VERBE FORT
le lat. fiuulô a une structure autre, tout en présentant le même suiïixe.
Dans certains cas, on voit bien comment s'est fait le présent thématique. Soit, par exemple, got. luinna « je souflVc » (d'après la comparaison des dialectes germaniques, le sens germanique commun de ce présent est « je lutte, j'obtiens par la lutte m). Le -;/;/- ne peut être ancien; car Tindo-europcen ignorait la gémination dans un présent de. cette sorte; le -;///- repose sur un ancien *-nw-\ et, en effet, le thème indo-iranien est de la forme *u'anaii- : skr. vanôti « il obtient, il gagne », ou, avec la désinence moyenne, vmiiitc « il gagne pour lui » ; le présent germanique repose sur '^wonce-, fait sur *zl'cnu-.
Plus d'une forme du type athéniatique est passée simplement au type thématique. Ainsi, de la racine *eii' « manger », l'indo-européen avait un présent alhémalique : skr. ûdiiii «je mange », lit. àliiii, etc. Sous l'inlluence de la 3" personne du pluriel et du participe présent, qui sont pareils à ce que seraient des formes du type thématique, ainsi lat. cdiint et lat. cikns, cf. skr. adiviti « ils mangent » et adàn a mangeant », le latin a constitué à ce présent des formes en partie thématiques, edô « je mange », cdimus « nous mangeons », à côté des formes athématiques : es « tu manges », est <c il mange », etc. En germanique, le passage au type thématique est complet dans got. iîan « manger », v. isl. du, v. angl.
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elaîi, V. h. a. e:(;ian^ et rien ne dénonce l'ancien type indo- européen.
Le fait que nombre de présents de verbes forts sont entrés secondairement dans ce type se manifeste parfois par des différences de formes entre les dialectes germaniques. Les présents albématiques du type radical athématique opposent, dans la syllabe prédésinentiellc, le vocalisme e du singulier au vocalisme zéro du pluriel, et il y a en même temps des variations de place du ton; ainsi skr. émi « je vais », gr. ehiii : skr. iniâfp « nous allons », gr. dorien îmes (avec ton déplacé). Un exemple isolé de ce type s'est maintenu en germanique, où Ton a : got. ist « il est », cf. skr. àsti, gr. ésti, lat. est, et got. siîid « ils sont » (ancienne forme atone), cf. skr. sauti, gr. dorien enli^ osque sent (et lat. siint). Il y avait sans'doutede môme en indo-européen un présent *wéîk-mi « je combats, je vaincs », avec pluriel *wik-niés ; ce présent athématique est remplacé par des formes différentes suivant les langues : une forme thématique à vocalisme radical zéro dans v. irl. ftchim « je combats », un présent à nasale infixée dans lat. jiincô « je vaincs », un présent à suffixe *-ye- dans lit. veikià « je réalise » (iiu-veikià « je remporte la victoire »). En germanique, les représentants de \ucih)ii sont, d'une part, le type got. weihafi « combattre », fait sur les formes à vocalisme e et ton sur le radical, soit *u'cik-, d'autre part, le type v. isl. vega « battre »,
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lait sur le» i^jnuua à vocalisme zéro et ton sur la dcsinciice, soit *wik-. Le présent v. isl. vega a été tiaité comme appartenant au type v. isl. gefa « donner », à vocalisme originaire en -^-j sans sonante. Par contamina lion des deux types wïhan et *îvi^an, on a eu, d'une part, v. angl. wigan « combattre », v. sax. u'Igand et v. h. a. wigant « combattant », de l'autre v. 11. a. nhar-iuelmn « l'emporter sur » et gol. andwaihan « résister ». Le germanique offre plusieurs autres exemples de variations de ce genre qui s'expliquent de la même manière. .
