‹ Caractères généraux des langues germaniques [microform]Chapitre 16 sur 75 · V. ISL. V. ANGI · texte numérisé non relu

V. ISL. V. ANGI

3* sg. ièab iôh -d/;

« il a tiré »

?)*-' pi. Uigon tugiin \//a^//'^

« ils ont tiré »

(cf. lat. dûcô « je conduis »).

S*" sg. lucard tvard

« il est devenu »

S"" pi. luurdon wurîiin

« ils sont devenus »

(cf. skr. varie « je me tourne », lat. uerlo).

3" sg. seah sah sah

« il a vu ))

EFFETS DE L\ LOI DE VERNER ;j I

3«pl.

sâwon sâiuiin

« ils ont vu »

(la

consonne inlorvocalic(iie e?t *]?ii

: got. saih-wan

(( voii

vas vjas luns

tuas « il était »

vôron uuleroii wârun

ii'ilrmi « ils étaient »

(cl.

skr. Vi'isati « il demcnre »).

Le gotique a perdu en général ces alternances rammaticales. Toutefois il en a conservé la trace dans ses prétérilo-présenls ; il oppose par exemple aih (( il possède » à ///>//// « ils possèdent », cf. skr. içe « j'ai pouvoir sur ».

Une autre série d'alternances, tout aussi probante., est fournie par les verbes causatifs. Les présents du type dit thématique à vocalisme radical e, type auquel appartiennent la plupart des verbes forts germaniques, avaient le ton sur la syllabe initiale ; au contraire, les causatifs avaient le ton sur le sufilxe ; le sanskrit oppose ainsi vàrdhati « il croît » à vanlhà- \aii « il fait croître ». Ceci se traduit en germanique pour les silïlanles et spirantes par des alternances entre la prononciation sourde et la prononciation sonore : got. fra-ziuiirpan « périr », cf. skr. vàrtale (( il se tourne », mais fra-wardjan « faire périr », d. skr. vartàyati a il fait tourner ». Par exemple, ù v.

52 LES CONSONNES INTEUVOCALTQUES

ang\. ge-nesan^ v. sax. et v. h. a. gi-nesan « guérir » (cf. skr. 7iâsa!r « il revient », gr. néelai « il revient », à côté de nôs-ios (( retour ») s'opposent v. angl.iierigan, V. sax. nerian, v. li. a. nerien « sauver » (cf. skr. yiâsâyali « il fait revenir ») ; le gotique, qui conserve mal les alternances ici comme au parfait, a généralisé Vs de ga^nisan, et a par suite nasjan « sauver ».

Les adjectifs radicaux en *-to- et en *-no-, que le germanique a incorporés au système verbal, avaient le ton sur le suffixe en indo-européen, ainsi skr. çru-iâ-h « entendu »^ gr. kîu-tô-s « célèbre », ou skr. pûr-nà-h « plein ». C'est ce qui fait que les spirantes sourdes intervocal iques se sonorisent tandis que le présent correspondant présente la spirante intcrvocalique sourde : v. sax. iiohan, v. h. a. :(iohan « tirer » : v. sax. gi-togan, v. h. a. gi;^ogan « tiré » ; de même v. isl. kiôsa, v. angl. cêosan, v. sax. hosan, V. h. a. kiosan « choisir » : v. isl. hercnn, v. angl. coren, v. sax. et v. h. a. gi-koran » choisi ».

Il y avait en indo-européen des types de noms oii la place du ton variait au cours de la flexion. Cette variation est nettement conservée en lituanien, où l'on a par exemple ace. sg. àkmeni (.<. "pierre », mais gén. sg. ahnens'y ace. sg. gàlva « tête », mais gén. sg. galvds; ace. sg. sûnu « fils », mais gén. sg. sfinaûs. Ces alternances expliquent sans doute des oppositions de formes des noms dans les dialectes germaniques, ainsi got. auso (gén. ausins) « oreille »,

EFFETS iJi: LA l.Ul l)L \ EKNER 53

mais V. isl. eyra, v. angl. èarCy v. h. a. ôra; goi. dauj>us « mort », mais v. sax. dôd, v. h. a. tôt', etc. Les exemples de ce genre sont nombreux.

