‹ Caractères généraux des langues germaniques [microform]Chapitre 36 sur 75 · SIMPLIFICATION DU SYSTÈME I · texte numérisé non relu

SIMPLIFICATION DU SYSTÈME I

l'aoriste s'élimine. Dans le nom, le nombre des formes casuelles se réduit.

il n'y a dans tout cela rien de propre au germanique; de pareils faits ont eu lieu sur tout le domaine indo-européen. On peut même dire que le germanique a été longtemps conservateur en morphologie. Par exemple, il avait des restes importants du duel^n un temps où ni le grec, ni le latin, ni les langues de l'Inde, ni le perse n'en avaient plus aucun ; et ceci n'est pas surprenant; car la disparition du duel est un fait de civilisation. La flexion casuelle du germanique au IV* siècle ap. J.-G. n'est pas moins riche que celle du grec homérique ; elle l'est même plus à plusieurs égards; ainsi la flexion du démonstratif est . restée distincte de celle du substantif. C'est la ruine phonétique des finales qui a précipité la simplification de la flexion.

Ce qui donnait à la flexion indo-européenne un aspect particulièrement touff'u, c'est que les caractéristiques des catégories grammaticales variaient suivant les nombres et suivant les thèmes. Un génilit par exemple n'est pas indiqué par la même désinence au singulier, au pluriel et au duel. Et, d'autre part, le génitif n'est pas exprimé de la même manière, au singulier, dans un thème en -o- comme celui de skr. vfkasya « du loup » , homérique lùkoio, ou dans un thème en -u-, comme celui de skr. sûnôh « du fils », lituanien sûnans, ou dans un thème A. Meillet. 8

terminé par consonne, comme celui de skr. padàh « du pied », gr. podôs. Celte variété de formes pour une seule et même catégorie grammaticale est l'un des traits originaux de l'indo-européen.

Gomme toutes les langues indo-européennes, le germanique a gardé des caractéristiques distinctes pour les mêmes catégories au singulier et au pluriel. Mais, de même aussi que les autres langues du groupe, il a tendu à restreindre la variété des flexions des divers types de mots. Les types les plus rares sont rapprochés des types les plus usuels dont ils adoptent les caractéristiques. Par exemple, les thèmes masculins en -/- tendent à recevoir les formes des thèmes en -a- (type indo-européen en -o-).'

De cette manière, le germanique a simplifié la flexion dans le même sens que les autres langues indo-européennes.

Il y avait en indo-européen deux types principaux de flexion, l'un oii les thèmes se terminaient par une voyelle ejo, l'autre où les thèmes se terminaient par un élément consonantique, comme -à- ou -s-, ou sonantique, comme ->'-(-/-), -r-ir-)-, etc. Le germanique, comme la plupart des langues, a tendu à généraliser le type terminé par voyelle, dit type thématique, aux dépens de l'autre type, dit athématique. Dans les verbes, au présent, la i*^* personne du singulier du type thématique était en *-â^ ainsi gr. pbcrô « je porte », tandis '^ue celle du type athémalique était en *-;///^ ainsi

RESTES DU T\PE ATHEMATIQUE Il5

skr. asmi « je suis », gr. eimi (de *esmï). Le type en *-w/ a tendu à s'éliminer, et le présent im « je suis » est la seule l'orme qui subsiste dans tout Fcnscmble des dialectes germaniques d'un type dont l'importance balançait, en indo-européen, celle du type tbéma tique.

Dans les noms, la flexion athématique s'est mieux maintenue que dans les verbes. Le type de thèmes terminés par -;/- a même pris une grande importance et a fourni ce qu'on appelle la flexion « faible », qui est l'un des types normaux et productifs du germanique.

Quelques détails montrent que des thèmes nominaux même terminés par une occlusive ont gardé leur caractère ancien jusqu'en germanique commun. Soit par exemple le nom de la « dent », qui est en sanskrit nom. sg. dàn, ace. sg. dàntani, ^^n. sg. daîàh\ le germanique a eu une flexion à alternances vocaliques de la syllabe qui précède la désinence, tout comme le sanskrit, soit ace. sg. *tnnfii{n)j de^dânt-rj, cf. skr. dàntam, gr. {o)dônta, et gén. sg. *tunf>i:(, de *diil-és, cf. skr. datâh^ lat. denlis; puis les dialectes germaniques ont normalisé le vocalisme radical ; le gotique a généralisé tin, et l'accusatif tim^u, ainsi obtenu, a entraîné le passage du thème à la flexion en -//-, d'où génitif ttinfaus, etc., tandis que le germanique occidental et le nordique ont généralisé an^ d'où : ace. sg. v. isl. tçnn, v. angl. tûd^ v. h. a. :{an(j), et gén. sg. v. isl. tannar, v. angl. tcdes^ v.

IlO CIIANGEME?IT DU TYPE GRAMMATICAL

h. a. :(andes. L'ancien nominatif pluriel *dôrit-es (skr. dàntah, gr. \o\dôntes) est conservé dans v. isl. teâr (et tennr), v. angl. iéd (angl. teeth, à côté du singulier tooth). Les effets des variations dé place du ton attestées par skr. dàntam, datàh ne sont plus sensibles en germanique; le *^ conservé phonétiquement dans les formes où le ton était sur la syllabe initiale, a été généralisé; nulle part, il n'y a trace du *^ que, d'après la « loi de Verner », on attendrait au génitif *tun^ix, qui devrait être phonétiquement ^liindi^. — L'opposition entre les formes gotiques et celles des autres dialectes montre que le type athématique, avec ses alternances, s'est conservé jusqu'en germanique commun pour ce mot, et sans doute pour plus d'un autre. Il y en a diverses autres traces dans les langues germaniques.

Mais, dans l'ensemble, le type thématique a prévalu.

Dans le type athéma tique, la partie radicale du mot, qu'on appelle thème, et les désinences sont nettement distinctes, ainsi ace. sg. skr. dânt-am, gr. (o)dônta, lat. dent-em, germ. commun *tan^-ii{n)^ et gén. sg. skr. dat-àh, gr. (o)dânt-os, lat. de?tt-is, germ. commun *hin^-i^ (remplaçant *tunâ-i^.

Dans le type thématique, au contraire, le thème et les désinences sont souvent fondus, et les deux éléments ne sont plus discernables; il n'y a pas moyen de séparer le thème et la désinence dans

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