PRINCIPE DE LA MUTATION
expulsé après Texplosion de l'occlusive ; les occlusives sourdes de ce type, où rémission d'un souille s'intercale entre l'explosion de la consonne et le commencement de la voyelle, sont dites « aspirées ». Pour les sonores b, ci, g, il y a un mode d'articulation correspondant : les vibrations glottales ne commencent qu'au moment de l'explosion, et toute la période d'occlusion est sourde ; mais ces occlusives se distinguent du type des sourdes françaises par la faiblesse de l'articulation ; ce sont des douces, non des fortes.
En somme, ce qui distingue les occlusives de ce second type de celles du premier type c'est une entrée en action plus tardive de la glotte par rapport au moment de l'explosion de l'occlusive; pour les sourdes, la glotte se ferme plus tard; pour les sonores, elle commence à vibrer plus tard.
Dès lors, le passage du type indo-européen au type germanique commun ou au type arménien consiste en im passage du type où. la glotte agit dès l'implosion à un type où la glotte n'entre en action qu'au moment de l'explosion de la consonne. Il y a eu changement radical du type articulatoire. Ce changement a atteint les anciennes sourdes *p, t, k, k" et les anciennes sonores *bj d, g, g"-', qui sont devenues respectivement *ph^ ib, hh, ¥"h (sourdes aspirées) et */), î, kj /v'*" (sourdes douces). En germanique comme en arménien, il a épargné les anciennes occlusives sonores aspirées, parce que ces consonnes compor-
38 LA MUTATION CONSONANTIQUE
laieiit une articulalion gloUale spéciale du type sonore, dont la nature n'est pas exactement connue; ainsi */;/;, dh, gh ont été représentés par */;, cl, g sans doute aspirés dans les deux langues.
Les occlusives sourdes géminées, fortes par nature, se prononçaient sans doute avec fermeture de la glotte dès le moment de l'implosion, qui est nettement marquée; etpar suite on a-//- dans le got. aita « père », qui répond à lat. atta, gr. àtta « papa ». Ce traitement est propre au type géminé à valeur expressive. Là oii le groupe *-//- résulte de la rencontre de deux éléments morphologiques, il a subi dès l'indo-européen une altération et se présente sous la forme -st- en iranien, slave, baltique, grec, et sous la forme -ss- dans les dialectes occidentaux : italique, celtique et germanique; par exemple *wit-to- « connu », où il y a une racine *zuid- connaître, et un suffixe *-/c- d'adjectif radical, est en grec -luistos, mais en irlandais fess et en germanique wissa- (v. h. â. ghi'isso « certainement », got. nn-wiss « incertain »).
Les occlusives du type à action retardée de la glotte sont moins stables que les occlusives du type français. Les sourdes aspirées sont sujettes à devenir spirantes, comme il est arrivé en germanique. Les douces sourdes, qui sont quelque chose d'intermédiaire entre les sourdes et les sonores et qui produisent sur des Français l'effet de sonores mal réussies
CONDITIONS HISTORIQUES DE I. A MUTATION Sq
(on les entend souvent chez les Alsaciens et les Allemands du Sud qui parlent français), tendent à devenir de véiilables sourdes fortes, et ceci paraît s'etro produit de bonne heure dans les dialectes germaniques ; néanmoins />, t^ k sont restés longtemps des douces : le nom latin des Grecs, Graeci, a été emprunté avec un h initial qui montre que le y^ germanique se prétait encore à date historique à rendre le g latin : got. -krekos, v. h. a. hriahha.
Le passage de *kh h *.v, et sans doute d'une manière générale, des occlusives sourdes aspirées aux spirantes, se trouve dans un mot dont l'emprunt ne saurait être non plus très ancien : le nom de la population celtique que les Romains nommaient Foka (au nominatif masculin singulier) est rendu en germanique par V. angl. zucalh, v. h. a. walh.
Les mots empruntés par le germanique au celtique, sans doute lors de l'extension de l'empire celtique, entre le v* et le m* siècle av. J.-C, ont subi la mutation consonantique : le mot celtique rîg- « roi » est rendu en gotique par reiks, d'où l'on a le dérivé goi. reiki « royaume », v. isl. rlhe, v. angl. rîcCj v. sax. rîki.
La mutation consonantique date donc sans doute des siècles qui ont immédiatement précédé l'ère clirélienne.
