LA MUTATION COMSON ANTIQUE
2" Anciennes sonores aspirées représenlces par des sonores germaniques peut-être aspirée?,
skr. hhàntmi « je porte », gr. phérô, lat./tTô; cf. g©t. hairan « porter », v. isl. hera, germ. occid. heran.
Mb > *^ :
skr. dhrsuôli « il ose », dhrsiïb « hardi », gr. ibrasiis « hardi »; cf. got. (ga-)dars « il ose », V. angl. dear(r).
skr. banisdb (sorte d'oiseau aquatique sauvage), gr. kbéfi « oie », lat. (]j)anser, Ht. j^asïs ; cf. v. isl. gâs, V. angl. gôs, V. h. a. o-^»^.
V7; ^ ? : Pas d'exemple sûr à l'initiale du mot. On n'a d'exemple certain que pour la position intcrvocalique, qui sera examinée au chapitre ii.
3" Anciennes occlusives sourdes représentées par des spirantes sourdes germaniques.
> > */ (bilabial) :
?kv.pàçu « bétail », lat. pecn; cf. goi. faibir, v. isl. fê, V. angl. feob, v. h. a. fibii.
skr. iiâpât « descendant », lat. iiepôs « petit-fds, neveu » ; cf. v. isl. nefe « parent, neveu », v. angl. nef a, v.h. a. nefo.
véd. //'/ « trois », gr. Irla, lat. tria; cf. got. {^rija, V. isl. f>riri, V. angl. drèOj v. sax. ibriu (au nominatifaccusatif pluriel neutre).
EXCEPTIOJÎS APPARENTES 33
skr. vàrlate « il se tourne », lat. tieriô \ cf. got. ZL'dufcin « devenir », v. angl. weonîan, v. sax. wertJmn.
Vc > *A" > */; :
skr. ^7//^///i « cent », lat. centum, gr. -^^/J/i (dans hc-kalôn « un cent »); cf. got. hiind, v. angl. hund, V. h. a. /;//;//.
*/^'" > *A''" > Vnu :
skr. kalarâh « lequel des deux », lit. katràs, gr. pôtcros; cf. got. hwafarj v. isl. hiiafarr, v. angl. buurder, v. sax. hwedar, v. h. a. hiuedar.
lit. /(Vv'/i « je laisse », gr. /^//)() (et lat. Unqiid, Uqni)\ cf. got. kihwan « prêter ».
Apres 5, les anciennes occlusives sourdes sont représentées par des occlusives sourdes germaniques; à skr. spaç- « espion », lat. spcciO « je regarde » repond v. h. a. speho <( espion », spchôn « observer » ; à skr. strhhih « par les étoiles » (instrumental pluriel), gr. aster, le germanique repond par got. j/rt/V;/(?^ V. isl. stiarna, v. h. a. stcnio\ etc. On pourrait, à première vue, croire que les anciennes sourdes ont été maintenues. Mais il est probable que Focclusive sourde a subi en germanique Talléralion ordinaire, ou du moins le début de celte altération, puis a été ramenée au type occlusif par Taction de la spirante précédente. En effet à pt, kt, etc., le germanique répond par ft, xt, etc., c'est-à-dire que, dans un groupe d'occlusives sourdes, la première donne une A. Meillet. 3
34 LA MUTATION CONSO?îAMTIQUE
spiranle, el la seconde une occlusive; ainsi à skr. naplih « pelile fille », lat. iieptls, le germanique répond par V. angl. et v. h. a. nlft; k skr. astaii (ancien *a¥tâil « huit », lat. octô, par got. ûbtaii, v. angl. eahla, v. h. a. ablo ; etc. Il semble que les deux occlusives du groupe se soient transformées en spirantcs ; puis sous l'action de la spirante précédente, la seconde des deux spiranles est repassée au type occlusif.
11 reste à interpréter les faits ainsi reconnus. Le germanique n'est pas la seule langue indo-européenne où l'on observe une mutation. L'arménien offre une mutation presque entièrement parallèle. Les anciennes sonores sans doute aspirées y sont représentées par des sonores: bereui « je porte », en regard de skr. hhàranii, gr. phérô, got. baira ; les anciennes sonores simples y sont représentées par des sourdes: kin « femme », en regard de skr. guà, V. pruss. genna, got. qiiio; enfin les anciennes sourdes simples y sont représentées par des occlusives sourdes aspirées (souvent altérées de diverses manières): kba}i « que » en regard de lat, quain (même sens).
Ce traitement des occlusives sourdes en arménien indique par quel intermédiaire les mêmes occlusives sont devenues en germanique des spirantes : le premier stade du changement a dû être le passage des
i>ULNCllM; DÉ LA MUTATION 3Ô
occlusives sourdes simples à des occlusives sourdes aspirées, de *^ à *kh par exemple.
Pour passer de l'occlusive *â7; à la spiranle .v, il y a deux voies. Les occlusives sourdes aspirées sont en général plus faiblement articulées que les non aspirées correspondantes; elles perdent donc assez aisément leur occlusion, et d'occlusives deviennent spirantes ; ce changement s'observe en diverses circonstances en latin, en irlandais (en position intervocalique), en araméen (aussi en position intervocalique). En allemand, on observe un aulre procédé : le *p du germanique commun y passe à pf, type dit allViqué, comme on le verra ci-dessous ; pf peut passer kf, ce qui est arrivé en effet en allemand pour la position intervocalique, ainsi slëpan « dormir », devenu *sliipan en germanique occidental, a passe à *shipfan, d'où v. h. a. slâffan. Le plus probable est que le changement germanique commun s'est réalisé par le premier procédé; car il ne subsiste nulle part une trace du type affriqué parmi les phonèmes qui représentent i.-e. *p, t, k, et le procédé (le l'alVricalion, peu répandu en général, ne s'observe que dans le développement ultérieur de certains parlors germaniques, surtout de parlers haut-allemands.
Ceci posé, le changement germanique et le changement arménien — qui sont indépendants l'un de raulrc — 80 lamènent à une môme formule générale.
36 LA MUTATION CONSONAINTIQUE
Il existe deux types principaux d'articulation des occlusives qui se distinguent par la manière dont se comporte la glotte.
Dans l'un des types, que l'on observe notamment dans presque toutes les langues romanes, et en particulier en IVançais, et dans les langues slaves, la glotte est le plus fermée qu'il est possible et prête à articuler la voyelle suivante dès le moment où cesse la consonne. Les occlusives sourdes se prononcent alors avec la glotte fermée; donc durant la fermeture des organes d'occlusion, depuis le moment de 1' « implosion » jusqu'à celui de 1' « explosion )), il ne s'accumule pas d'air derrière l'organe dont l'ouverture brusque produit le bruit caractéristique de la consonne, et les vibrations glottales de la voyelle suivante commencent aussitôt après l'explosion de lia consonne. Quant aux occlusives sonores, elles sont accompagnées de vibrations glottales durant toute la période d'occlusion. Ainsi \e pa français ne comporte l'émission d'aucun souffle entre p ci a; le ha français est sonore depuis le moment oh les lèvres se sont rapprochées pour former le b.
Dans l'autre type, qu'on observe notamment dans des parlers allemands méridionaux et dans certains parlcrs arméniens modernes, les occlusives sourdes se prononcent avec la glotte mal fermée durant la période d'occlusion; de l'air s'accumule dans la bouche pendant la durée de l'occlusion, et cet air doit être