‹ Caractères et portraits, 1756-1812Chapitre 32 sur 40 · CALLIMAQUE · texte numérisé non relu

CALLIMAQUE

Connaissez-vous Callimaque? Il regarde à vingt pas de vous pour voir si l'on est en train de louer ou de blâmer.

Après avoir jugé avec discernement que Téloge que l'on fait n'est pas une moquerie, il ajoute encore au mérite qu'on a vanté, et dit que celui-là s'est extrêmement distingué à la guerre. On luirépond : a Monsieur, il est abbé et n'a jamais servi. — C'est donc son frère qui a fait des merveilles. » S'il trouve la médisance un peu en train, il y ajoute quelques traits assez plaisants, avec un air de bonhomie et de vouloir justifier, surtout si c'est quelqu'un qui n'a déplu qu'à lui; il a une manière de le vanter qui pourrait lui faire tort. Il

appuie sur sa bonté lorsqu'on dit qu'il est aimable, et n'en convient que lorsque l'on dit qu'il a beaucoup d'esprit. Sans changer son caractère, il se trouve toujours un cran au-dessous de l'éloge qu'on a fait. Callimaque a quelque talent, et il a l'air de n'en avoir que pour être en droit de diminuer celui des autres. Il dit : « Je ne joue pas, je ne chante pas mieux que ces messieurs. On n'entend pas assez la prosodie des langues ; les uns pèchent par la composition, les autres par l'exécution : c'est dommage, ils ont du talent. Monsieur un tel n'est pas en train aujourd'hui ; c'est peut-être distraction : il a un projet que je ne veux pas dire. » Callimaque a fait un peu de tout, un peu le campagnard, un peu la cour, un peu la guerre, un peu l'amour, un peu l'ami, un peu le philosophe, et même un peu l'antichambre. Je ne sais s'il porte bien loin des gens l'attachement et la reconnaissance, mais il a l'air d'en avoir. En tout, parmi les gens médiocres, Callimaque est un des meilleurs à voir, et n'a pas de grands inconvénients, puisqu'on le connaît dans vingt-quatre heures.

HT

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