A côté des présents à vocalisme radical représentant l'ancien vocalisme e, qui sont le type ordinaire, et des présents à vocalisme radical zéro, qui sont exceptionnels et sans doute d'origine secondaire, il \ a un assez grand nombre de formes dont la voyelle radicale est a en germanique. Ces formes sont d'origines diverses. Un présent comme got. fara a je conduis (en véhicule) » rappelle l'aoriste grec poreîn « procurer ». Le présent got. mala « je mouds » répond à lit. malù ; mais ce n'est sans doute pas une forme ancienne ; car le vieil irlandais iiulim, aussi du type thématique, a un autre vocalisme radical, et le vieu;t slave meljç a le vocalisme radical e et un suffixe *'ye-.
Bien que l'ancien type des présents thématiques radicaux soit devenu le type normal du présent des verbes forts et qu'il ait reçu un accroissement con-
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sidcrable, il y a des traces d'autres formations en germanique. Par exemple, la racine i.-e. "^prek- « demander, prier », qui n'avait pas de présent radical thématique en indo-européen, a fourni en gotique un présent à suQixe *-ne- : fraihna « je demande ». Il y a des formes à suffixe "^-ye- en nombre appréciable, surtout parmi les formes à vocalisme radical germanique en -a- : got. hafjan « lever », v. isl. hefja, v. h. a. hejfan, cf. lat. capiô « je prends ». De la racine ^scâ- « s'asseoir », on a, aussi avec le suffixe *-ye-, des présents : V. isl. sitja « s'asseoir », v. angl. siltan, v. h. a. si::^:^an, tandis que le gotique oiTre le type normal, sitan « s'asseoir »; ni l'une ni l'autre forme n'est de date indo-européenne sans doute.
Le subjonctif du présent des verbes forts repose sur Tancicn optatif des présents thématiques : got. haïrais « que tu portes », v. h. a berès, et got. bai rai, V. h. a. bcre « qu'il porte » répondent exactement aux optatifs skr. bhàrch « tu peux porter», bbàrel « il peut porter» et gr. phcrois, phcroi. Seule, la i"' personne du singulier fait quelque difficulté.
L'impératif got. haïr, v. h. a. bir « porte » répond de même exactement à skr. hhàra « porte », gr. phcrc. Toute finale en a disparu, et la forme se réduit en germanique à la racine seule.
C'est évidemment dans le verbe fort que s'est fixé l'usage de former l'infinitif du thème du présent; car c'est là que cet usage s'explique. L'infini lif gcr-
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manique repose sur un ancien type d'abstraits en *-Ofio-j quia son pendant en indo-iranien ; par exemple, du skr. ddanam « (le) manger » on rapprochera got. itan « manger » ; du skr. bbàranam « fardeau », got. bairan « porter » ; etc. Ces noms radicaux se sont trouvés concorder avec les présents tels que got. ila ((je mange », baira « je porte », etc. Un rap[)ort a été établi entre ces noms et ces présents, et, une Ibis que le rapport a été établi et que les noms en -an ont été considérés comme les infinitifs des verbes forts du type usuel, on a pu faire un infinitif tel que got. hafjan « lever » sur hafja « je lève », et de même pour tous les verbes de la langue. Le vieux haut allemand lléchit encore l'infinitif, et Ton y trouve des formes telles que berivuics (génitif), bcrannc (( datif ». En gotique et en nordique, il n'y a plus trace de déclinaison de l'infinitif.
Le prétérit des verbes forts repose, pour la plus grande partie, sur l'ancien type du parfait indoeuropéen. Le parfait indo-européen était un type alliématique, ayant des désinences spéciales, et présentant au singulier le vocalisme prédésincnticl t)^ au pluriel le vocalisme zéro; ainsi skr# véda « je sais », gr. (iL')o)da, mais skr. vidmà (( nous savons », gr. (iu)îdmen (discc ton déplacé); pour ce verbe, qui est demeuré en germanique avec sa valeur de parfait, exprimant le résultat acquis du
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procès, on a got. wait « je sais », witinn « nous savons ».
