‹ Caractères généraux des langues germaniques [microform]Chapitre 45 sur 75 · V. II. A · texte numérisé non relu

V. II. A

( infin.

heiia

bât an

bei:^an « s'appeler »

( prêter.

bit

bèt

bia:;^

Inliri.

halda

bail lia n

baltnii « tenir »

pivlér.

ht'ît

bcahl

biall

l prélt'r.

{j))l(iupa

blàlpdll

km fan « courir »

{h)lnf

birop

liof

( iiiliii.

liila

h'tclan

Iâ:^an « laisser »

( pivtér.

Ict

lèt

lia^

Les prétérits à recloublcmcnt ont ainsi été ramenés au type général des prétérits des verbes Torts. L'unilé générale d'aspect de ces formes que le germanique commun n'avait pu réaliser a été obtenue au cours du développement particulier des dialectes.

La flexion du parfait comportait en indo-européen des désinences spéciales. Au pluriel, tout se passe comme si, en germanique, les anciennes désinences secondaires du prétérit avaient été généralisées; dans la 3'' personne du plur. got. witun « ils savent », ncHinn « ils ont pris )>, où germ. -un repose sur *-;//, cf. avest. -at du type secondaire athématique. V-nde ces formes s'est étendu aux autres personnes du pluriel, d'oii got. wituni « nous savons », nenmm « nous avons pris » et wituf « vous savez », nemuf « vous avez pris ». Le vieux liaut allemand a de même nâinum, nâiniit, nâniiin et le vieil islandais

l42 LE VERBE

nômoni, yiômoâ, nomo. Ainsi à un type où. les désinences s'ajoutaient immédiatement à la racine s'est substitué un type où, au point de vue germanique, il y a une voyelle -//- entre la racine et les désinences -m, -â, -nâ. Le modèle du présent, où il y avait une voyelle avant la désinence, dans le type got. hairam, bairif, hairaud, a été pour beaucoup dans cette innovation.

Au singulier, les choses se présentent autrement. La désinence de i'^*' personne du parfait était *-^ : skr. véda, gr. (w)oiâa « je sais », et celle de 3'" personne -e : skr. véda, gr. (iu)dide « il sait » ; on a de même v. irl. cechan « j'ai chanté », de *kekaua^ et cechain « il a chanté », de ^hhane. En germanique, où les voyelles finales *-rt et *-^ se sont amuies dès avant la fixation des plus anciens textes, on n'a donc partout que des formes sans désinence à la i"" et à la 3"' personnes : got. tuait « je sais, il sait », v. isl. veit, V. angl. wât, v. h. a. zueii. Ce traitement est de grande portée à deux points de vue. C'est, avec l'impératif, le premier cas où les formes germaniques se réduisent à la racine seule, sans aucun élément désinentiel visible. Et c'est aussi le premier où deux formes personnelles différentes se confondent et ne peuvent plus être distinguées par elles-mêmes ; d'autres faits pareils ont eu lieu à des dates diverses dans les dialectes germaniques; mais celui-ci est le seul qui soit commun à tout l'ensemble du groupe. L'ambi-

VEUnE FORT 1^3

^iiïlc de formes telles que got. ttam « j'ai pris » et ce il a pris » est donc un fait hautement significatif.

Il reste à considérer la 2* personne du singulier. La désinence active du parfait indo-européen commençait par une dentale; elle apparaît en sanskrit comme -tbû, en grec comme -tha. Le gotique et le Scandinave Font conservée sous forme -/. Gcrm. -/ est le représentant normal d'un *-//;- indo-européen après une consonne dans des cas tels que got. gaft « tu as donné », faiibl « tu as tiré », îuast « tu as été » ; il y a eu restauration de -/- dans un cas tel que ivaist « tu sais » où, phonétiquement, on aurait *waiss\ et il y a purement et simplement extension analogique, d'après les cas précédents, dans les cas tels que naint « tu as pris » et hart « tu as porté ». En vieil islandais, on a de même vcist « lu sais » (qui tend à être lemplacé par zr/^/, vcî:^.

Comme le montrent les actions analogiques qu'elle a occasionnées, cette forme de 2"^ personne faisait difficulté par suite du fait que la désinence commençait par une consonne. Le germanique occidental a levé la difficulté en recourant, pour cette 2" personne, à une tout autre forme, qui n'appartient pas au système du parfait. Soit, par exemple, le verbe qui est v. angl. ièon, v. sax. tioban, v. h. a. :^iohan « tirer », et dont la 3*persojrme du singulier du prétérit est v. angl, têah, v. sax. tôh, v. h. a. :;ôh, et la 3" du pluriel v. angl. tngon, v. sax. tngnn, v.

