DES ENFANS
Une foule tremblante de femmes ëmues se presse au cheTet du lit. Un moment il semble plus calme ; puis du fond de ses entrailles une- voix mugissante se fraie un passage: «Les voilà! ce sont eux! ■ et il meurt.
r^tfèis* î»f iltrgtU .
Virgile au cabaret !
Noie d'un professeur.
Cëtaît tine petite femme brune et vive , nëe en Syrie, d'une mère ionienne. Elle dansait si bien! Elle souriait avec tant de charmes !... — Mais vous allez prendre pour un conte fait d'hier mon récit simple et antique. Dans ce temps où la fiction elle-même, pour réussir, a besoin du passeport d'une naïveté controuvée, hâtôns-nous dé dire qu'il s'agit ici, non d'un roman, mais d'un fragment d'histoire ; non d'un tableau frivole , mais d^un document antique, monument curieux et ignoré des mœurs romaines, morceau détaché de
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la biographie de Virgile , que le poète écrivit en se jouant.
Vers les dernières pages du Virgile de Heyne , édition que tout homme de goât doit conserver comme un trésor d'érudition , sans pédantisme , vous trouvez une trentaine de vers presque inconnus, et scrupaleusetnent éliminés de toutes les éditions ordinaires. C'est une scène bachique, sans trivialité, où la volupté se montre pleine de grâce , d'élégance et de délicatesse. Le principal personnage est notre jolie hôtesse, dont Virgile trace le panégyrique avec une, vivacité fort expressive. Le second , c'est Virgile . lui-même , qui groupe autour de lui d'autres acteurs oomiques et poétiques, et consacre aux délices de la taverne syrie^nne un talent plus naïf,, plus abandonné,
plus vrai, si nous osons le dire, que celui dont
nous trouvons la preuve dans ses Çglpgi:^s , iaiW tations admirables, mais constantes, des poètes idylliques grecs , ,^t spéc^lement de 7héocrî^e. Voici ce délicieux t^lean. L'élégance et la netteté.. la précision pittoresque, et l^'mé{p4ie Vir* giiienne de i^a facture , révèl^^it , à chaqii^ v^T^ , la main de l'auteur, quoi qu'aient pu dire ces
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prudes acoliadtes qui ent- tremblé de voif la gravité dé Virgile eomprôioiiâe au cabaret.
Nous efisaieh)fls de reproduire, sinon avec
tout SOS colorift si naïf et si brilfant, dtt moins avec quelque fidélité, ce fragment antique , plein de grâoè, de vérité, de rapidité, de chaleur, cette scène bouffonne et élégante , à laquelle le rythme îirégulier du distique hexamètre et peutamètre prête une grâce piquante, qui disparaîtra dans notre prose.
« C'est àujourdliui que notre petite hôtesse de Syrie, celle à qui le diadème blanc va si bipn , celle dont lés inouvemens sont si vifs et si lasci£^,' quàtid le Crotale sonore accompagne ses pas, doit dânsèr dans la taverne, où son vin et sa beauté nous attirent. Venez ! Qu'auriez-vous de mieux à faire pendant l'ardente chaleur du joarPVepez r^ûser Chez notre hôtesse, et savourer son nectar. Elle â des coupes et des amphores; elle a des roses et des violettes ; elle a des^lyres et des flûtes : un treillage de jonc entretient la fraîcheur de son jardin, et vous offre un doux abri. Vous entendrez de loin la flûte rustique ,^ dont h liiunnure s'échappe dune obscure ca-
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verae, et vous vous croirez au sein des bois ^ que le pâtre fait retentir de s^s accens. Vous boirez d'un vin vieux , que la poix enveloppe ; près de vous un ruisseau bruissant vous charmera par son ^urmtire ; vous aurez aussi des guirlandes ][>leues et jaunes, du safran et des roses > et de beaux lia, aussi, blancs que ceux dont les nymphes de TAchéloûs remplissent leurs corbeilles; des fromages dans des paniers de. jonc ; et des prunes savoureuses,^ fruits exquis de l'automne; et des noix et des pommesempourprées. Venez; Ciérès, et Tamour, et Baçchus vous invitent. Je ne veux oublier ni les mûres sanglantes, ni le concombre azuré, ni ce dieu gardien des maisons , armé de sa faux taillée dans le sâule^ et peu redoutable d'ailleurs.
©Viens donc, Alibida ; ton âne^ couvert de sueur, chancelle sous ton poids; ménage-le, cet âne, tes chères amours, efvîens, si tu es sage, boire ce vin frais, qui sourit dans le cristal. ^La chaleur est étouffante ; la cigale fait retentir au loin son cvi redoublé ; le léxard même cherche une retraite. Allons, étends- toi mollement sous l'ombre de ces pampres , couronne de roses ta
DE VIBGJLE. ' 1299,
tête aloul'die. Viens : cette jeuQe fille est si jolie, et sa bouche est si fraîche! Meurent tous les gens austères dont le sourcil froncé nous condamne ! Réserverons-nous ces fleurs odorantes à dçs cendres insensiblei^? Quand notre tombe en sera couverte, en serons-nous plus heureux?
