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PHONÉTIQUE

CIIAPÏTRE PREMIER LA MUTATION GOXSONANTTQUE

Le consonantisme indo-curopéon comprenait un système trocclusivcs riche cl complet, tandis qu'il ne s'y trouvait aucune spirante et qu'il y avait une seule sitîlanle, *s ; le *:;; n'existait que comme forme prise par *s devant une occlusive sonore. Les cléments phonétiques essentiellement sonores^ souvent qualifiés de semi-voycllcs, et qu'on nommera ici sonanles consonnes, à savoir *v, zu, r, 1, m, u, n'ont pas à être examinés dans le présent chapitre.

Dans le groupe occidental des dialectes indo-européens, dont fait partie le germanique, le système des occlusives présentait quatre types : type labial, par exemple *p ; type dental, par exemple */ ; type guttural, par exemple *k; type labiovélaire, par exemple */;'" (qu'on peut aussi noter par </'"). Chacun dc.ces quatre types existe dans trois séries : la série sourde, soit *p, i, h, A^"'; la série sonore, soit *h,d,g, g""; la-série dite sonore aspirée (d'après la forme qu'aflectent les consonnes de cette série en sanskrit),. soit *bb, dh,

28 LA AILTATÏON CONSONANTIQUE

ob^ a"'/;. A en juger par Findo-iranien, le grec et l'arménien, il a existé une série, moins imporlante, de sourdes aspirées : pb, ib, kb; mais cette série ne se dislingue pas de la série sourde ordinaire en germanique, en celtique et en italique et sera par suite négligée ici.

Le consonantisme du germanique commun est tout .autre. Hagarde les mêmes points d'articulation. Mais il a des types arliculatoires nouveaux. Il comprend des occlusives sourdes : */)^ /, k, If (if) et des occlusives sonores : *b, d, g, g'" qui étaient peut-être des occlusives sonores aspirées. En revanche, on y trouve une série de spiranles sourdes* : */(biIal)ial),^^ x^ x'", et une série de spirantes sonores : *P, d, -;, y"' (qui passe simplement à *zc/). A côté de la sifflante *s, il y a un *:( qui n'est pas toujours dû à l'inlluence d'une occlusive sonore suivante.

On verra au chapitre ii que les spirantes sonores % â, Y^ 'f (qui devient \u)^ et aussi \, sont des formes prises par *^, d, g, g'" et par */, f, x, x"" et *s dans des conditions définies. Ce premier chapitre ne montrera que les spirantes sourdes */", ^^ x, x^. L'intro-

I . On notera ici par ^ la spirante dentale sourde du type de an'gl. th dans un mot tel que Ddng, par S la spirante dentale sonore du type de angl. ih à rinlcrieur dos mots, par exemple dans rnother, par x la spirante gutturale sourde du type de ail. ch, par exemple dans dock, par y la spirante gutturale sonore correspondante (qu'on entend par exemple à la fin de ail. tarj).

t^ORMULES DE LA MUtATION 29

duction de ces spiranlcs dans le système phonétique est l'innovation qui frappe dès l'abord.

Si, au lieu de comparer les systèmes, on examine l'origine de chacune des séries de consonnes germaniques communes, l'innovation germanique apparaît beaucoup plus grave. En effet :

1" Les sourdes germaniques ne représentent pas les sourdes indo-européennes, mais les sonores sim^ pies indo-européennes : germ. *p, t, k, k" répondent à skr. h, d, j, g (alternant avec / en certaines conditrons), gr. h, d, g et b (alternant avec d ou g en certaines conditions), lat. bj d, g, g"" (et u consonne), celt. b, d, g, b, si. b, d, \, g (alternant avec :^), ht. b, d, i^, g, etc.

2** Les spirantes germaniques */, <l>, x, x"" représentent i.-e. *p, t, h, }f, et répondent à lat. p, i, k (c), qti ; gr. p, i, h, p (alternant avec / ou k en certaines conditions); lit. p, t, S'^ (notant la chuintante s), k', si. p^ t, s, k (alternant avec f ) ; skr. p, t, ç, k (alternant avec c, qui note la semi-occlusive chuintante r), etc. — De très bonne heure, *.r a tendu à perdre son caractère spirant pour passer au simple souffle /;, tendance qui n'est pas particulière au germanique (on observe des faits analogues en latin et en serbe, par exemple) ; dès les plus anciens textes de toutes les langues germaniques, on trouve donc /; là où le germanique commun avait *a*^ et Inv là où le germanique commun avait ^x""*

3o LA MUTATION CONSONANTIQUE

3** Les sonores germaniques "^h, d, g, g"" représentent i.-e. *bh, dh, gh, g'"h, et répondent à skr. bb, dh, h, gh (alternant avec /;), gr. ph, ib, kb^ pb (alternant avec/ /; ou kb), lat. / (anciens */ et *^), b (ancien x), / (ancien a"), etc.

Sauf la si niante *5 et sauf les sonores aspirées (si gcrm. *b est bh\ il n'y a donc aucune consonne germanique proprement dite qui soit demeurée dans la série où elle était en indo-européen. C'est ce que Ton exprime en disant que les occlusives indo-européennes ont subi en germanique une « mutation » (dite en allemand Lauliwscbicbung^. La découverte de ce grand fait a été publiée en 1818 par le Danois Rask, en 1822 par l'Allemand Jacob Grimm; le principe a été souvent nommé « loi de Grimm ».

Quand on rapproclic les mots germaniques de leurs correspondants sanskrits, grecs, latins, celtiques, slaves, etc., on constate que les consonnes germaniques autres que *5 ne sont jamais identiques à celles du sanskrit, du grec, du latin, etc. ; il n'y a d'exceptions que dans certains cas bien déterminés, et qui s'expliquent, comme on le verra ci-dessous. Les identités qu'on observe avec certaines langues, le celtique, le baltique, le slave, l'iranien, portent seulement sur les anciennes sonores aspirées et tiennent à ce que, comme le germanique, ces langues représentent par b, dy g les sonores aspirées indo-européennes *bb.

EXEMPLES DE LA MUTATION 3l

dh, gb ; seulement, à la différence du germanique, ces langues, qui conservent les anciennes sonores simples, les confondent avec les anciennes sonores aspirées.

Voici quelques exemples de correspondances é4ymologiques qui illustreront les principes posés :

r Anciennes sonores re[)résenlées par des sourdes germaniques :

lit. dubùs « profond » ; cf. got. diupSj v. isl. dii'ipr, V. angl. dèo[).

skr. dihilitiii <( dent », lat. dcntcm ; cf. got. iiinj^ii, v. angl. lody V. sax. tand (tous ces mots sont cites à l'accusatif singulier).

skr. piidain « pied », gr. pôda, lat. pcdcm\ cf. got. foin, V. isl./c7/, V. angl./û/ (tous ces mots sont cites à Taccusatif singulier).

skr. jàiiu « genou », gr. gônUj lat. gcnii] cf. got. hnu, V. angl. bico.

skr. àjrah « campagne », gr. agios « champ », lat. agcr\ cf. got. akrs, v. isl. akr, v. sax. akkar.

skr. gnà « femme », v. [mu^s. gciindj v. si. ^etiû, gr. béotien bafia (et grec i\lùc[iiQ gune)', cf. got. qino, V. h. a. quant.

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