CHANGEMENS
combattons, le christianisme les a consacrés ; c'est l'héritage des nations modernes; c'est le développement nécessaire de cet Évangile trop méconnu. Guillaume Penn l'a bien compris; et sur cette base il a fondé la Kberté de l'Amérique. Moins heureux, moins vertueux, forcés de payer les vices de nos ancêtres , pous n'avons droit quli une indépendance mitigée. Mais elle nous appartient; et à mesure que s'effaceront les souillures de notre passé, cette liberté grandira.
Certes , on ne peut en disconvenir, l'ancienne existence de la France humilie la pensée de qui s'échappe à ces illusions puériles , mensonges et parures de notre histoire écrire. Dans nos institutions, violence et faiblesse; dans nos mœurs, mobilité déplorable , débilité enfantine ou furieuse ; quelque chose de frivole et de théâtral , une vanité toute monarchique , se mêlant à nos plus nobles exploits. En vain le ciel nous favorisait ; nos moissons étaient belles , et nos vignobles féconds; le génie, l'esprit, le talent, étaient populaires parmi nous. Mais la patrie, où était-elle? mais le respect des lois , la^^onviction , fa vérité , la stabilité des idées, où les trouverez-vous? Sous
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la féodalité convulsive de nos premiers siècles? sous nos régences sanglantes et confuses? sous TigDoble sceptre de Louis XI? sous le sceptre chan« celant des Valois? La tutelle paternelle de Henri IV, la tutelle despotique de Louis XIV, ont jeté de l'éclat sur nos annales ; mais qu'espérer d'.un peuple qui attend tout de la hasardeuse bonté de ses monarques? d'un peuple idolâtre de ses rois au maillot, ^t qui les emprisonnecomme Charles VI, les abreuve ' d'outrages comn>e Charles VII, les poignarde comme Henri III, Henri IV et Louis XV? Quel np élange insensé de légèreté et d'enthousiasme , de loyauté et de révolte , de dévouement fanatique et de rébellion tumultueuse , d'anarchie et d'oppression! C'est là ce qu'il faut espérer des nations les plus spirituelles, les plus généreuses, les plus brillantes, quand une étourde^e sans excuse , un manque de force morale , que Dieu châtie , leur ôtant la conscience de leurs devoirs et de leur dignité, ne leur permettent ni de fonder des institutions sages , ni de les conserver quand elles sont établies, ni de les défendre quand on les attaque.
Nous avons changé. Au lieu de s'insurger pour
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détruire , sans doute la nation ne se lèvera plus que pour conserver. Oevrez l'histoire : c'est ce sentiment de conservation qui a créé la puissance des Provinces-Unies , et fait flotter son libre pavÙlon sur toutes les mers; c*est lui qui a maintenu l'indépendance de iVelvétie^ république enclavée dans l'Europe monarcbique ; c'est lui qui , ré** pandu par Locke et Guillaume Penn dans les âmes américaines, nourri comme une flamme sainte par Washington et Franklin, a transformé une faible colonie en une république vigoureuse. On peut donc espérer pour la France. On peut croire qu'elle quittera pour toujours ses habitudes d'idolâtrie aveugle et de haine insensée. Il est dans la vie des hommes et dans celle des peuples des actes qui changent une destinée , qui décident d'un avenir; engagemens sacrés que les hommes et les peuples prennent envers eux-mêmes. Éblouis par ce mélange adultère de gloire et de servitude qu'un grand homme oSrit à nos imaginations enivrées; humiliés par Tiûvasion de l'Europe et par les honteuses bénédictions qui l'accueillirent; té<moins dé tous les mensonges du Moniteut, de toutes les bassesses des régimes que nous venons de
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contempler et de maudire; jeunes gens, q|ii les avons poursuiries d'un dédain si amer, toutes ces misères, toutes ces variations de la France asservie et; trop faible pour se délivrer : relevons-hbus donc. H y a pour nous une patrie; et ce n'est point le * s<^ qui fait la Patrie : c'est l'unanimité des citoyens, c'est leur commun respect pour leurs droits communs , c'est le sentiment de la dignité de l'homme , s'insinuant dans les derniers rangs du peuple.
Le service divin était terminé , et la foule s'écoulait d'un pas lent , le front baissé*, comme si les mêmes méditations sur le sort futur de la pa-^ trie eussent occupé tous les esprits. Dans les rues aucun désordre, aucune agitation. Tout, dans l'aspect du peuple , favorisait ces douces et consolantes pensées qui succédaient à une explosion
si terrible.
