‹ Caractères généraux des langues germaniques [microform]Chapitre 37 sur 75 · LES FINALES GERMANIQUES II · texte numérisé non relu

LES FINALES GERMANIQUES II

un datif singulier du type thématique, tel que avesiique v<^krkài (( au loup », lit. vilkui, gr. lûkôl, lai. lupô, par exemple. Là même où le thème et la désinence se laisseraient isoler sur le papier, comme dans l'accusatif singulier, skr. vfha-rn « loup », gr. h'iko-n, lat. lupii-m, les deux éléments sont si unis dans la prononciation qu'ils forment une seule finale. Une flexion thématique du germanique commun telle que celle de : nom. sg. *arma:(^ « bras », ace. sg. *arma(n), gén. sg. *arnies{a) (bientôt réduit à * armes), etc. tend donc à se couper "^arm-a^, *arni-a(;n), *arni-es, etc., et le germanique tend à séparer un radical ann-, qui exprime l'idée de « bras », et des finales *-^~, *-rt(^0> *'^^> ^^^-j ^^^ marquent la flexion du mot.

Du type thématique, cette conception des formes s'est étendue au type athématique. Ainsi les finales des thèmes en *-u-, qui étaient, au point de vue indoeuropéen, athématiques, et qui étaient coupées *-u-s, ^-n-Uj *-ou-Sf ont été conçues comme des finales parallèles à celles du type thématique, et l'on a coupé : nom. sg. *sun'u:( « fils », ace. sg. *sun-u(n), gén. sg. *'sun-au:{^y etc. Mais, dès lors, sur un accusatif singulier tel que germ. comm. *fôt-u{ii) « pied », qui est du même type que skr. pàd~am, gr. pôd-a, lat. ped-em, on a fait toute une flexion nom. sg. *fôt-u:(, gén. sg. *fdt-itti:(^, qui est celle de got. folus, foiu, jotaus, par exemple. Ces créations aaalogiques mon-

Il8 CHANGEMENT DU TYPE GRAMMATICAL

trcnt quel cliangement s'est opéré dans la conceplion des formes. La finale de raccusatif gol. foîu répond ])]ioncliquemcnt à celle du gr. pckhi ou du lat. pcdeiir, mais, au point de vue grammatical, elle était conçue autrement par le sujet parlant.

Les finales se sont abrégées et altérées. Ainsi, en gotique, on voit la flexion "^arwa^, *arina(ji), *ariiies représentée par anus, ann, ârmis; le germanique occidental, où le*-:( final disparaît, est plus caractéristique encore : nom. -ace. sg. ami, gén. sg. annes. Tout sentiment de la voyelle. qui terminait le thème disparaît alors. Il se constitue, d'une part, un mot ann « bras », qui existe isolément, qui, sans aucune désinence, sert de nominatif-accusatif singulier et qui porte Faccent, de l'autre des finales caractéristiques des -cas, finales prononcées d'une manière de moins en moins nette, et qui tendent à disparaître.

Ainsi, un changement complet dans la manière de concevoir les formes s'est amorcé en germanique commun et a abouti au cours de Fhistoire propre des divers dialectes germaniques. Là même où elles représentent exactement d'anciennes formes indoeuropéennes, les formes germaniques sont donc en réalité tout autre chose, dès les plus anciens textes. Le mot indo-européen était toujours en même temps une forme grammaticale, constituée par l'union d'un thème et d'une désinence. Il réalise, pour ainsi dire, la notion exprimée en la munissant d'indications de

LE MOT Iig

nombre et de genre et cle cas ou de personne, de voix, .etc., qui en font un tout se sullisant à lui-même. En gcrmanVjuc, au contraire, il tend à se créer un mot indépendant de toute forme grammaticale. La linalc devient un accessoire, dont le rôle, très grand encore en germanique commun, perd progressivement son importance; peu à peu elle disparaît. Si quelque texte livrait au linguiste le germanique commun, on croirait sans doute y voir encore un type grammatical scnd^Iablc au t\pc indo-européen dans les traits généraux. Ce serait une illusion: déjà le germanique comuum présentait au fond des traits qui devaient conduire à un type morphologique nouveau. Il y a là une révolution aussi profonde, moins apparente seulement au premier coup d'œil, que celles qu'on a vues dans la phonétique.

Page 1