l44 IF' VERITE

h. a. T^ugiin; la 2* personne du singulier de ce verbe est: V. angl. tnge, v. sax. tngi, v. h. a. lugi. Il ne s'agit pas d'une forme de parfait; on est devant un reste de l'aoriste thématique du type du grec homérique J'ipon « j'ai laissé » à côté de hîpô « je laisse », }t''i[)on « je laissais )>. Cet aoriste était caractérisé par le degré zéro du vocalisme radical et par le ton sur la voyelle thématique ejo (qu'on compare le participe grec kipùu « laissant », du présent, à lipon, de l'aoriste). Donc une forme telle que v. h. a. Ihui « tu as prêté », à coté de lêh « j'ai prêté, il a prêté », est à rapprocher du gr. homéricjue lipes (où le ton est déplacé). — Le maintien de formes de l'aoriste dans un dialecte germanique montre que le germanique commun avait encore des aoristes. Le germanique commun était plus archaïque de forme que ne le laissent voir même les plus vieux monuments dés langues germaniques, et l'élimination des archaïsmes a eu lieu, dans une large mesure, au cours de l'histoire spéciale^ des dialectes. Dans v. h. a. iôt « il fait, il agit », il y â encore un vieux présent radical athémalique plus archaïque même qu'un présent tel que lat. dut.

Même en germanique occidental, un groupe a conservé la désinence du parfait, avec sa forme germanique -/. Ce sont les parfaits qui n'ont pas pris la valeur de prétérits, et qui, ayant gardé le vieux sens du parfait indo-européen, expriment le résultat acquis d'un procès : le vieux haut allemand a donc weist

VERBE lORt 1^5

<( lu sais », en face du got. ivaist] et de même darft « lu as besoin » , gi-tarst « tu oses » , maht « tu peux » . Une forme de prétérit ne pouvait en effet figurer dans ce que Ton appelle, improprement, les prétéritoprésents et qui se compose essentiellement d'anciens parfaits à valeur de présent ou de formes assimilées à des parfaits.

Ktant donné que l'aoriste thématique s'est maintenu jusqu'en germanique commun, des aoristes athcniatiques ont pu se conserver aussi. Une flexion du pluriel got. bifuni, hitnj>, bit un peut se rattacher aussi bien à Taoriste athématique védique bhét « il a fendu », participe bhidàn, qu'à un ancien parfait sans redoublement. Et un mélange de parfaits et d'aoristes athémaliques au pluriel expliquerait le sens de prétérit pris en règle générale par le parlait en germanique. On ne peut cependant rien affirmer à cet égard.

Le subjonctif du prétérit germanique repose sur le type de l'optatif d'un parfait sans redoublement ou d'un aoriste athématique : les deux formes ne sauraient se distinguer. La caractéristique de l'optatif de tous les thèmes indo-européens du type athémalique était "^-yê- au singulier, *-J- au pluriel ; ce suffixe s'ajoutait à un thème dont le vocalisme prédésinentiel était au degré zéro; le germanique a généralisé -î-^ et l'on a par exemple got. 2* pers. sing. blindas, o* sg. hindi, v. h. a. 2'' pers. sing. buntîs, 3' sg. /'//////, de même que Ton a au pluriel, l'^'pers. got. A. Meillet. 10

l46 LE VERBE

himdeima, v. h. a. buntlm. L'-j- du type athématique s'était aussi maintenu en germanique commun dans les présents athématiques; le vieux haut allemand a encore, du verbe « être », le subjonctif 2*^ sg. sîs, 3" sg. Si, i^*" plur. sîm (sîn), etc.; cf. lat. sîs, sit, sîmus, etc. Un autre présent a conservé ce type de subjonctif (ancien optatif); mais, en raison du sens particulier du verbe, l'optatif y sert d'indicatif : en face de lat. nelts « que tu veuilles », iielit « qu'il veuille », nelîmus « que nous voulions », on trouve got. wileis, wili, wileima, v. h. a. wili (2* 3"pers. sg.; le pluriel a une autre forme en germanique occidental); le sens originel est « tu voudrais, il voudrait, nous voudrions ». L'opposition du subjonctif présent du type got. bindai et du subjonctif prétérit du type got. Z?//;/^/ est donc chose secondaire, qui s'est fixée au cours du développement du germanique; le sentiment de cette opposition était si fort que le subjonctif du verbe « être » est devenu en gotique sijais, sijai, sijahna, etc. Dans les prétérito-présents, qui, comme got. wait « je sais », oiit gardé la flexion du parfait avec un sens de présent, le subjonctif en -l- a subsisté : got. wileis, witi, witeiina, etc., cf. le type skr. vidyat « il peut savoir », vidyi'ih « ils peuvent savoir ».