Un changement qui, comme la mutation conso-
4o LA MUTATION CONSONAPÎTIQUE
nan tique du germanique et de rarménien, consiste en un changement profond du procédé articulatoire, et en particulier de l'activité de la glotte dont le sujet parlant n'a pas conscience, s'explique naturellement par le fait qu'une population, en changeant de langue, a gardé ses vieilles habitudes articulatoires : la façon de prononcer les occlusives est l'un des faits de prononciation qu'il est le plus malaisé de changer. Pour le germanique, parlé par une nation dont l'histoire commence très tard, on ne saurait dire à quelle population est dû ce type articulatoire ; on notera seulement qu'une langue voisine, le celtique, paraît avoir subi, à un degré moindre, une action analogue, et qu'on y trouve une manière d'articuler les occlusives qui se rapproche du type germano-arménien, sans être aussi aclievée. Quant à l'Arménie, l'introduction d'un parler indo-européen s'y est produite à date historique ; et, d'autre part, le système des occlusives arméniennes, qui est tout à fait particulier, est identique à celui d'un groupe de langues voisines, de famille autre, le groupe caucasique du Sud, dont le représentant le plus connu est le géorgien. L'action étrangère, que la théorie seule fait supposer pour le germanique, est donc indiquée par des faits positifs pour l'arménien. On conclura de là que la mutation consonantique du germanique est due au maintien de leurs habitudes d'articulation par les populations qui ont reçu et
CONTINUATION DE LA MUTATION 4l
adopté le dialecte indo-européen appelé à devenir le germanique.
Le nouveau type arliculaloire une fois introduit en germanique a continué d'y produire ses eiïels, qui sont sensibles surtout en haut-allemand.
Les *b^ d, g du germanique commun ne sont pas restés de vraies sonores — sans doute même étaient-ce des sonores aspirées — ; ces sonores aspirées passent nettement à la prononciation sourde aspirée, comme il est arrivé dans une partie des parlers arméniens. Dans les vieux textes bavarois et alémaniques, il y a flottement entre les graphies h et p, g et k: heran et peran « porter », gtiot et hiiot « bon », ce qui est caractéristique. Dans tous les parlers haut-allemands, y compris une partie du franconien, d passe de même nettement à ^ : à got. dauhtar « lille », v. sax. dohier (et de même dans une partie du franconien), le vieux haut-allemand répond par t oh ter.
Les */), t, h germaniques communs tendent à s'afl'riquer. Dans tout le vieux haut-allemand, */) passe à pf et */ à :^ (qui note îs) : à pkgan « soigner » du vieux-saxon répond v. h. a. pflegan, et à v. sax. tiohan « tirer », v. h. a. :iiohan. Le k n'a été atteint qu'en bavarois et en alémanique ; à 'kor7i « grain »^ du vieux saxon et du franconien, répond dans ces dialectes chorn^ la valeur de ch n'étant pas toujours
f\1 LA MUTATION COXSOXANTIQUE
déterniinaljle : il y a eu sûrement des prononciations diverses depuis H- jusqu'à x simplement.
Il s'est produit ainsi en vieux liaut-allemand une seconde mutation consonantique, continuation des phénomènes de la première mutation, sous des formes un peu différentes. Ces changements, dont l'étendue varie sensihlement d'un parler allemand à l'autre, ont eu lieu entre le i*"" siècle de l'ère chrétienne et le moment où ont été écrits les plus anciens textes haut-allemands; les mots empruntés par l'allemand au latin d'époque impériale y participent, et lat. parla par exemple donne V. h. a. pforta ; lat. disais donne V. h. a. tisk « table » ; etc.
Le vieux haut-allemand a mal conservé les spirantes germaniques; *.v avait passé de bonne heure h h; y bilabial est devenu la labio-dentale /^ qui dès lors est stable. Il restait *^^ qui s'est sonorisé en d, et ce d, qui est parfois noté dh^ passe à la prononciation occlusive d entre le viii* et le x*^ siècle, à des dates diverses suivant les régions : de là driu « trois » (au neutre), en face du v. sax. ihriu. Ainsi un d a été restauré en haut-allemand; avec b et g qui ont une tout autre origine, et qui continuent b et g germaniques communs, il complète la série des sonores allemandes. Ce qui a rendu possible cette altération, c'est que la série allemande ancienne b, d, g ne se composait pas de sonores du type français.
Après tous ces changements, l'allemand s'est trouvé