Cependant, pour corriger cet excès de confiance dans l'avenir, charme et danger des esprits ardens, quelques traces de ces misères et de ces défauts qui ont flétri la France s'offraient aux re^ gards de l'observateur. Déjà , un quart d'heure
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aprè^la victoire, au milieu des spectateuie paisi* ble&, on revoyait encore se presser d'accourir les étemels valets de tous les pouvoirs futurs. Les jours suivans , la vieille plaie de la France se découvrit tout entière : il fallait voir les avenues des ministères encombrées, et toutes les servilités d'au-*trefois orgueilleusement tapies sous la livrée tricolore. Voici les débris et Técume des anciens régimes ; voici des nuées de solliciteurs qui fondent sur les places. Auprès delà France nouvelle, admirez la France ancienne , avec ses traditions d'intrigue et sa lèpre incurable de cupidités et d'amours -propres. Toutes les révolutions de nos mœurs li'ont pas détruit ce vice moral que madame de Staël signalait il . y a vingt«cinq ans , la Manie des places.
ffTiimumn Hifd Mm».
GRABBE.
l\ est plus difficile de peindre une de ces petites vieilles qui apparaissent dans les tableaux flamands, qu*nne figure de saint, de grandeur naturelle*
Hbiht EbmiB*
Geojqge Crabbe^ auteur anglais peu connu en France , jouit en Angleterre d'une réputation mé« ritéç. C'est peut-être de tous les poètes modernes le plus original : îl a pris^ si Ton peut le dire^ la poésie à rebours, et cherché ses moyens de suc« ces dans ce qu'il y a de plus contraire à Tidéal poétique. Fier et pauvre, condamné à passer sa
âp4 l'assassin
vie dans un misérable village des côtes d'Angleterre , au milieu des contrebandiers, des pêcheurs et des fabricans de barques : il est wbig; sa muse est toute populaire. Mais ce peuple au milieu duquel il a reçu , il le cannait trop bien pour le flatter ; i) voit sous le haillon du mendiant , sous la jaquette bleue du matelot, tous les vices dessalons et des palais. Son observation profonde, amère, impitoyable, ne pardonne ni à la misère les crimes qu elle enfante , ni à la société la misère quelle impose à des masses d'êtres humains. De cette situation d esprit naît un genre de poésie ironique, vulgaire, vraie, terrible, et dont l'analogue ne se trouve nulle part.
Crabbe ne peint jamais , il dessine. Son trait est pur, arrêté , complet ; l'éclat et le prestige manquent à ses compositions. Ily a de la froideur et du sarciame au. fond de son esprit. On voit que le monde la oublié : il se venge, non par des injures et des violeiices. misantropique^^ comme Jean-Jacques , maia par des portraits dont la ^délité fait «lal, dont la simplicité et la Uaiveté prouvent l'exËictitude cruelle* Penseur plutôt qu 'artiste 9 observateur plutôt que poète,
poftr^ste tmw non oc^ri^stQ, il neêièm^nd^ nen à 1 Vt Jamab il ne sQQge à mettre en reU^i ses caractère^, à les faire valoir, à présenter sm, récit sous Taspect le plus dramatique ; on est désappointé , méconteilt de se trouTçr trompé dans .son attente , de voir que l'auteur a tiré un parti si faible et si incomplet d une admirable esquisse. Tel est Je bizarre emploi d'une iuteUfge^Qce sagaçe , puissante , amoureuse du ppsitif , et ingpr cessible k riUusioii. Ses poèmes poq^raient être reliés sons ce. titre : extrait dei» rapports annu^($ d^0 comités de mendicité et de ppliee.
' C'était pourtant une noble , une géqér^use idée qqe d|^ d^oiander de la, poésie, et pne poésie réelle, aux classes inférieures et même infimes de la société. On verra, (en lisant la traduction suivante , de quelle oiani^re Crabbe s'est acq^gitté de cette tâche. Il nous montre une âme tyran- Qiquç daus une condition vulgaire ; le bj&soin de f^ire souffrir son semblable, devenu monomanie ; et c^tte monomanie aboutissant au délire et. à, la mort^ quand l'homme né bourre/iu manque d'aliiQçns à sa fi^énésie. Il y a dans cette esquisse une pro^néeur étonnante , une éloquence forte, mais
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aussi cette sécheresse amère et cette absence totale* de coloris qui caràctérîsent récriirain dont nous parlons.