Le participe passé intransitif ou passif des verbes forts se forme à Faidc du sufllxe indo-européen *-«u-j le suffixe germanique est ^-aiia-, reposant sur

VERBE FORT l f\'^

i.-e. *-ono-. A colé des présents de type ordinaire, représentant un vocalisme radical indo-européen en e, le vocalisme du participe passé est du degré zéro ; donc, en lace de got. b'uidan « lier », v. isl. hindiij v. angl. hindan, v. h. a. bintan, on a got. hundans, v. sax. gi-bwidan, v. h. a. gi-bimlan et v. isl. buudenn, V. angl. biifiden. Le slave a-t';//7 : v. si. nesenîi « porté »; le gotique conserve i.-e. *-eno- à Tétat de trace, dans Tadjectif ////^//w « caché », en face de Tinfinitif ^//;^« « cacher ». — Le degré long du vocalisme radical à rindicatif pluriel et au subjonctif des prétérits tels que got. mnn « il a pris », bar « il a porté », plur. ficmim, bcnui, subjonctif hciiiî, bcri, ne se retrouve pas au participe passé, où le vocalisnie zéro est de rigueur; ainsi got. niwians, baurans; v. h. a. gi?io^ mail, gi-boran; v. angl. niimen, borcn; v. isl. nummn, boreiin.

Les prétérito-présents, qui sont très à part, ont le suflixe indo-européen *-/()-; ainsi à côté de got. iiian « je pense », miuiuin « nous pensons », on a mnuds « pensé » qui répond exactement à skr. inaîâh, lat. ^mcntus. Dans la plupart des cas, ces participes ont été séparés du système verbal et traités en adjectifs ; ainsi, à côté de got. skal « je dois », skaîiim « nous devons », got. shiilds « redevable, coupable ».

Les prétérito-présents, tout en gardant la flexion du parfait, ont reçu le participe présent; on a par exemple got. ivitands « sachant », v. h. a. iui:(^anti.

C'est que l'ancien participe parfait ou bien a disparu, ou bien est sorti du système verbal ; le gotique a, il est vrai, gardé le participe qui répond à gr. (iu)cjd(w)bs « sachant », mais il l'emploie comme substantif: weîtiuo^s « témoin ». Du reste, ce qui a facilité l'extension des participes présents aux prétérito -présents, c'est que certaines de ces formes sont d'anciens présents ou sont contaminées avec d'anciens présents. Ainsi got. aih « je possède » est un ancien présent; cf. skr. tçe « j'ai puissance » ; Va du got. aih ne représente pas Vo d'un parfait, mais un a- initial, préposé à i- comme il arrive souvent dans les anciennes langues indo-européennes, et cet a se maintient par suite au pluriel : got. aigun, v. isl. cigOj V. angl. agon, v. h. a. eigun] c'est peut-être parce que l'on a ici un ancien présent que lé participe passé (devenu adjectif) est en -;/- : v. isl. eigeiui, V. angl. âgen, v. sax. ëgan, v. h. a. eigen « propre ». Donc le participe présent got. aigands « possédant » n'a rien que d'attendu.

Le présent, le prétérit et le participe passé dont l'ensemble constitue un verbe fort appartiennent, on le voit, à trois types qui sont de date indo-européenne. Mais les trois formes ont été mises en rapport les unes avec les autres, et sur l'une des trois, on forme au besoin les autres. Il y a ainsi des prétérits faits secondairement sur des présents. Par exemple, on a vu

VERBE FORT l/|()

comment le présent gotique winua représente im nncien présent ^weincô; sur ce présent, il a été Hiit un prétérit waiin et un participe passé luunnans. Il serait donc vain de vouloir expliquer directement chacune des formes d'un verbe fort donné; beaucoup des formes qu'on rencontre s'expliquent par le système. Ce système, dont l'aspect général est archaïque, se compose en grande partie de formes nouvellement créées. Les divergences de détail qu'on observe entre les dialectes, à la 2* personne du prétérit et dans de nombreux présents, montrent que, si l'ensemble du système existait déjà en germanique commun, le détail ne s'est arrêté qu'après la différenciation des dialectes. Le système du verbe fort était si bien établi, si équilibré, si clair et si conforme à tout le plan général de la langue qu'il s'est maintenu dans toutes les langues germaniques. Même l'anglais moderne a conservé des verbes forts, avec des alternances vocaliques. Sans doute, le groupe ne s'est enrichi de formes nouvelles que par exception, ainsi quand l'allemand a emprunté le lat. scrlbere et en a faitle verbe fort v. h. a. sl'rîban. Sans doute, les verbes qui composent le groupe des verbes forts, tendent à sortir peu h peu de l'usage. Mais une langue comme l'allemand a encore un très grand nombre de verbes forts, avec des alternances vocaliques et même consonantiques très compliquées, comme dans :^iehen, T^og ; siederiy sott ; Icideu, lin ; etc.

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