure mérite votre attention. Son nom , que lui a donné quelque jeune seigneur érudit, est Amanda; son métier est de faire plaisir aux gens. Elle brille à Londres entre toutes les femmes de sa profession. Admirez sa vaste fraise, sa chaîne de Venise, son collier de pamander (bo), sa taille svelte, son gorgeret de velours bleu, son éventail de plumes à mfr(7tr. Thomas Granley, mon ami, long-temps son amant et sa dupe , a écrit sa vie en fort jolis vers. Vous la verrez demain sous le costume d une bourgeoise , le petit bonnet de velours rond sur la tête ; aprèsnlemain; vêtue comme une étrangère, et le jour d'après comme une princesse(5 s ). Les gentilshommes qui nous entourent l'interpellent à haute voix; mais il faut aussi que je vous les fasse connaître. Voici Southampton , le protecteur et lami constant de Guillaume Shakspeare (Sa) : c'est lui qui lui a conseillé d'écrire ses drames historiques ; les autres sont des fats de la cour. Tenez , en voici un qui entre ; examinez-le : la caricature est complète (53).

• » II a eu soin de ne se montrer qu'après le prologue pour trouver le rideau ouvert et faire admirer son costuine magnifique. Il se glisse derrière la tapisserie; paraît , le feutre sur le sourcil et la plume d'autruche ^ur l'oreille, son escabeau à la main droite, son teston (prix de sa place) élégamment suspendu entre deux doigts de s»

main gauche; salue le parterre du nom de canaille , s'assied) tire son épée, rapproche, au moyen de la lame de son arme, une bougie allumée à peu de distance(54) 9 demande sa pipe à son page, et s'élend insolemment, aux cris des un" derstanders, immobile sous la pluie d'oranges et de pommes qui l'accable.

» Vous en voyez une vingtaine d'autres, étendus à terre , parce que les escabeaux ont manqué (55). Us jouent aux cartes, et dissertent sur les différentes, manières de fumer. Leurs pieds alongés s'avancent jusqu'au milieu de la scène. On crie , on les maudit ; ils s'en embarrassent peu et continuent. Celui-ci, le poignard sur la cuisse, au manteau noir, bariolé de gances d'or transversales (56), aux manches pourpres en ailes, profondément tailladées, au chapeau pointu, que.

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surmonte ua panache de dix couleurs, c'est BrisAy le héros de la moée. Son page est derrière lui. qui charge sa pipe (57). On ieconnait et on le nomme; il tire de sa poche quelques angelots qu'il jette an ptij^le en lui criant : Au diable la monnaie l On se bat dans VYardf pour recueillir l'argent semé. Les bourgeoises demandent : « Quel est ce jeune gentilhomme?» Il laisse tomber son manteau de cinquante guinées, découvre son beau pourpoint bleu , broché d'argent , ses chausses de velours noir, et expire tranquillement au nez de ses admiratrices roturières la fumée du tabac. Voilà le bon ton.

» Ce balcon placé au fond du théâtre , et sur lequel un rideau est étendu , sert à représenter les montagnes, le toit des maisons, les fenêtres où se placent quelquefois les acteurs (58). Au-dessus est la traverse 9 rideau qui s'ouvre assez souvent pour laisser voir le fond de la scène. C'est entre la traverse et le mur que Ton joue la tragédie ou interlude, placée dans la pièce à'HanUeU C'est là que l'on place le lit de Desdemone, c'est sous le rideau de la traverse quej'qn cache les objets hideux, que l'on dépose les cadavres tués sur la scène.

» Pendant que nous parlons, nos und€r$tander$ perdent patience $ Tintervalle qui sépare le prologue du premier acte a semblé trop long( matelots, bateliers, cordonniers, bouchers, apprentis, menacent de recommencer le pillage du théâtre, ce qui leur arrive assez souvent, et je ne m'étonnerais pas de les voir monter sur la scène pour châtier les acteurs, détruire la salle et mettre en fuite la troupe comique (69). Il n'y a pas d'année où cet intermède n'ait lieu. >

Cependant Burbadge s'avance l'air humble et contrit. « Gentilshommes , dit^l aux understanderSy pardonnez ce retard involontaire , la reine Catherine n'est pas rasée (60)^ elle va l'être.

