‹ Caractères et récits du temps: La garde mobile. La comédienne CornéliaChapitre 10 sur 21 · IX · texte numérisé non relu

IX

WilUdOi 9^^ ^Wfi datéinoia dans use affaire à un 4^ ces. hQmme% eofujoste <m on rencontre assez aouveni Pfipmi Im offi«iefs de l'^irmée anglaise, qui jcHgnenià we ffmâe fermeté de cœur des qualités intellect t^lleft d'une nature oâgiâBale et d'un ordra élevé, te ^mel Scander aYait ûst^iré à William une profonde iltiiM et une assez vive affeetîon» Dans les Iteuree qu'à s^ grand regret il ne donnait pas à miss Jane , c'était avec hit qu'il avait le plus de plaisir à se trour l^r. Un matin» le colonel vint chez Golbridge, et voici i peu près ce qu'il lui dit:

-*• Mon cher marquis» il y a un rôle qui à tout âge ^ pour tous les hommes est humiliant et douloureux» mais qui à un homme de votre caractère et de votre âge doit causer une humiliation et une douleur toutes particulières. Miss Jme^ il est impossible que vous ne le sachiez point, vous a affublé de ce rôle-là.. .

Si vous ne donniez à miss Jane que de l'argent, je oe vous adresseraisaucun reproche. Avec votre fortune et votre naissance, qu'on paye une femme qui vous Ifompe» c'est fort bien, cela vaut infiniment mieux Ipie de tromper , comme on le fait d'habitude , une femme qu'on ne paye pas ; mais vous donnez à miss lane votre cœur* Il n'est bruit dans Londres que de votre amour pour elle. La passion effrénée qu'elle

VOUS inspire est le texte de tous les discours ; les imbéciles en rient, les philosophes en raisonnent, tous les oisifs en sont ravis ; moi , cette passion m'afflige , car elle vous tue. Je ne vous dirai pas qu'elle vous avilit, ce serait une expression trop forte ; toutefois elle vous fait perdre, c'est bien certain, cette estime parfaite, cette considération sérieuse dont un homme de votre valeur devrait être entouré. Elle vous met en contact avec un fléau social dont vous n'auriez jamais du sentir les atteintes, avec le ridicule. Le duc de Norforth est parti hier pour Saint-Pétersbourg, après avoir échangé deux coups de pistolet avec moi. Savez-vous pourquoi? je vais vous le dire. Dans un souper que le prince de Nipperg nous a donné il y a trois jours, Norforth a tiré de sa poche une lettre où miss Jane lui disait de venir, parce qu'elle s'était débarrassée de vous. Et il nous a raconté par quelle ,scène sentimentale cette perverse créature s'était fait les loisirs dont elle a usé de la sorte. Je n'ai point pu supporter le rôle que vous jouiez dans l'histoire de Norforth, qui cependant, je dois le dire, s'exprimait avec beaucoup de convenance sur vous. Je lui ai parlé en termes vifs qui ont amené H rencontre d'hier. Encore si c'était seulement pour des gens comme Norforth que vous fussiez trompé ! Norforth est un sot , mais enfin, c'est nin homme de notre monde ; miss Jane vous u^it, sans que vous le sachiez, à ce qu'il y a de plus bas dans le caractère et de plus

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infime par la condition. En ce moment, vous seul peut-être ignorez qu'elle a pour amant Mady le danseur. Cela me coûte, Colbridge, de venir vous faire supporter, je le sais bien, la plus douloureuse opération qu'un homme puisse subir ; c'est une partie de votre âme dont il faut vous séparer, car malheureusement le mal est en votre âme.

