‹ Caractères et récits du temps: La garde mobile. La comédienne CornéliaChapitre 7 sur 21 · LES SOUFFRANCES D'UN HOUZARD · texte numérisé non relu

LES SOUFFRANCES D'UN HOUZARD

Mais cependant, comme en lui faisant toutes ces désespérées confidences une larme trembla tout à coup au bord de ses paupières, . Cadolles pensa que tout espoir n'était pas perdu, qu'il n'était pas à côté d'une morte. Cette larme lui parut un joyau de Timmortel trésor dont se prétendait pour toujours dépouillée celle qui lui parlait. Il se dit que la vraie mort, après tout, est celle-là seulement qui clôt à jamais la bouche où notre vie se sentait attirée, que cette femme le trompait, qu'elle était vivante et qu'il l'aimait.

Il est un mouvement que je ne conseille à personne dans une situation de même nature, à moins qu'il ne soit, comme pour Cadolles, l'expression sincère, ardente, exaltée et partant sauvée de tout embarras, dénuée de toute gaucherie, du sentiment le plus profond et le plus vrai. Il s'agenouilla devant elle, non pas en posant un seul genou en terre comme l'amoureux d'une comédie que prépare l'entrée d'un jaloux, mais en se prosternant comme se prosterne aux pieds de Dieu une créature possédée d'amour; il lui dit tout ce qui demandait depuis si longtemps à s'échapper de son cœur. Il lui révéla impétueusement, avec un mélange de nobles sourires et de saintes larmes, toutes les émotions de sa simple et héroïque vie. Il lui raconta ses tristesses et son isolement dans le camp, son idéale tendresse pour la chère ombre qu'il plaçait dans toutes les scènes de sa vie, tout ce qui composait enfin cette touchante et bizarre nature, jusqu'aux

^ CAKACTÈHES ITT RtCITS DU TEMPS.

9)ys1$r|fipse9 délica^sses qif'i) apportait à traven le fuonde. Elle était attendrie, elle pe lui retirait pas se^ mains dont il 3'ét^it emparé, elle ne prenait pas garde wn Mixers qu'il fuetl4|t dans les plis de sa robe, elle p^l'interrpmp^jf pas epQf), quand, après chacune de «es coifQdences, Il s'écriait : « Et à présent, je voui^ aijp^. j^ Ce fi|t ijne-beureuse soirée pqur Wolfgang,

Au iQQoaept QÙ }a pendule sonnait minuit, elle se. leva comme tirée tout à coup d un songe. Il y avai^ dans son regard une sérieuse émotion, et une exprès-? ilioi) était répandue çur tous ses traits, qui pénétra 4'un )K)nheur inipuil Thomi^e dont elle venait de rece^ voir {a cœur. C'était une i^utre femme que celle qui aiirait pu être, à cette heure, riante et parée dans \u\ salqn ; elle ayait une pose à laquelle elle ne pensai^ pas et qui la rendait cent fois plus belle qqe les pos^s étudiées devant des miroirs. Elle était cette vision àj^ |a vie divine qu'au risque de nous faire éclater ^ Gosùf, Dieu nous donne un instant parfois dans la femme que nous aimons.

~ Partez, dit-elle à Cadolles; il est tard, vpi|$ m-aves remuée, mais je veux vous revoir demain.

de sont de semblables paroles auxquelles Taoïom* fait sucnéder plus tard tant de mots ardents, queno4s conservons religieusement en nous; puériles et ador ima reliques qui nous donnent de si terribles do«r leurs, quan4 nous les retrouvons tout à coup dans^ ain de notre âme, m un jour de désolée rêverie.

IBS SOUFFRANCES D UN HOUZABD.

Je ne Tacçuse j^s de ne pas ^voir comprU cet immense a^our qui ïe 'donna tout ^Qtier à el|e* Je luii ]()ersuaçié qu'elle Ta aimé. Ce ^e peut pas d'ailleurs être en vain que Tpn éprpyye pp]i^r ^pe fi^moie U p^i^sion qu^'elle lui inspirait De sa tendresse et de ses violences, de ses tristesses, de ses joies, de ses ^deors, dès triomphante^ émptioos et dçs p^^yraQ^s pensées <}ui se succédaient en lui dans qn; fPj^n^d hQure , ds pes adorations et 4^ ses jalousies, de^ ctiose3 presqilf cruelles qu'il lui disaft parfpi^ et dQ pçs ji^tanies écla* tantes d'amoureuse ferveur qu'il ^citait à 9es pieda» lï avait composé un phiUrç q^'^HC^n(; femip^ p'aarai| pu boire sans ivresse* £1|q T^m^ donc, j'en sois sun Toutefois, dès le premier jqur, W tnt certain gii^ celte (Jouleùr inséparable c|i; r^f^Qur, çovfkw 1^ dit si bien le plus pjeux et en {nçpe ^fnp§ Iç plus brûlant def livres, devait être, noïi ppint pQur ellet inw pour lui.

tes femmes s'e|i vot^t^pjjp^rs PQUS répétant qu'elles seùle.<^ perdent à ces iifiions o^» après tout, ellesi ^ jettent avec autant d'empressement que nQwsi, qu'ellei^ se, dpnnent tandis que nou3 ne nous livrons lias, qi^'élles exposent leur vie pendant que la notre restd

en sûreté. % ne sais rien de plus faux que tout cela. Ces sortes de monstres qu'un écrivain qui vient de mourir appelait des mmotaures^ sont fort bénins de notre temps, il n'y a pas moyen de le nier. Il faut donc écarter tout d'abord le péril matériel des dangers que courent deux amants. Reste le péril moral. Eh bien ! un homme qui aime comme aima Wolfgang, sans arrière^pensée, sans restriction, sans subterfuge, en ne se réservant pas, au fond de lui, un seul asile pour le jour des irréparables défaites auxquelles nous exposent ces incessantes batailles de Tamour; un homme qui aime ainsi, fut-il le houzard qu'était Cadolles, est mille fois plus perdu que la plus pure, la plus chaste , la plus ignorante des jeunes filles. Il sait qu'avant cette mort, dont, Dieu merci, quelquesuns d'entre nous s'inquiètent si peu, la mort oii l'on peut entrer radieux ainsi qu'en une ville conquise, au bruit des balles et du tambour ; il sait qu'avant cette mort il y aura pour lui un trépas odieux, dont l'ombre attriste souvent jusqu'aux premières fêtes de son amour. Elle sera Charlotte ou Manon. Elle aura cette infidélité grossière qui déchire notre chair pour atteindre notre cœur, qui nous égorge sans pitié et sans vergogne pour obéir souvent à une fantaisie du vice, ou bien cet égoïsme trop souvent déguisé en vertu qui nous immole avec une tristesse hypocrite.

Wolfgang fut heureux toutefois, et, s'il était là, il ne voudrait point que l'on calomniât son bonheur. On

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