A ces mots vous eussie:^ vu tout le tumulte s'apaiser et un rire fou s'emparer des furieux. « Les rôles de femmes, reprit Nashe, étaient tous confiés à des adolescens que l'on payait beaucoup plus cher et qui, devenus nécessaires, se faisaient attendre.

• Mais j'aperçois le souffleur (61): le barbier de la reine a terminé son œuvre; le cor, le vio- Ion, le luth et la basse de viole ont joué un so-

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lennei andante (êolemn dump) : laissons passer le premier acte. J'ai hâte de vous raconter mes anecdotes sur Sbakspeare (62), auteur de la pièce, sur ses amours , sur sa vie , sur ses malices d'auteur^ anecdotes que je tiens de bonne source et qui w^ manqueront pas de vous intéresser. »

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s IV. — LE PREMIER ACTE.

Les haillons du théâtre et la pompe de la poésie. — Wolsej.. — Henri VUt. — * Aune de Boleju.

Connaître les amis, les maîtres, les serviteurs de Sbakspeare , vivre avec eux , c'est approfondir ses œuvres. Quel bomme de génie vécut dégagé de sa nationalité et de son époque? Vous qui n'avez pas entendu jargonner les fats de la cour d'Élisabetb, comment comprendriez-vous le fat-pédant d'Hatntetn le ParoUet^ le Mercuiio, le BenedicÂ, tes Clowns de ses comédies? Ce qu'il y a de grossier, de spirituel , de brillant , de recbercbé, dans ce dialogue étîncelant, n'ia pas besoin cFautre explication qu'une soirée passée au milieu de ses au diteursaccoutumés. Leurs costumes et leurs mœurs

VOU.S iaitient a leurs idées; lepr^ idées éclairent les créations du poète. L'Allemand Jean-Paul Va dit, avec cette sagacité originale qui lui est propre : Fous gui approfondissez les œuvres de l'art, venez observer la foule qui les a vues nat- Ère ; celte masse d'hommes vivans, avec leurs habitudes et leurs folies sans nombre^ ce sont Us NOTJE vARioRUH qui Commentent la poésie (63).

Restons donc en face de la canaille du parterre y qui , debout à nos pieds, yètue de pourpoints de fustian et de houppelandes velues, siffle et miaule à grand orchestre ; restons assis au milieu des beaux seigneurs en chapeaux de castor et en échaipes de soie qui garnissent la scène du Globe, au moment où un dialogue entre deux courtisans (Norfolk et Brickingham ) commence l'exposition de la tragédie , intitulée Henri VIII dans nos éditions modernes , mais annoncée, aux uuderstanders du Globe sous le titre (64) de Tout est vrai {AU is true).

Ces acteurs sont vêtus avec la même recherché quelesseigneursdontnous sommes entourés (65). La splendeur des habits contraste avec cette vieille tapisserie du théâtre (66) , les costumes du

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temps de François P' sont exacts, le satin et les paillettes y abondent; l'un d'eux décrit à l'autre la magnificence du champ du drap d'or.Dans ce pauvre théâtre du globe » si dénué de parure , la baguette poétique fait naître Tor, étinceler le diamant 9 chatoyer la mok«, rduler les perles et les rubis; opulence orientale qui^ saisit votre pensée, à déISnit des yeux de votre corps, et s'augmente de l'indigence réelle qui vous environne. Étonnez-vous de cette merveille ; l'auteur, forcé de suppléer à tout , fait ressortir sa description magnifique sur le fond obscur de la scène, la pompe de son vers lyrique dans cette salle chétive , sur les haillons de son thé&tre la pouipre de sa poésie.

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