William, depuis l'instant où Scander lui avait raconté l'histoire de Norforth, était tombé dans un véritable état de stupeur. Ses yeux brûlants et sans larmes ne réfléchissaient aucune pensée. Quand il entendit prononcer le nom de Mady, un souvenir se présenta sur-le-champ à son esprit. 11 se rappela avec quelle insistance miss Jane l'avait prié de ne pas venir }a voir dans la matinée, pour qu'elle pût se livrer sans distraction aucune à l'étude d'un nouveau rôle. Il se leva , et ne dit pas. un mot , ne jeta pas même un regard au colonel, et courut à la demeure de sa maîtresse. Sans s'arrêter aux paroles suppliantes et aux airs effarés de la femme de. chambre, il traversa comme iin. fou cet appartement dont chaque pièce avait renfermé, pour lai, des scènes de bonheur, et il arriva jusqu'à la chambre à coucher de miss Jane. Sur ce sofa où il avait échangé avec elle ces regards, ces pardes, ces caresses qui ne la livraient pas à lui, tandis qu'ils le livraient à elle tout entier et pour toujours, il la trouva suspendue au cou du danseur Hady.

m GARAGTÈRBa Vt lUiKHTS DU TEMPS.

I) s'enfuit; quand il tut bar$ 4e cette demeore inaudite, il ne savait pas s'il marebatt dans le jour w dans les téa^es. L'asire fui Téelaifaii était toaibé d« eieK H erut qu'il devenait fou et s'en jr^outi Q désirait ?oir aa teleon le monde se briser. Au momesÉ où ses pieds diaacelmts atlaie^ le Irayret te jeter comme un homme ivre sur le pavé» il tomba eates lee bras du cotonei Scanda, qui l'aval suivi.

Le mavquis de Coïbnége partit pour la France. B s'établit àssïs la ville la pius mélancolie qui e»ste en ce monde, à Versailles. On disail de lui : C'est un Anglais immensément riche, atteint du spleen. La«Mi> htdie de William était cent fois pluscraeUequele spleen,' car souvaH des douleurs sûguês sueoédaiaiil pour lui à un état babhu^ de longueur. L'amonr, quand on aime vraiment, attache t^)era«nt à tous les efejets une idée mystérieuse et enchantée, qu'après les grandes douleurs amoureuses il n^est rien où Fon ne trouve un souvenir meurtrier. Les tableaux, les «rbres et les livres faisaient souffrir William. II vivait parce qu'il avâh perdu ee degré d'énei^ auquel <m se tue.

tJri jour, après une prameni»)e à pied^ il se sotrvfart du plaisir qu'il éprouvait quand a était pauvre et jeune (il lui semblait que sa jeunesse était séparée de hri par d'immenses espaces de temps) à passer, aK fond des tavernes devant un^ pot à» bière# de longues heures de songerie. Il entra dans un petit café placé

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^n coin d'un de ces boulevards déserts et solennels de Versailles. Son regard tomba par hasard sur w journal fâché de tabac, et voici ce q^'il y lyt : « La célèb^ ^actric^ d'outre Manche, miss Jane^ est dangereuse fxxexïi malade. On attribue au^ fatigues de la scèniB }'état d'abord inquiétant et maintenant presque dése^r péré où elle est depuis plus d'un mois. »

^ peine William eut-il lu cet article, qu'il couiriit /ciyiez lui, dominé par uue seule pensée. A^i; bout de guelques instants^ des .ehevau^ de poste fyjal^ devant jSpn hôtel. Le soir même de ce jour^ il prenait au J9[ayre le paquebot de Southampton ; le lendemain, il était à Londres, auprès du lit de miss Jane.

J^a comédienne^ depuis sajruptiire avec Colbridge, ^y^it mené une vie jeffrénée. Cette féminine organir ^atipn n'ayait pas été assez {prte pour cette existent ^la Mirabeau, ou les fatigues du génie s^jccédaiettt aux fatigues 4u plaisif. Elle était tombée malade, ^ rpn disait autour d'elle qu'elle se mouraitt Quand Williacft l'aperçut, il éprouva un immense transport de douleur, m^ d'unie dpuleujr si tendra qu-elle lui fit du ))i^* l\ ^'^ beurjenx de s'abandonner 4 un ^^jtiment qui, loin d'être haineux, était au contraire p)^ de douceur et' de miséricorde yis-à-^vls de cetle cTjéature qu'il avait tant aimée, qu'il aimait tant pour ^ieux 4ire. Et puis, quand il la contemplait si pâte dans ce lit blanci déjà paraissant presque unLeau linceul, il lui semblait qu'^^ ell^ pi autour d'elle se rîr

