LES ALTERNANCES VOCALIOI ES
Les alternances vocaliques, qui étalent un des procédés couramment employés par la morphologie indo-européenne, concernaient seulement les deux voyelles essentielles de Tindo-européen, *^ et *o; elles étaient dn type :
è ë ô ô zéro.
Un même élément radical pouvait donc apparaître
sous les formes : pci-, pèl-, pot-, pôl-, pî- ; un même élément sufli\al sous les formes -ter-, -îêr-, -tor-, -tôr-y -ir- {-tr-, -fr-)^ par exemple. Un verbe grec apparaît ainsi avec son radical sous trois formes : Jeîp-ô «je laisse » (au présent), U-hip-a « j'ai laissé » (au parfait), é-lip-on « j'ai laissé » (à Taoriste). On a en grec au nominatif singulier patér « père )), à l'accusatif paiera, au génitif patres, au datif pluriel patrâsi (de *patrsi); etc. Il résulte de laque, en indoeuropéen, les voyelles ne caractérisaient jamais ni
I02 LES ALTERNANCES VOCALIQUES
une racine, ni un suffixe; dans tous les éléments morphologiques, il n'y avait au fond qu'une seule et même voyelle proprement dite, qui apparaissait sous la forme e, ë, ô, ô, ou zéro, suivant le type de formation des mots et suivant les formes grammaticales. Seules les consonnes proprement dites et les sonantes (consonnes, voyelles ou seconds éléments de diphtongues) étaient propres aux racines et aux suffixes; les voyelles n'étaient que des outils grammaticaux comme les suffixes ou les désinences.
La rigueur de ce principe est tempérée par certains faits qui n'y entrent pas, ou qui s'en écartent au moins en apparence. La voyelle *^ ne figure dans aucune alternance : une racine comme celle de skr. àjâmi « je conduis », gr. àgô, lat. agô, arm. acem et V. isl. aka « conduire » échappe donc à toute alternance; Vê du parfait lat. ëgî, Vô du prétérit v. isl. ôk sont des particularités propres à une seule langue, et il n'y a pas concordance entre Vè latin et Vô Scandinave. — Les alternances des types è^ ô, 9^ ou à^ 9, ou ô, d rentrent sans doute au fond dans le type général ; mais, telles que les choses se présentent en indoeuropéen, elles sont à part; elles sont du reste parallèles aux alternances du type général.
En germanique, les alternances vocaliques n'ont subsisté clairement que dans les syllabes radicales. Dans les autres parties du mot, il en reste de nombreuses traces dont on verra des exemples au cours
VOYELLES ENTRE CONSONNES Io3
do l'étude de la flexion. Mais ce ne sont plus de véritables alternances, sensibles en germanique.
Même dans la syllabe radicale, les alternances ont perdu l'unité qu'elles avaient en indo-européen^ et les altérations des voyelles proprement dites et des sonantes leur ont donné un aspect nouveau.
Entre deux consonnes proprement dites, ou, à l'initiale, devant consonne proprement dite, l'ancienne alternance s'est exactement maintenue sous la forme germanique :
efi è a ô (zéro).
Le degré zéro n'est représenté que dans des cas isolés, parce qu'il entraîne des accumulations de consonnes. L'alternance tli, è, a est usuelle dans les verbos forts. (Vo-^l le type :
got. yihan ç^cif gehiin
« (Innnor » (t il a donné » « ils ont donné »
C i?"//'// « ie donne
Y. 11. a. < aehant ^jah pâhun
ils donnent »
On remarquera comment une alternance de création germanique e/i s'ajoute en nordique et en germanique occidental aux alternances héritées de l'indoeuropéen.
L'alternance ô/a existe là où le présent a le voca-
lO/i LES ALTERNANCES YOCALIQUES
lisme radical a (ancien o ou ancien a), par exemple got. grahan « creuser », prétérit ^to/" « il a creusé » ; V. h. a. grahan, griioh. Ce n'est que par exception que Talternance germanique ôja repose sur une alternance indo-européenne âjd (ou ô/p); on en a un exemple sûr dans le prétérit got. sto^ « il s'est tenu debout » de sianda^î, en face de lat. stâre « se tenir debout », status et skr. â-sthâ-t « il s'est tenu debout », sthi-tah « debout ».
Dès qu'intervient une sonante les choses se compliquent.
L'alternance :
à laquelle se limite tout le système quand une consonne proprement dite suit i, devient en germanique :
î ai c/i
hait hit un
(( il a mordu » « ils ont mordu »
hei:;;^ bi:(^u}i
Au participe passé passif, on a par analogie v. h. a. gi-hizxp'fi avec i au lieu de Ve attendu. En face de V. h. a. stîgan « monter », steigy stigun^ Ve apparaît dans le substantif v. h. a. steg « sentier » en face de V. isl. stigr.
ainsi
fc'ot.
heilan « mordre
hî:yyan
VOYELLES AVEC SONAXTE lO.J
De m(ime, devant consonne proprement dite, on avait
eu ou u
Ceci est représenté en germanique par :
iu/io au n/o
le gotique ne connaissant naturellement que in, au (diphtongue) et n (au notation de o bref, devant /; et r) :
go t. hiudau ' baup hudun
« j'ordonne » « il a ordonné » « ils ont ordonné » v.h.a. h iota n hôt hutun
(r* pers. prés, biutu) (part, passé pass.
gi-bota7i).
(au devient ô en vieux haut allemand devant dentale).
Quand les sonantes r, l, ;/, ;;/ précèdent une consonne proprement dite, on a des traitements parallèles, du type indo-européen :
er or r
ce qui donne en germanique :
erjir ar ur/or
eVil al ul/ol
in an un
iiii a m uni ainsi :
106 LES ALTERNANCES VOCALIQUES
/ gol. luanfan zvarf> waurfun
« devenir » « il est devenu » « ils sont devenus »