‹ Caractères généraux des langues germaniques [microform]Chapitre 30 sur 75 · IMPORTANCE PRISE PAR LE RADICAL Q · texte numérisé non relu

IMPORTANCE PRISE PAR LE RADICAL Q

les les déformait et en changeait l'aspect et souvent le caractère, quand il ne les faisait pas entièrement disparaître, comme, par exemple, 1'*-// de l'accusatif singulier a disparu dans tous les mots polysyllabiques des dialectes germaniques: et ceci supprimait, dans tous les mots autres que les démonstratifs (et les adjectifs qui ont reçu la flexion des démonstratifs), la caractéristique de Taccusatif.

En revanche, l'intensité initiale mettait en évidence la racine, qui occupait la première place du mot indo-européen. Il s'est trouvé ainsi que l'élément qui exprime l'idée générale du mot était prononcé avec une grande intensité, tandis que le reste du mot avait une importance sans cesse décroissante. C'est l'événement décisif de l'histoire du germanique.

Qu'on examine par exemple un mot comme le verbe signifiant « emplir ». Il y avait en indoeuropéen une racine "^pelj-, *plê' « emplir » ; de celle racine a été formé, avec le suiTixe *-no-, un adjectif, signalé déjà p. 60 suiv., et qui, dans la forme qui sert d'antécédent immédiat au germanique, était *pl-fiô- « plein » (cf. lit. pUnaSy v. û, plûnû, et skr. pilruàh, V. irl. làn ; le latin plêniis a un autre vocalisme radical, d'après le verbe -plërc de uuplcre, complêre) ; cet adjectif devient en germanique *fi(hia:(^, d'où, après une assimilation de *-ln- en*-//-, huilai'. got. fulls, V. h. a. folQ). De là a été tiré un verbe dérive, correspondant au slave />//îw/// « emplir », et

A. MlîILLET. ^

gS El FETS DES CIIANGEMETS DÉ LA PRONONCIATION

qui esl de la forme germanique /w///aw (ainsi en gotique). Tant par suite de l'altération des finales dans l'adjectif got.fiills, v. h. a. fol^ que de Fimportance décisive prise par la première syllabe accentuée, le germanique s'est constitué un élément radical/////-^ foll-, qui est net dans l'adjectif got. fulls, v. h. a. fol ci dans le verbe got. fulljan, v. h. a. fuîlen (ail. mod. fiïlkji).

La dégradation des finales se poursuivant, il n'est resté, dans une langue telle que l'anglais, absolument que l'élément radical : full « plein », fill « emplir ». Ici, comme dans bien d'autres cas, l'élément radical du germanique contient des éléments étrangers à l'élément radical de l'indo-européen. L'élément radical constitué en germanique devient l'essentiel, et finalement le tout, du mot. C'est la négation du type indo-européen.

Dans d'autres langues, en latin, en irlandais, l'accent initial frappait le préverbe là où il y en avait un ; et l'élément radical subissait des altérations dès qu'il n'était plus l'élément accentué ; à cadit « il tombe », le latin oppose ac-cidit « il arrive », ou, au parfait à redoublement, cecidii « il est tombé ». En irlandais, où les syllabes inaccentuées sont presque anéanties dès le début de la tradition, il est résulté de là que la partie radicale du verbe est souvent méconnaissable. En germanique, rien de pareil. Le préverbe n'est jamais accentué devant le

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