tablissait une sorte de pureté. Il oubliait dans quelle vie brûlée et souillée par la débauche toutes ces grâces qui lui étaient si chères s'étaient abîmées. Livrée à cet abandon qui aux heures de la maladie et de la mort se fait si souvent autour des royautés, surtout •des royautés de plaisir, miss Jane avait éprouvé une grande joie à voir apparaître Colbridge, Elle conservait jusqu'en son délire la science instinctive de tout ce qui excite l'amour; elle jetait de temps en temps à l'oreille de William, tandis qu'il se tenait à son chevet, la tête appuyée sur son lit, lès lèvres attachées à sa main, quelques paroles qui lui rendaient les longs et ardents frissons des anciens jours.

Une nuit où elle ne pouvait pas dormir, et où elle semblait envahie par une funèbre tristesse : — William, dit-elle, quand je ne serai plus, souviens-toi bien que tu as seul eu le secret de ma vie, que je n'ai appartenu ni à l'art, comme on l'a tant de fois répété, ni au plaisir, comme on Ta tant de fois répété aussi, mais à toi, uniquement à toi. Je suis heureuse de te dire cela, William, aux heuresoù l'on ne ment point...

La. mort s'éloigna de miss Jane. C'est certain , elle*^ n'aime pas à frapper ceux qui exercent en ce monde des puissances dangereuses. Les jours de l'actrice cessèrent d'être menacés, mais on lui ordonna d'abandonner pour une année le théâtre. — Eh bien I lui dit William, quand les médecins lui signifièrent cet arrêt, nous irons en Italie. Tu oublieras, comme je l'ai ou-

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blîée, la vie de Tart pour ne songer qu'à la vraie vie. Je suis enchaaté que tu rompes avec eette existence de la scène qui mettait la fièvre dans ta pensée et dans ton sang. De la tombe qui t'a presque engloutie un instant, tu es sortie pour moi aussi pure que de ton berceau. Je veux te mener, comme on mène son épousée après un mariage, sous un ciel où l'amour se trouve pour ceux mêmes qui ne l'ont pas emporté dans leur cœur.

Un de ces palais de Venise, gais le matin, graves le jour, amoureux et rêveutslanuit, reçut lord Colbridge et miss Jane.

Cependant miss Jane s'ennuyait ; voilà ce que découvrit Colbridge. Cet amour qUi lui semblait suffisant à lui pour remplir une éternité, pour elle, ne pouvait plus remplir une heure. Ce n'était même point la scène qu'elle regrettait; ce regret- là aurait été le moins cruel que pût renfermer son cœur pour l'amour-pro- «pre de Colbridge. C'était la vie du mouvement, de la liberté, du plaisir, des caprices assouvis, après laquelle elle soupirait. William se promenait le soir en gondole avec elle, il lui montrait les étoiles (que lui faisaient les étoiles ?) et les vagues (que lui importaient les vagues?). Miss Jane aurait donné toutes les meryeilles de ces nuits poétiques pour les joies d'un de

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ces seoj^a de Londres oh elle lei^ail folie de sen çQvsi el de son âme.

Un jeuF^ avant l^himie du dineF» William 9ê pr^n menait seul sur la plaee Saint-Marc, resprlt irritéi les nerfs malades, le eeeur triste. Miss Jane arait passé dans un long bâillement toute sa journée. Il rencontra le duc Lionel de Norlortb qui aeeennpUseiit son dixième voyage d'Italie«

William n'avait pas vu Lionel depuis ce soupn^ que lui avait raconté Scander» Le moment oil reparaissait devant Ipi cet homme^ dont le nom seul lui causait un mouvement de douleur et de colère» était particulièrement malheureux. Une querelle rapide eut lieu entre lord Norforth et lord Colbridge.