Le parfait existait avec ou sans redoublement. En indo-iranien et en grec, les formes à redoublement sont normales; on a donc skr. riréca « j'ai laissé », gr. léloîpa, tandis que, en germanique, les formes sans redoublement sont les seules en usage dans tous les verbes dont le présent repose sur une forme à vocalisme radical e, c'est-à-dire dans le type usuel, ainsi got. laihiu « j'ai prêté » à côté de leihwa « je prête». Ce qui caractérise le parfait, c'est, en pareil cas, le vocalisme a (i.-e. 6) au singulier, zéro (au pluriel), en regard du représentant du vocalisme e du présent, ainsi en gotique :
beitan « mordre » : hait, bitum hindan « lier » : band, bundiim giuîan « verser » : gaut, gutuni, etc.
Dans les racines où la voyelle radicale est suivie d'une seule consonne, comme *wes- « demeurer, être », *bher- « porter », etc., ce n'est pas le degré zéro qui sert au pluriel, mais le degré ê. On a ainsi en gotique :
zuisan « être »
giban « donner »
bairan « porter »
luas, •wesum
gaf, gebiim
bar, beruni, etc.
L'emploi de ce degré long du vocalisme dans des
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formes de prétérits n'est pus une spécialité du germanique; on retrouve des faits analogues notamment dans les langues bal tiques et en latin. En latin [)ar exemple, le parfait sàii « j'ai été assis » s'oppose au présent sêcleô « je suis assis ».
C'est aussi un degré long, germ. 0, qui sert à caractériser le prétérit tout entier, singulier et pluriel, là où le présent a le vocalisme germanique Uj ainsi en gotique :
fitnni « conduire (un char) » : for, for
iim.
A côté du type sans redoublement, le germani(|uc a conservé des traces du parlait à redoublement dans les cas où le présent a un vocalisme particulier qui ne permet pas de caractériser le parfait par le vocalisme, ou bien là où le vocalisme est à part, hors des règles ordinaires.
Quand le présent a un vocalisme a devant une sonante suivie de consonne, conmie dans got. haitan « se nommer », stantan « heurter y>, haldan « tenir », fiibttfi (de yanlnni) « prendre », le degré ô, qui n'existe qu'en syllabe ouverte, n'est pas utilisable; alors le prétérit à redoublement est de règle : got. haibail, haibailuni — sUiistautj staistaulum — haiJmld, haibitldiim — fùfdb, faifàbuin. Le procédé est à rapprocher du type lat. niomordi « j'ai mordu », à côté de mordcô « je mords ». — On trouve aussi le prétérit à redoublement là où le présent a un vocalisme à
voyelle longue, ainsi got. slepan « dormir », prétérit sai:(lcp « je me suis endormi » — Jîokan « se plaindre », faiflok — et, avec une allcrnancc de timbre, got. ktaii « laisser », prétérit lailoi; saian (( semer » (racine ""se-, cf. lat. sè-nî « j'ai semé »), saiso.
Le prétérit à redoublement, qui repose sur un type indo-européen et qui a dû tenir une place notable en germanique commun, n'est clairement conservé qu'en gotique. Il avait l'inconvénient d'entrer mal dans le système général du verbe fort germanique, où la syllabe radicale porte toujours l'accent initial et se trouve mise en évidence; par une exception unique, la syllabe radicale de ces prétérits se trouvait dans une dépression d'accent. Le groupe northumbrien du vieil anglais, qui garde encore nettement le prétérit à redoublement, montre bien cet inconvénient : à got. haihait, il répond par hchl] à got. hiilot, par koi't (avec une dissimilatiori de / en ;) ; à got. lailaik «j'ai sauté » par kolc\ etc. L'élément radical devenait méconnaissable. Sous l'action de l'accent initial combinée avec la tendance à la dissimilation, les formes à redoublement ont été remplacées en nordique et dans la plupart des dialectes occidentaux par des formes qui ont un vocalisme spécial, mais qui ont, comme toutes les autres formes du verbe fort, l'accent initial sur la syllabe radicale. On a ainsi :
VERBF FOUT I .'|I