SCENES D UN VILLAGE MARITIME
)>eine cette étraoge familie , où j'avais vu toutes les vertus mises en pratique , et les dogmes les plus oruels professés avec zèle par des âmes inno*^ centes. Je laissai les amaas sul: le point d'être unis , et le père de famille et la vieilie mère y et les en-^ &ns, tous respirant une joie modérée: cepea^ dant ils semblaient tristes de quitter lemr hôte. Eséchiel, qui n'avait pas encore prétendu me convertir 9 et qui n'avait jamais mi$ (i) «n dVéntt { comme les indépendans s'expriment ) ^ c'esi^ài^ dire prêché sa doctrine pour m'arracher aus: Moabites, ne put s'empêcher de me dire, en -me ser^ tant la main sur le rivage, que t « le monde était la fournaise où Coré , Dathan et Abiron avaient passé ; que si, faute d'avoir la Grâce, f étais brûlé par les flammes, il fallait me souvenir du Seigneur; que , dans ce cas, sa maison serait pour moi , dans tous les temps , l'arche de Noé , où je pouvais venir me reposer sans crainte. «
Et ces paroles si vraies , si graves , où un intérêt si paternel se mêlait à la ferveur religieuse , sans une seule teinte d'affectation, de fanatisme ou
(i) Heldforth.
cl« Civilité vulgaire , m'allèrenl au fond de l^âme.
Cependant , en 1 8 1 6 , je revins à Londres , et le désir me prît de revoir le petit hameau sur les rochers, et la famille puritaine, et le portrait de Cromwell sous la théière, et mon vieux ministre aûglicaii; échantillonfs uniques, curieux objets d'étude, qui resteront toujours dans mon ' Bouvenir , et dont la plume die Richter , de Sterne , de Nodier, ou le crayon de Chariet, auraient reproduit la bizarrerie piquante et pleine d'intérêt. •Au lieu de me rendre sur la rive comme à ma première arrivée, je me hâtai de me diriger vers la maison de briques ou demeurait Ézéchîel.
Il était une heure de l'après-midi. Je frappai long-temps en vain. Tout semblait mort dans la tx^ison. Etonné , effrayé presque , je redescendis vers la cahutte du pêcheur qui m'avait orienté pour là première fois dans ces parages. Je le trouvai occupé à raccommoder ses vieux filets , bien que i'bumidîté de sa triste demeure l'eût rendu préisque aveugle. Je lui demandai des nouvelles de M. Ézéchîel F.... et de sa famille, dont la maison semblait déserte.
56 scKiNEs d'un village maritime
c Ah ! monsieur, me dit le vieuxmatelot , Dieu a durement agi avec eux. God has dealt rudely çvith ihem. Si votis voulez nie suivre, je vous mènerai chez leur ancienne domestique , Rachel Blount, qui demeure là-bas , dans cette cabane. Elle vous contera toute cette histoire, qu'elle sait mieux que moi; car elle la vue, elle la redit tous les jours , et elle pleure en la racontant. <»
Je le suivis chez Rachel filou nt, la même do* mestique qui m'avait ouvert le soir de mon arrivée. Elle me reconnut, et, après les premières explications, elle me fit peu à peu le récit suivant :
« Le surlendemain de votre départ, monsieur, les fiançailles de miss Sibylla et de l'honorable jeune homme Abraham S... devaient avoir lieu ; mais Dieu visite dans sa colère les crimes des hommes : il en avait autrement décidé, et dès
le lendemain , tout était fini : il n'y avait plus
de bonheur pour la famille. D'abord une rumeur effrayante, qui se répandait de village en village ,. arriva jusqu'à nous ; les bandes de la presse balayaient tout le pays jusqu'à la côte , et enlevaient sur la route , jeunes gens , hommes mûrs , et même vieillards. Le matin, avant l'heure où
cette nouvelle parvint jusqu'à nous , M. Abraham était sorti avec sa fiancée , et se promenait avec elle sur la plage. Nous courûmes sur ses traces , sans pouvoir le trouver. Les brigands arrivèrent à l'endroit où ils étaient ; ils le saisirent; monsieur, ces ennemis de Dieu saisirent cet innocent agneau dans les bras de sa fiancée, et l'entraînèrent avec eux. En vain on les supplia de permettre au moins que le mariage des deux jeunes gens fût célébré, ils s'y refusèrent. La gloire de ces misérables et leur joie est de briser le cœur dçs familles. Abraham fut emporté en triomphe, garrotté comme une victime, par ces mécréans, qui chantaient en l'emportant, et qui laissaient le père, la mère et la jeune fille pleurer seuls leur misère. Ce fut le lendemain , au départ du vaisseau, qu'il y eut de la douleurdansnotre village! Tous les fils, lesfemrnes, les filles , les pères sur le rivage ; et lescris d'adieux qui n'étaient pas entendus; et les mères à genoux dans le jsable mouillé , tendant les bras à leurs enfans, demandant vainement qu'on leur permît de les embrasser une fois! et pas une permission accordée! pas un adieu ! non, pas un dernier coup d'œîl ! iNous apercevions bien les gens du navire