Le lendemain, on rapportait William à sa demeure avec une balle dans la poitrine. Il était fort près de la mort; cependant le danger s'éloigna de lui. La balte fut extraite, mais il entra dans une de ces longues maladies qui suivent parfois les blessures d- armes i feu. Dans la fièvre qui ne le quittait presque jamai^^ il voulait toujours avoir entre ses mains la main de miss Jane. Son amour pour cette erésfture était devenu semblable à tihe tendresse d'enfant pour sa mère. Quand sa maîtresse s'éloignait, il se mettait à pleurer. Sa respiration cessait d'être oppressée, son regard prenait un peu de calme, alors seulement qu'elle appuyait sa bouche sur son front.

Comme presque tous les malades <c*était là ce tpû

augm^t^t enc^e son besoin d'une présence chérie], il WVfAt pri» en baine tons les antres visages que celui de miss Jane. Un être surtout lui inspirait un senti-^ ment de répugnance : c^était le médecin qui le soignait. £e médecin était un Français ayant dans l'extérieur et dans Te^rit cette espèce d'agréments ¥ii)gaires qui appartient à une certaine classe de notre nation. C'était une sorte de beau dont Tama-' KUlé familière, bavarde et présomptueuse froissait rame haute» silencieuse et discrète de Colbridge. Rien n'irritait William comme la façon dont le docteur rappelait son cher malade et disait «belle dame » A miss Jane.

Du reste, M. Jiriien (c'était le nom du médecin) montrait an blessé un grand dévouement. 1} venait renouveler les pansements plusieurs fois par jour, et quelquefois il lui arrivait, quand le soir amenait chez le malade une âèvre trop forte^ de passer la nuit.

Presque toujours, vers onze heures, William s'endormait donnant la main à miss Jane, et d'habitude il ne se réveillait qn'au bout de deux heures. Un soir il s'endormit comme à son ordinaire, mais il ne goûta qu'une demi-heure de sommeil II ne vit pas atiprès de lui la figure de miss Jane. Il avait une fièvre violente, et il était dsms cet état fatigant entre la vie réelle et la vie du songe qui se prolonge longtemps pour lés malades aux heures des réveils nocturnes. Il désirait passionnément entendre la voix et contempler lès

traits de sa maîtresse. La chambre où couchait miss Jane tenait à la sienne. La porte en restait habituellement ouverte. Ce soir-là, cette porte était fermée. William voulut appeler, mais aucun son ne vint à sa bouche. Une émotion étrange, dont il ignorait la cause, étouffait sa voix dans son gosier. Alors il entreprit de se lever et se dirigea vers la chambre à coucher de miss Jane. Il arriva d'un pas silencieux jusqu'à cette porte qu'il était irrité de voir fermée ; il l'ouvrit, et il vit quelque chose de répugnant, de terrible, d'odieux : miss Jane était entre les bras de son médecin. •:» ; ^ ••ni;Vrrr^'ir.'> :i^^< j.v

Golbridge tomba inanimé sur le parquet. Il eut pendant une semaine la fièvre et le délire ; miss Jane avait essayé de se présenter devant lui; mais sa présence avait produit sur le malade un effet tel que force lui avait été de s'éloigner. Cependant, comme on ne meurt jamais de ce qui devrait vous tuer, William se rétablit, et un jour qu'il était assis dans un grand fauteuil au soleil sur un balcon où mainte fois il était venu avec sa maîtresse jouir de Venise et de l'amour, il eut le sentiment magnétique d'un être respirant derrière lui. Il se retourna , et , dans la lumière du ciel vénitien , il aperçut la blonde chevelure de miss Jane. Jamais la comédienne n'avait été plus belle et n'avait eu sur le visage une expression plus habilement composée. C'était quelque chose d'humble et de repentant jusqu'au désespoir, de résolu jusqu'à la tç-

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mérité. — William , lui dit-elle en tombant à ses genoux qu'elle étreignit avec un indicible emportement, écoute-moi, je suis une mauvaise femme, une femme perdue, une courtisane, je te l'avais dit, mais je t'aime.. .