Donc, à la date où *s et les spirantes placées entre deux éléments sonores sont devenus sonores, le ton indo-européen, dont il n'y a plus trace à Tépoque historique en germanique, subsistait encore, et la présence de ce ton sur la syllabe initiale du mot suffisait pour empêcher la sonorisation d'une sifllante ou d'une spirantc immédiatement suivante.

La loi deVerner n'est démontrée que pour la spirante qui suit la tranche vocalique de la syllabe initiale du mot.

Dans le reste du mot, les anciennes spirantes sourdes sont aussi représentées tantôt par des sourdes, tantôt par des sonores. En gotique, la répartition est réglée par une dissimilation : les sifflantes et spirantes entre sonores deviennent sonores si la syllabe précédente commence par une sourde ; elles restent (ou redeviennent?) sourdes si la syllabe précédente commence par une sonore : au^ida « désert » , mais merifa « rumeur » ; witubni « science )) , mais tuaidu/ni « puissance » ; etc. Pour les autres dialectes, dans le même cas, le principe de la répartition des spirantes entre sourdes et sonores set inconnu.

La sonorisation des silllantes et spirantes placées entre sonores est un fait d'assimilation aux phonèmes voisins. Une consonne initiale de mot est

O'I LKS (X)}^S0.\.M:S IMMUVOCALIQI l.S

dans une position moins critique qu'une consonne intérieure; mais on conçoit également que l'assimilation se produise ; et en effet s initial de mot est venu à se prononcer sonore en allemand : so se prononce ~o. Dans une partie des dialectes anglais, les spiranles initiales se sonorisent; ainsi ^ passe à d. L'anglais tout entier offre ce phénomène pour les mots accessoires : //; initial est normalement sourd en anglais, à la différence de //; intervocalique, qui est constamment sonore; mais l'article thc a un //; sonore. Pareil fait a eu lieu pour les pronoms personnels inaccentués dès une date préhistorique dans plusiciH's dialectes : en regard du lat. lu « toi », on a, comme forme principale, accentuée : got. ^//^ V. isl. ^ù^ V. sax. îjjûj V. h. a. dir, mais il y a une forme accessoire, inaccentuée, devenue du^ qui est en vieil islandais -du (-do) cl en vieux haut- allemand -tu : niniis-tu « tu prends » (ail. mod. nimnisiy L'action des voyelles tendant à sonoriser les si niantes et les spirantcs s'étend donc très loin en germanique.

Mais, et ceci a eu pour tout le développement de la langue une influence décisive, jamais l'altération des consonnes inlervocaliques n'est allée jusqu'à la suppression. Ce qui rend les mots latins méconnaissables sous l'aspect qu'ils prennent en français, c'est que les consonnes inlervocaliques se sont fortement

MAINTUN I)i:S (:U\>().N\LS IM lUN OC ALIQUES i);)

altérées ou même réduites au poiut de disparaître; dans k. feu, on ne reconnaît plus le latinybtww; dans père, on ne reconnaît plus le latin ^^/;T//i ; dans mi, on ne reconnaît plus le latin iiicdiiuii. En germanique, il ne s'est rien passé de semblable. Certaines consonnes ont changé d'aspect; mais elles ont subsisté; d'autres, comme les sourdes germaniques*/)^ /, k sont stables dans la plupart des dialectes ; en somme, les mots ont gardé intacte la séparation mise par les consonnes entre les syllabes, ce qui forme, pour ainsi dire, le squelette des mots. Soit un ancien ""kiipili « il prend » ; dans got. hafjif> (rempla(:ant ^hojlp) ou dans v. h. a. hevit, les consonnes sont moins bien conservées que dans le correspondant lat. copil ; mais la structure d'ensemble est la même. Valcr, Mille ont des physionomies d'ensemble plus pareilles à celles de lat. palrem, luedium que fr. père, mi. De là vient que les mots indo-européens sont souvent reconnaissables en germanique jusqu'à présent malgré le nombre et la gravité des changements phonétiques intervenus.

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