SCÈNES D UN VILLAGE MARITIME
sur le pont , mais jqous a'en distiuguions aucua. Quelle cruauté ! quelle cruauté! »
La vieille femme essuyait ses larmes , et conti<" nuait avec sou bon sens pathétique et po|>ulaire. « Quelle misère, monsieur, que cette Presse! n'estce pas une abomination devant Dieu ! On dit que ces choses doivent se faire! Se faire ! quoi! nous envoyer des démons avec leurs cris de rage , leurs insultes et leurs armes , pour déchirer tout ce que Dieu a mis d amour légitime et d'honnêtes plaisirs dans nos pauvres chaumières ! S'ils nous avaient laissé une semaine , un jour seulement , les cruels ! ma jeune maîtresse vivrait encore. Tout le monde avoue que oeite presse est injuste , mauvaise et dé^ testable ; et depuis soixante ans que j'ai l'usage de ma raison , je la vois toujours renaître à chaque guerre! pourquoi, monsieur? c'est que les hommes puissans n'ont pas la crainte de Dieu devant les yeux , ni l'amour de leurs semblables dans lé cœur ! /
» Enfin Abraham S... partit avec ses conïpa-* gnons d'infortune , et Sibylla apprit que le jeune homme avait été tué à la Corogne. Depuis ce temps^ on ne l'a janoi^is vue «ourire; sa tête s'égara; elle
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parlait touthdutet toute seule; elle était toujours douce, pensive^ supportait patiemment la vie, priait encore; mais ce n'était plus elle. Alors vint la faute du père, qui, voyant sa fille avancer en âge, et survivre à sa peine, voulut la marier. Elle refusa doucement: et sa mère et toute sa famille supplièrent Ézéchiel de laisser en paix la mallieureuse enfant. Mais la loi sacrée l'ordonnait : Croie*- $ez et multipliez , a dît le Seigneur» Ézéchial le voulut: un prédicateur de l^a bonne cause fut choisi poiu* époux de Sibylla , et le jour de la cérémonie fixé. Ak>r5 , monsieur, alors la raison de ma jeune maîtresse, qui, depuis le départ de son fiancé, n'avMt jamais été bien forte , se perdit entièrement, et dans une nuit d'orage , trois jours avant la cé-^ péaionie , elle se jeta de ce rocber dans la mer.
» Le corps nous revint tout enveloppé de mousses noites, et fut rejeta sur le sable. Désola* tion, monsieur! La mère mourut. Le père, qui dit que la main de Dieu est'sur lui , s'est renfermé dafis sa maison , d'où il n'est pas sorti depuis cette époque. Il y.vit misérablement de ce que lui-même mcueille et récolte. Il m'a renvoyée , moi , sa fidèle ^ervaote. Et je pense, monsieur, qu'il mourra^
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sans ouvrir la porte à laquelle vous avez vamement frappé! »
Ainsi , dans cet humble hameau maritime , » e^ tàient révélés à nia pensée de tragiques leçons ^ et une précieuse ruine du temps passé, et les dou'leiirs, et les vices» et lesdévouemens dont lliomme est capable. Cruauté politique de la presse ; inflexibilité du Puritain, assassin de sa fille; et cette petite région sauvage, ignorée, curieuse dans sa stérilité , rien ne s'effaça de ' mon esprit. Je vis quel intérêt profond s'attache à tout ce qui caractérise rhuoianité , sous la pourpre et sous le haillon. J'appris à ne point mépriser ces nuances et ces détails que l'on dédaigne faute de les voirj et qui nous instruisent mieux sur là nature de rhomïne , que les spéculations les plus hautes. £n effet, les généralités nous abusent, leur vaste, horizon efface les contours et confond les objets; en étendant la portée de l'esprit, elles l'empêchent d'apercevoir le réel. De là cette monotonie de
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l'histoire, et ce désappointement qu'on éprouve en lisant des récits de voyages. Annalistes et voyageurs n'ont guère qu'une seule teinte pour chaque peuple 9 tandis que la vie , le charme , l'âme de ce monde , consistent dans l'infinie variété des teintes , dans l'immense diversité de leurs combînaisonSé
Ouvrez les historiens anglais; ne diriez-vous pas que la Grande-Bretagne , du temps de Robin Hood, \9i joyeuse éingleierre (i) ne fasse qu'un avec la république de Cromwell ,
Lorsqu'à poings fermés , sur la chaire , Les prêtres battaient le tambour (i).
Ne croyez-vous pas que cette dernière se confond avec l'Angleterre industrielle et conquérante du dix-neuvième siècle ? Les voyageurs ne nous offrent-ils pas toujours les capitales comme types et modèles des population^ les plus contraires? Au milieu de cette homogénéité de surface , et de cette similitude factice, cherchez la vérité. Oui, tout varie, les nuances sont tout, dans la
(i) Merry Engiand.
(s) Uudibras.
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yie des peuples , dans la vie de Thomme , dans la TÎe du inonde. On les néglige; c'est là le grand mensonge des voyages , des romans , de rbistoire.
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Man , thou pendulum betmixt a smile and a Uar,
Homme !... goutte d^eaa snspendae entre une larme et un sourire!
Bybon.