Tout c© qu'elle mit de passion dans ce dernier mot, qui par lui-même renferme une puissance d'une si incroyable magie , c'est ce que je ne rendrai pas. Il s'agissait d'embraser cette parole d'un feu qui cautérisât la plus profonde des blessures. Ce je faiim disait ou plutôt criait : Que t'importent mes fautes et mes hontes , que t'importeraient mes crimes ? Mon corps et mon àme ont plus de bonheur à te donner qu'ils ne t'ont jamais causé de douleur. Crois-tu que sans moi tu puisses vivre? Sans mon amour, tn manques d'air sous ce ciel; tu as froid dans ce soleil

William se leva lentement, Jane restait à genoux, et, appelant son valet de chambre : Qu'on me délivre de celte malheureuse I dit-il ; puis il quitta le balcon et le salon même dont le balcon dépendait, après avoir vu la main du laquais se poser sur le bras de sa maîtresse.

L'infini n'est donné à, rien ici-bas. Il faut que l'art voie toujours sa puissance se heurter contre une limite. Miss Jane se releva la rougeur au front, et au cœur la grande douleur de l'artiste vaincu. Elle savait qu'elle ne retrouverait jamais un accent comme celui qu'elle avait demandé et arraché à sa poitrine. Elle n'a jamais cherché à revoir lord Colbridge.

ce narfjf^fl ftinmilicte et hilriii le satinât fn raopetluâ d'aller i Govcnl-OanleB, aè nssJaoe aiart rrpm le eoors et ses socoès, cl se icefit k cette ftprésentatlkm ^OuOo dont f ai parlé an eon* mencemeot de ce lédt. Cest là qw f cmffiai dans son r^;ard ce que laisse an cœnr d'un g^ant lioimnd la passion mspiiée par «ne femie comaM nûss Jane. Lord Colbridgc ne sentira jamais les joies dnlover^ le rérenr attrait des enfmts, le dianne aostère de réponse : Il est pour tDojonrs marqoé da so^a fia^ He« nrofancs amonrs.

yGqogk

U f^Amm MOBILE.

SOtJTÊt^^ïRS

le émiffiâe «te Finctol^eAce, je dé^rerais même de la sympQibm, fcnoÊ ces secrvénirs d'an tempsf a^ité , leeueiUis au milieu des s&ûm de la vie mitilaire, ei qw je n'ai pcmt le lemps^ de vêtir des formes litté* raire^ telles que je les aim^ et les conçois. Je le did t»en fraiHîhement et non peint par artifice aucun de langage : j'écris tout à fait en soldat des choses que j^fi pensées et senties en soldat. J'aurais pu ne pas livrer c^ impressions au pubKe; c'est ce que jeferais, » elles.étaient uniquement celles de mon cœur, c'e qui est notre âme, tout à fait notre âme, me semble chose qu'il est bon de garder pour soi , pour ceux qu'où

aime et pour Dieu. J'ai dit un jour ce que je pensais* des confidences d'un grand poète ; mais il s'agit ici des 'battements d'un autre cœur que le mien. L'âme qu'on sentira respirer, je l'espère, sous ce que j'écris n'est pas la mienne, ou du moins n'en est qu'une partie. C'est de la vie d'une famille qu'il s'agira, d'une famille dont je serai toujours fier, malgré ce qu'il y a quelquefois d'un peu étrange dans ses mœurs.

La littérature de bas étage a jusqu'à présent produit seule sur la scène et dans le roman ce type qu'on appelle le gamin de Paris. C'est un type qui réclamerait cependant un talent comme celui de Pétrone. Le gamin de Paris a certainement l'prganisation la plus compliquée et la plus redoutable qu'ait produite la civilisation. Il a le courage, l'adresse et parfois la férocité d'un Mohican. Il est blasé comme Byron et sceptique comme Voltaire. Son humeur moqueuse, qui a été longtemps un fléau, est maintenant devenue quelque chose de salutaire. Après s'être moqué des rois et des prêtres , il commence à se moquer des tribuns. Que de fois je l'ai entendu parodier les orateurs des clubs 1 II a fait des gorges chaudes de cette expression ridicule de citoyen que voulaient rendre à notre langue les patriotes du temps de M. Caussidière et de M. Louis Blanc. Il a des lardons pour la plupart des mots vides 4e sens dont se compose le phébus révolutionnaire; mais il est un sentiment qui, chez lui, s'est conservé exempt de toute moquerie» pur, frais,

