CRÉATION DE NUANCES NOUVELLES
tandis qiio, sous l'influence d'autres formes, il restait u dans v. angl., v. sax. /w//; au verbe dérivé got. fulljan « emplir », répondent v. isl. fylla, v. angl. fyJIan, tandis que le vieux haut allemand note fiiUen ; néanmoins Vu s'est infléchi aussi en allemand ; l'altération est notée déjà en moyen haut allemand, ci l'allemand moderne a // dans fiillen, tout comme l'anglais a / dans ////.
Les voyelles longues, d'abord épargnées, ont été fortement atteintes à leur tour en vieil anglais et en nordique; par exemple à got. sokjan « chercher » (cf. lat. sâgio) répond v. h. a. suohhen, sans altération ; mais on a v. isl. sekia, v. angl. sëcan (angl. mod. seecl)).
L'ensemble, très complexe, des altérations des voyelles sous l'influence de /^ / et u suivants est connu en allemand sous le nom de Umîaut. On peut l'appeler en français inflexion (on a aussi proposé le terme de }nét aphonie).
L' « inllexion » n'est pas le seul changement que les voyelles aient subi du fait des phonèmes voisins. Les consonnes agissent aussi. Par exemple, en allemand où les diphtongues ai et au se maintiennent en règle générale, ces mêmes diphtongues se simplifient en ^et ô devant /; et r ; soit, par exemple, got. air « plus tôt », v. h. a. cr\ got. hctuhs « haut », Y. h. a. hôh\ etc. En anglais, les voyelles brèves se brisent devant /■ : à got. wairpan » jeter », v. h. a.
68 LE SYSTKMl' VOCALIQUE
werfan, le vieil anglais repond par lueorpan ; à got. arm « bras », v. h. a. arm, pairearm; etc.
En nordique, ce sont les voyelles des syllabes suivantes qui entraînent dvis « fractures » de voyelles brèves, ainsi e se brise en ea, in devant un a de syllabe suivante : *ct^ua:^ feol^- ihns^ v. h. a. ehivi)^ devient v. isl. iafn, v. suéd. iamn] e se brise en eo, io devant un *u de syllabe suivante : v. isl. et v. suéd. niiolk, en face de got. miluh « lait », v. fris, meloh.
Seule, une étude détaillée de cbacun des dialectes germaniques, à chaque époque et presque dans chacun des parlers, permettrait de déterminer toutes ces actions délicates et infiniment variées. Par là, le vocalisme germanique, d'abord très simple — le gotique en donne quelque idée — s'est compliqué progressivement et a acquis toutes sortes de types nouveaux, très nuancés, surtout en anglais et dans les parlers Scandinaves.