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CHAPITRE II LES CONSONNES INTEUVOCALIQUES

Les consonnes placées entre voyelles tendent d'une manière générale à s'altérer pour se rapprocher en quelque mesure du type vocaliquc. Les sourdes tendent à devenir sonores ; les occlusives tendent à devenir spirantes. En danois, les anciennes occlusives sourdes intervocaliques sont devenues sonores ; *giulan « verser » y est représenté par gyde. En allemand moderne^ un ancien p est représenté par pf à l'initiale, ainsi dans pflcgen de ^plegaji ; mais le même/) est représenté par / à l'intervocalique, ainsi dans schlafen de *slapan « dormir » ; / donne ts à l'initiale, ainsi dans :^cJjii, de *teh(Vi « dix », mais ss à l'intervocaliquc, ainsi dans zvasser, de *ivatar « eau ». Les faits de ce genre sont innombrables.

L'altération des consonnes intervocaliques a atteint deux séries de consonnes germaniques : les occlusives *by d, g, g"", qui continuent, comme on Ta vu, les anciennes sonores aspirées — et, avec des exceptions définies, les phonèmes spirants sourds, à savoir

4(3 LisS CONSONNES INTEKVOCALlQLEg

la silïlantc *s et les spirantes sourdes */, f>j x, x"' représentant les anciennes occlusives sourdes.

Les occlusives sonores *b, d, g, g"" sont devenues spirantes entre deux voyelles ; on a donc, entre voyelles, *è^ d^ Y et i6'. On enseigne souvent que les occlusives sonores aspirées ont donné en germanique des spirantes sonores. Mais la prononciation spirante n'est attestée que pour les cas où ces consonnes se trouvent entre deux voyelles. Par exemple, le vieil islandais note b à l'initial, mais / à l'intervocalique : hem « porter », mais grafa « creuser » ; le vieil anglais de même : heran, mais giefan « donner » ; le vieux saxon, qui a /; à l'initiale, ainsi hermi, flotte entre/?, u et vk l'intervocalique. Le /; gotique sert, comme le g grec du iv* siècle ap. J.-C, à noter à la fois h G.I b'i mais un détail montre que l'ancien b intervocalique était prononcé spirant : en germanique conmiun, une forme telle que celle de i''*' et 3" personnes du prétérit avait une voyelle finale, et Ton prononçait "^gaba «j'ai donné », *gabi « il a donné » ; les voyelles finales sont tombées, et le b s'est trouve final ; comme, en gotique, les spirantes finales s'assourdissent, le è a passé à/, et l'on Qcv'ii gaf, en face de la graphie giban « donner », gebun « ils ont donné, etc. Après une nasale, les occlusives sonores ne deviennent pas spirantes, et par suite le gotique a des formes telles que lamb « agneau », avec /; final. Le ^g"" se maintient après nasale; c'est ainsi que le gotique a

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siggivan « chanter », en face du gr. oniphé « voix » (do *so}ig"'bâ) ; entre voyelles, ce même *g"' passe à *iu dans got. snaiws « neige )>, v. angl. suâ(;w), v. h. a. siitv, en face de lit. snëgas « neige », etdcgr. neiphci « il neige », lat. nix Qiiiiis) <( neige », ningidt k il neige ».

Le germanit|uc s'est ainsi créé une série de spirantes sonores : *f', â, y. Cette série s'est enrichie par la sonorisation d'une partie des anciens *f\ <f>, x entre voyelles.

De plus, *s inlervocalique a tendu à passer l\ *x dans les mêmes conditions où */, f, x se sont sonorisés en *t>, iî, Y ; et *^, qui s'est maintenu en gotique, a passé à un phonème du type de /- en nordique et en germanique occidental. L'alphabet runique a pour r issu de *^ un signe différent de celui qui note r ancien (on transcrit ce signe par r); il résulte de là que la confusion de /• ancien et de r issu de *^ n'était pas achevée en nordique au début de l'ère chrétienne.

Il se pose ici un problème. Des anciens *s,f,f, x, x"', les uns sont demeurés sourds en germanique, et les autres ont passé à % ti, lÎ, y, w, sans que rien en germanique rende raison de celle différence:

Le linguiste danois Verner a reconnu le principe de la répartition, dit loi de Verner. Pour serrer de près les faits établis, la formule est présentée ici sous la forme suivante, plus restreinte et plus précise que celle qui lui a été donnée par Verner :

l\H LES CONSONNES INTERV0CALIQLE5

La sifllanle *s et les spirantes */, ^^ -v^ ■^"' sont devenues sonores entre deux cléments sonores, dont Tun est rélément vocalique de la première syllabe du mot, quand le ton hérité de l'indo-européen ne tombait pas sur cette syllabe.

A skr. piîâ (ace. pitâram), gr. patcr « père », le germanique répond par got. fadar, v. angl. facdcr, V. sax. fadcr, v. h. â. fatcr, donc par une forme à *d intervocalique, parce que, comme le montrent le sanskrit et le grec, le ton indo-européen (consistant en une élévation de la voix) ne tombait pas sur la première syllabe du mot. Au contraire, à skr. hhràlà (ace. bhràtaram) « frère », gr. phratcr « membre d'une confrérie », le germanique répond par got. hro^ar, v. angl. brôdor, v, sax. hrôthcr, v. h. a. hnioder, donc par une forme à *^ intervocalique, parce que le ton indo-européen tombait sur la première syllabe. A skr. çvàçiirah (de *svdçiiral?) « père du mari », le germanique répond par got. siuaihra, v. h. a. swehurj parce que le ton frappait la syllabe initiale (l'accentuation du gr. hckurôs est secondaire) ; au contraire, à skr. çvaçnih (de ^svaçràlf) « mère du mari », où le ton n'est pas sur l'initiale, le germanique répond par v. angl. sivegcr, v. h. a. siuigar. ' Le *^"' indo-européen du nom du « loup », devenu en germanique *a'", est passé à */sans doute sous l'influence du *zc/ initial ; */ a subsisté parce que le ton

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