• Li GARDE MOBILE. US

adoré, comme le souvenir du premier amour dans la cervelle du libertin : c'est le senMment patriotique. Tous les quolibets dirigés contre le chauvinisme ne Tempêcheront pas d'être Français, Français et militaire. Quand on lui parle de Cosaques ou de Prussiens , son regard devient plus étincelant que Toeil d'un Corse à qui on parle du meurtrier de son père. Lancez- le dans cette neige où ont disparu nos bataillons sacrés , il partira en véritable alouette gauloise, gai, chantant, insouciant du plomb et du froid qui l'arrêteront dans son vol. Et l'Anglais , comme il le maudit! M. de Chateaubriand me racontait un jour une excursion qu'il venait de faire sur le champ dé bataille jle Poitiers, et s'animant, se levant même, tout goutteux qu'il était alors : « Je leur en veux, disait-il eh parlant des gens de la Grande-Bretagne, je leur en veux toujours de Grécy, de Poitiers et d'Azinconrt. ^ Je n'ai trouvé que sous la blouse parisienne de cœur semblable à celui du poëte-chevalier. Si l'enfant de Paris ne sait pas le nom de ces anciennes journées, il sait celui de Waterloo, et ce nom lui suffit. Un jour, cet homme qui a ri des plaisanteries de Voltaire sur la Pucelle mourra peut-être avec joie en vengeant cette sainte guerrière. L'instinct national est resté chez le Parisien dans toute sa puissance; aussi est-il propre à faire le meilleur soldat du monde connu. Ce fut des gamins de Paris que se composa la presque totalité de la garde mobile. Cependant à cette

Ilf GAKAGTÈRf&S ET RÉqiTS DV TEM^*

race héroïque se joignirent d'autres espèces â*homnie« propres aussi au service mililaire» mais dans des conditions d'&ge et d^ earactère toutes différentes, (46 tiers de la garde mobile qui n'appartenait pas à Télément parisien offrait toutes les sortes de gens d'aventures. Quelques-uns, dans nos rangs, avaient servi en Afrique parmi ces soldats» meilleurs à la marche et au feu qu'à la garnlsout qu'on appelle les xéphifri. plusieurs volontaires avaient fait des congés dans des régiments de ligne* Celui-ci avait été matelot, cet autre ne disait pas et n'avait pas l'air de savoir lui-même la profession qu'il avait exercée. Un jeune homihe qui fut tué, et dont je reparlerai plus tard, appartenait à tme famille des plus di^ tinguées. il s'était engagé, croyant le temps de kl premièrii république revenu, et pensant qu'à cette époque comme en 93 l'armée devait être le refuge de tous les gens de cœur. Des motifs à peu près semblables conduisirent à une caserne du faubourg Saint-Antoine un écrivain qui avait toujours eu lè goût d'être l^oldat, et qui se trouvait assez jeune pour le devenir.

Je me rappellerai toute tha vie l'aspect que présentait la caserne de Reuilly lorsque j'y arrivai polir la première fois. C'était, je crois, le premier jour (fe mm^s. La caserne de Reuilly est sittiée à une des en^ trémités du faubourg Saint-Antoine. Je traversai, pour y parvenir, ce quartier de l'insurrection et de ia