Allons, apportez du vin et le jeu de dés! Qui sait si nous aurons un lendemain? — Je viens je viens , nous dit la Mort , qui nous tiré Voreille, vivez en m'attendant / »
Ce n'est là sans doute' qu'un fragment littéraire
peu considérable , qu'un simple camée antique ,
à dçmJL burlesque, : aussi tous les savans Tont-ils
dédaigné. Tirgile au cabaret! Plus d'une sévérité
classique s'en est indignée. On a tenté de prouver
que ce morceau, inséré dans les codices les plus
anciens, et cité par tous les vieux commentateurs,
n'appartient pas au chantre du pieux et perfide
Énéé. Mais la preuve de l'authenticité du frag-
ment me semble écrite dans tous les vers. Vous
y retrouvez la plupart des formes de phraséologie
que Virgile aimait et reproduisait :
Snnt cupœ , calyces , cyathit elc.
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Vous y recoaaaiasez ceê douces assonances dont aucun poète romain ne fait un usage aussi heureux :
Syriaque purpmreâ lutta mi$ta roiâ. ■
Enfin le caractère même de Yirgfle, ce 'mélange de paresse et de délicatesse qui le distinguait, est, pour aîùsi dire , imprimé vivement dans chacun de ces distiques si ingénieux , si doux et si précis, que nul autre des poètes romains dont
nous possédons des fragmens, n'eût été capable de les écrire.
C^estun tableau de petite dimension, mais complet. Vous voyez ITiôtesse syrienne, si séduisante
dans son costume africain, et la tête ornée du
diadème grec , blanc comme la neige , enrichi de perles, qui relevait encore l'éclat de ses cheveux noirs. Sa mère n'avait-elle pas fait partie de la suite de Cléopâtre , et transnlis à sa fille la science de volupté, recueillie à Técole de la reine d'Égypte? Quoi qu'il en puisse être , il parait certain que* la Syrienne dansait admirablement bien le fandango de l'époque; et que loî;squ'elle faisait retentir sôus ses doigts légers les castagnettes d'é-
DB VIROIIE. DOI
bèae, eJle activait dàoi sa taverne ou f opina des bor4â du Tibre , tput ce .q:ue Rome avait de jeiiaeâ voluptueux ' et de sybarites élégans^ Je voudrais savoir qpels évèiiemeoâ. ameùèreat à Rome l'hôteiss^ d^ Virgile i aoit <;(u'un centurion anâoûreux, iniitant lexenuple d'Antoiney eût dépoè^ son épéé aux pieds d'pne fille de l'Afrique , soit que 1 es** clavage l'eût transplantée des rive$ du Nil aux rives 4u filire* Je me plais à entrer dans sa taverne, sitjuée loin dji Forum et des Comices. G'ei^ Une petite maison canrée , ^ laquelle une statue de Silèn^ sert d'enseigne. Traversez cet atrium assez vulgaire ; vous arriverez au petit jardin recouvert d'un treillage. Virgile lui-même est étendu sur le g^zon épais au miMeu des. fleurs éparses danis un parterrq irl-égulier, des concombres mûrs, ded outres pleines et vides, des ^amphores et àe^ coupes jetées pêlermèle sur la pelouses Ges deux
jeunes gens couitHinés de violettes et de roses,
ce $ont Variiàs et Plotius^ ^es amis. Horace fait sa cOur à l'empereur Auguste.
Vous entrevoyez une statue de Bacchus là-bas , dans cet enfoncement de 1^ galerie qui entoure le gazon ;^et à l'extrémité opposée, un dieu des
3oâ l'hôtesse
jardins , que les regards leis plus modestes peuvent contempler, en dépit de sa mauvaise réputation trop méritée.
Pour animer cette scène charmante , les sons d'une flûte de Pan retentissent du sein de cette grotte éloignée , d'où vous voyez s|prdre un petit ruisseau qui se perd dans le gazon. Là est taché un jeune musicien grec , dont les ac6e^s lointains guident et soutiennent la danse de la Syrienne , non ces mouvemens légers et onduleux que les Grâces décentes ont adoptés 5 n[iais, comme le dit Yirgile , l'élan de la bacchante :
Ebria fumosâ saltat Uuciva tabernâ,
ses bonds rapides , plçins d'abandon , de poésie
et d'ivresse amoureuse.
Or, voici venir un nouvel hôte : c'est une caricature antique , et les jeunes gens poussent de longs éclats de rire t à son aspect. Le poète nous a conservé son nom r il s'appelle, Alibida, C'est assurément quelque marchand d'esclaves , qui demeure sur la Voi^ sacrée^ et qui s'est enrichi par son commerce; il vient tous les jours de fête, monté sur i^on âne, partager les délices de la ta-