VI AVANT-PROPOS
de l'histoire, tout en ayant l'air dé tracer un portrait fait d'enthousiasme, con amore.
Goethe , qui le rencontra, en 1807 , chez la princesse Bagration, aux eaux de Carlsbad, déclare qu'il justifiait sa renommée, se montrant toujours gai, spirituel, à la hauteur de tous les événements, partout bienvenu, partout à son aise, en homme du monde et en homme de plaisir 1 .
Deux ans après Gœthe, en 1809, M me de Staël, se faisant son introductrice auprès du public français , appréciait en ces termes l'homme et l'écrivain :
« On regrettera toujours de n'avoir pas joui de l'entretien des hommes célèbres par leur esprit de conversation, car ce qu'on cite d'eux n'en donne qu'une imparfaite idée. Les phrases, les bons mots, tout ce qui peut se retenir et se répéter, ne saurait peindre cette grâce de tous les moments, cette élégance dans les manières qui font le charme de la société.
1. Goethe, Annales ou Notes pour servir de complément à nus Confessions, de 1749 à 1822.
LE PRINCE DE LlflNE Vit
Le maréchal prince de Ligne a été reconnu par tous les Français pour l'un des plus aimables hommes de France, et rarement ils accordaient ce suffrage à ceux qui n'étaient pas nés parmi eux. Peut-être même le prince de Ligne est-il le seul étranger qui, dans le goût français, soit devenu modèle au lieu d'être imitateur... Il y a toujours de l'esprit et de l'originalité dans tout ce qui vient de lui ; mais son style est souvent du style parlé, si l'on peut s'exprimer ainsi. Il faut se représenter l'expression de sa belle physionomie, la gaieté caractéristique de ses contes, la simplicité avec laquelle il s'abandonne à la plaisanterie, pour aimer jusqu'aux négligences de sa manière d'écrire. Mais ceux qui ne sont pas sous le charme de sa présence analysent comme un auteur celui qu'il faut écouter en le lisant, car les défauts mêmes de son style ont une grâce dans sa conversation. Ce qui n'est pas toujours bien clair grammaticalement le devient par F a-propos de la conversation, la finesse du regard, l'inflexion de la voix, tout ce qui donne enfin à l'art de parler mille fois plus de ressources et de charmes qu'a celui d'écrire... »