U ââftftS NOBIiV* Ut

Btûère, ei to république» quelques mois plus târd^ devait faire pleuvoir les boulets, mais qui alors était pafeisé et triomphwrit d*un triste et terrible triomphe. le n'avais pas franebi encore le seuil de fa caserne que j*d&t0ndail âéî|à lin bruit de voix confuses^ murfiiuranl sur lés tons les plus discordants tous les ebants patriotiques du joor^ I4 garde mobile dans \fi% easerbeà, c'étaient alors les souffles révolutionnaires Fètifemiés dans des grottes. La caverne d'Éole ne de^ v«it pas être plus bruyante que la caserne de Reuilly. Là se eroisatent, se querellaient, fumaient et ehanlaient tous les héros les plus déguenillés^ les plus insoueidnts et les plus hardis àè février, ces enfants de qtiinae ans qui, les pi^miers; avalent commenté, en cassant les réverbères, le manifeste des députés de la gftuebe. A ces figures rieuses se mêlaient çà et là Quelques figures sinistres. En ces jours de désordre, m admettait dans la gardcT mobile tous ceux qui se présentaient et qui semblaient inquiétants pour la Iranquillité de la rue. Quelques-uns de ces hommes, qui composèrent la majorité de certains corps irréguliers, des Lyonhâls et des Montagnards, promenaient là leurs mines rébarbativëâ. Toute cette foule était eticore armée à la manière dont les révolutions arment le peuple, c'est-à-dire avec des fusils et des fleurets, des sabres et des broches. Aucun chef n'avait d'autorité sur cette multitude, excepté un homme gros et court, mais à la figure martiale, vêtu en comman-

t4t CARACTÈRES ET RÉCITS DU TEMPS.

dant de la garde nationale. C'est à lui que je me pré* sentai.

Assis derrière une table, cet officier improvisé se livrait à une opération organisatrice d*une nature particulièrement expéditive. Il faisait comparaître tour à tour devant lui une réunion d'hommes qu'il appelait du nom de pdaUm^ et demandait à cette troupe de lui désigner séance tenante celui de ses membres qu'elle voulait reconnaître pour chef. L'élection avait lieu par acclamation en quelques minutes. Une bande venait d'entrer, et n'avait pas encore choisi son chef, lorsque je m'approchai du commandant. Aux questions qu'il me fit, je répondis que je voulais m'engager, et que je désirais un commandement. — Adressez-vous au peloton qui vient d'entrer, et demandez-lui s'il veut de vous. — Je me tournai vers le peloton, je dis deux ou trois mots que je ne juge pas à propos de consigner ici, et je fus nommé. Je sortis de cette chambre chef du quinzième peloton. Je me trouvai donc dans un des couloirs de la caserne de Reuilly avec une trentaine d'hommes que je ne connaissais pas, et qui ne me connaissaient pas non plus, tous vainqueurs de février dans leur costume de bataille. Un sous-officier d'un régiment d'infanterie, qui était en désertion et qui remplissait à la fois les fonctions d'adjudant-major et d'officier de casernement, nous conduisit dans une chambre toute dévastée, où se trouvaient quelques lits sans fourniture»

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C'était là que, jusqu'à nouvel ordre, nous devions séjourner moi et mes hommes, câr je disais mes hommes déjà.

Je l'ai bien dés fois remarqué, le peuple, quand il est soustrait à l'influence dès faquins pleins de fiel qui s'arrogent le droit de le conseiller, recouvre tout à coup les bonnes et anciennes traditions de sa nature. Il comprend le respect, désire la justice, et recherche l'autorité. J'ai été étonné souvent de trouver, chez des hommes qui semblaient ne respirer que la guerre des barricades, une expression, un geste, un mot, qui auraient convenu à des combattants de la Vendée. La première nuit que j'ai passée avec les nouveaux compagnons de ma vie fut marquée par un trait dont je garde un profond souvenir: je venais de me jeter tout habillé sur un de ce^ lits dégarnis dont notre chambre était meublée; je fermais les yeux et commençais à m'assoupir, quand je sentis deux hommes, qui s'étaient approchés de moi sur la pointe des pieds, étendre sur mes épaules une couverture. Les couvei:tures étaient au nombre de trois ou quatre pour toute la chambrée, et il fallait voir avec quelle violence , il fallait entendre dans quelle langue on se les disputait. Je songeai, avec une émotion que je retrouve encore, à d'autres temps, à d'autres mœurs, à d'autres soldats, puis je fis un retour qui m'attendrit sur l'étrangeté de mon destin, qui, en ce moment oii tout ce que j'aimais était livré àrinsplence, me faisait rencontrer un respect

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