‹ Caractères et paysagesChapitre 31 sur 35 · L HOTESSE · texte numérisé non relu

L HOTESSE

BéUiair4.de M/de Marmontel^ et le Gonzais^ede M. de Floriap; l'un général du jBoyen âge ; Tau* t re si redoutable à ses propres troupes ^ qu'il punissait de mort la plus légère £aute de discipline. Tous deux sont devenus des héros si aimables , que Richelieu ou Lauzun n'eussent ni^ mieui dit ni mieux fait. Quand vous lisez tous ces travesti sscmens grotesques , vous vous rappelez cet Anglais f dont la manie était de coiffer Yénus de Médicis avec un chapeau à fleurs.

Le Voyage d'Anacharsii peut servir ici d'exemple. Un vaste savoir et un style heureux ne se combinent, dans cet ouvrage , que pour en faire un élégant mensonge. Tout ce que les Grecs avaient d'austère , de démocratique , de rude , malgré leur civilisation brillante , a disparu sous la plume de l'abhé. Tous les caractères athéniens ou )acédémoniens sont effacés; toutes les spécialités de mœurs et d'idées , si piquantes et si fortement prononcées , ont disparu. Ce n'est plus Athènes, l'Athènes 4' Aristophane , avec ses marchands de poisson démocrates et sa halle turbulente ; c'est Paris en 1776. Dans le Socrate d'Anacharsis , espèce de Malesherbe à manteau grec ,

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qui pourra retrouver «et aulre Socrate gui.mar^ chait pieds nus, buvait sec, divaguait de temps à autre, passait d'une niaiserie apparente à une ironie inexorable, recevait d'Aspasie (i) des leçons de rhétorique et d'amour, prêchait la sobriété, la tempérance , la chasteté à ses disciples , et apprenait à la courtisane Théodote (d) comment elle devait s'y prendre, pour réussir à souhait dans la carrière qu'elle avait à fournir?

Tout cela' eût été de mauvais ton autrefois; quiconque eût voulu montrer les anciens tels qu'ils étaient, eût excité la clameur universelle.il fallait briller chez Ninon ou chez madame Geoffrin.

L'étude dont je parle, ce talent de s'assimiler aux idées des t^mps et des pays lointains , sont silencieux, profonds et solitaires. Ils donnent plus de jouissances que d'éclat ; et tant que les coteries domineront; tant que la littérature sera un marché de critiques et d'éloges; tant que durera cette vieille habitude de servage littéraire , habitude qui remonte aux troubadours ; tant que les plaisirs de la vanité seront préférés aux jouissan«w

(i) Bantfuet de Platon.

(s^) Athénée. Deipnou

5io l'aôtksse

ces que.riiiteIKgeÉiee donne à celui qui Texerce ^ il y aura peu de chances pour qu^ine telle étude fleurisse.

Ciïpendant je ne sais s'il est au moâde nné jouissance plus vive que de se faire contemporain lie toutes les aalîons, d'entrer dans leurs idées ^ de partager leurs goûts , leur enthousiasme, letifs préjugés même. Sortir de letroite enceinte oit oette éducation si fausse nous enferme; doubler ses facultés; sentir comme les autres peuples; penser de concert avec eux; pénétrer dans cette antiquité si noble et si achevée , qui , livrée au etiite physique des formes, était complète comme tout ce qui est corporel ; s'asseoir à la table da patricien ; s'associer aux douleurs de la servitude et aux espérances de l'affranchi; comprendre tout , et les rêves profonde de TOrient théosophique , qui détruit le monde , grand rêve d'un dieu qui sommeille et souffre; et la hauteur infinie et étroite du stbîsisme qui divinise l'homme , et relègue Dieu par^elà les mondes ; et la croyance épicurienne transportant là sensualité dans la vertu; étudier même le faux et le mensonge ;, même le jargon de Lycophron , associé aux dé-^

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