‹ Caractères généraux des langues germaniques [microform]Chapitre 4 sur 75 · TENDANCES AU CHANGEMENT · texte numérisé non relu

TENDANCES AU CHANGEMENT

longtemps après leur première manifestation. 11 faut ramener les changements aux tendances dont ils procèdent. Sans doute le détail des actions échappe ; mais les lignes générales importent plus que le détail.

Les langues sont d'autant plus intéressantes à observer à ce point de vue que les innovations qu'elles ont subies sont plus essentielles et afl'ectent davantage Ten* semble du système. Le germanique, qui a disloqué le système indo-européen et qui s'est constitué une prononciation neuve, une grammaire neuve, peut conserver autant d'éléments indo-européens qu'on voudra : c'est une langue autre que l'indo-européen. Une linguistique qui s'acharne à déterminer l'origine indo-européenne de chacun des menus éléments du germanique sans mettre en évidence les principes de nouveauté de ce groupe de langues reste attachée à des curiosités de portée médiocre et néglige l'essentiel.

En laissant de côté le plus qu'il sera possible le détail des faits, on voudrait ici marquer les grands traits du développement des langues germaniques. Les développements considérés ont commencé bien avant la période où le germanique est attesté par des monuments écrits, et ils se sont poursuivis, pour la plupart, au cours de la période historique ; pour une partie au moins, les tendances considérées continuent .d'agir jusqu'à présent et de donner aux langues germaniques une physionomie propre parmi les langues

/l INTRODUCTIO:V

indo-européennes. En séparant les faits préhistoriques de ceux des périodes ultérieures, on dissocie souvent des événements qui relèvent de la même tendance : licaucoup de faits qui étaient en voie de développement à la date des plus anciens textes et qui ont commencé de se produire avant le moment où ces textes ont clé fixés, n'ont abouti que plus tard, et certains tout récemment. Plusieurs des tendances au changement continuent, actuellement encore, à produire leurs effets. Ce sont ces tendances qu'on voudrait faire ressortir.

Sont dites germaniques toutes les langues indoeuropéennes qui, soit dans les formes qu'offrent leurs plus anciens monuments, soit dans les tendances de leur développement, offrent certaines innovations qui seront décrites ci-dessous.

Ces innovations communes et ces tendances communes sont nombreuses et fortement caractéristiques ; elles supposent que, comme toutes les langues indo-européennes sont des transformations d'un même idiome^plus ancien, de même toutes les langues dites germaniques sont des transformations d'un même idiome, qui est une forme particulière prise par l'indo-européen. C'est cet idiome qu'on conviendra d'appeler « germanique commun ».

On s'abstiendra de rechercher ici où et quand s'est parlé l'idiome ainsi désigné ; pour le lieu, il faut

GOTIQUE 5

penser à la parlic centrale de FEurope, peut-être aii\ plaines du Nord de l'Allemagne; pour le temps, on ne se trompera guère en pensant aux deux ou trois siècles qui ont précédé le commencement de l'ère chrétienne. Mais les données historirpies manquent, et il serait imprudent d'essayer de préciser.

Les langues germaniques se répartissent entre trois groupes : gotique — Scandinave — germanique occidental.

Le groupe gotique a sûrement été important. Mais les Gots, de tempérament conquérant, se sont dispersés loin de leur domaine originel. Ils ont créé des royaumes en Espagne, en France, en Italie, dans les Balkans. Aventurés au loin, ils se sont fondus, après des succès brillants, dans les populations sur lesquelles ils avaient établi, pour un peu de temps, leur domination. Leur langue a ainsi disparu partout. On a au xvi" siècle relevé en Crimée quelques mots d'un parler gotique qui y persistait encore; mais, là aussi, le gotique est sorti de l'usage. Nulle part, il ne subsiste une population qui emploie un parler gotique. Sauf les noms propres des chefs gots, on ignorerait tout du gotique si Tévêque got Ulfda n'avait traduit, au iv*. siècle, les livres saints du christianisme, fondant ainsi une langue littéraire gotique, et si des fragments importants de cette traduc-

tion, surtout des fragments du Nouveau Testament, et aussi quelques petits morceaux composés dans la même langue, n'avaient été conservés. Quand on parle du gotique, on entend donc toujours la langue qu'a fixée par écrit Févêque Ulfda. Faite dans la péninsule balkanique, sur un original grec, cette traduction a le caractère des traductions orientales : Fauteur a constitué un alphabet pour noter les sons du gotique; il a posé des formes régulières et constantes. Il n'y a dans tout le germanique rien d'aussi régulier que le gotique parce que c'est la langue littéraire qu'a constituée un homme cultivé, à un moment déterminé, en s'appuyant sur un parler déterminé.

En raison de la date, relativement ancienne, où il a été fixé, le gotique de Ulfda offre l'une des for mes les plus archaïques du germanique. Mais le gotique,, langue d'un peuple migrateur et conquérant, était, au iv" siècle, un dialecte relativement avancé dans son développement ; beaucoup d'autres parlers germaniques de la même époque étaient plus conservateurs. Le gotique du iv' siècle a déjà effacé certaines des anciennes particularités germaniques qui sont encore d'usage courant dans des textes Scandinaves ou germaniques occidentaux bien postérieurs.

Le grouj)e Scandinave, dit aussi nordique, s'est

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