VIEIL ISLANDAIS
saJhoda
snlbôla
kaUada
salhodcs
salhôlôs
hallaâir
salboda
salbôta
kallacfi
salbodeduiii
salbôluni
htUitduni
salhodednf
saU'ôtut
hiUaâud
salkhkdtDi
sa 1 bot un
haV.adii
Les formes gotiques, jtf/Wf'J////;, etc., sont instructives pour Torigine du prétérit des verbes faibles. De même que, dans lat. amàbam « j'aimais », on croit reconnaître une sorte d'infinitif ^/ /m?- et un auxiliaire significatif « j'étais », soit «j'étais à aimer », dans le type got. salbo-deduni, on croit reconnaître un auxiliaire, à savoir des formes de la racine i.-e. *dh^germ. *dè- ; car le germanique occidental atteste l'existence d'un prétérit à redoublement, dont le thème est *dê-d- : v. h. a. //?////;/ « nous faisions », v. sax.
l5/| LE VEUBE
dàdun. Les formes du singulier telles que got. salhoâa et V. h. a. salhota reposeraient sur des prétérits sans redoublement. Tout s'expliquerait. Un détail de vocalisme vient confirmer celte explication : on a vu que la finale est en -è- à la 2* personne du singulier en gotique, salbodes, et en vieil islandais, kaUaâir, et en -ô-, dans une partie du germanique occidental : V. h. a. salhôtôs, v. sax. salMos (à côté de saWodes)'. or, la racine i.-e. "^dhè-, dont on a des formes en -èdans l'impcralif aoriste arménien di-r « pose » par exemple, fournit un présent en -ô- en germanique occidental : v. angl. dôDij v. sax. dôm, v. h. a. (très ancien) îôm « je fais » ; la concordance est frappante. — Si cette hypothèse, qui semble plausible, répond à la réalité, il faut admetttre que les prétérits faibles dont la caractéristique a une consonne sourde, comme got. wanrbta « j'ai agi », J^mipa « j'ai su », etc., ont reçu cette consonne sourde d'après l'analogie de la forme du participe passé : d'après le modèle de saIbof>s(de*sa]Ma:0,^salboda et de mimds « pensé », munda « j'ai pensé », il était naturel de faire waurhia sur zuaurhtSj et hin{>a sur kunf>s (de '^kun}>a:(). On aurait là un bon exemple de la puissance d'innovation qui caractérise le germanique.
Les divers types de verbes faibles se distinguent par la forme du présent et par l'élément qui se trouve devant la consonne initiale des caractéristiques du
VEIIBES r AI BLES l5j
participe passé et des prétérits. Il y a quatre types dont l'importance est inégale.
Le type le plus important est celui en ^-jan, qui a des origines diverses. On y trouve principalement des verhos dérivés de noms, comme got. arbaidjan « travailler », de arhaifs « travail » ; dauf>jan « tuer », de dauf>s « mort » ; etc., à côté de causalifs, comme got. satjan « faire asseoir », en face de sîtan « être assis » ; dragkjan « faire boire », en face de drighan « boire »; etc. Les causatifs indo-européens avaient le vocalisme o de la racine {a en germanique) ; le ton était sur le sullixe. Dans les causatifs, l'opposition entre le vocalisme du causatif et celui du primitif auquel il s'oppose est un caractère si important de la formation que, en regard des verbes dont le présent a le vocalisme a, comme got. faran « aller (en vélncule) », on a utilisé, pour caractériser le causatif, le degré ô du vocalisme, got. forjan « conduire (en véhicule) »; ce vocalisme est ancien; le sanskrit, par exemple, a pâràyaîi « il fait passer », avec à ; mais le germanique l'a conservé seulement dans les causatifs qui s'opposent à des présents à vocalisme radical germanique a.
Les deux formations, dénominative et causative, sont d'origine ancienne: le dénominatif got. namnjan « nommer » (v. isl. nefna, v. h. a. nemnen), de namo « nom » (gén. sg. naviins, nomin. plur. namna),
l5G LE VERISE
est formé comme gr. ouomahiô (ancien ^otionianyo) de ôiionia « nom »; le causatil" got. -wardjaii (dans fra-tuardjan « faire périr »), à côlé dewairpdn (fniiL'iiirfan « périr ») répond à skr. vartàyait « il fait tourner », à côté de vàrtali « il tourne », et à y. si. vraîilfi « il fait tourner » (de "^ivortUt): la forme got. -îvardjaii montre bien et le vocalisme radical et la place ancienne du ton.
Le .'iufFixe du présent a deux formes en germanique, î bref ou / long, suivant qu'il est précédé d'une syllabe brève unique ou bien soit d'une syllabe longue, soit de deux syllabes; on a donc gof. lagjan « étendre, metlre », y pers. sg. Iw^jip (remplaçant *Iagi'p), et V. b. a. Ii'gi^an^ 3" pers. Itgjt^ mais got. sokjan « cbercber », 3" pers. sg. sokei{> et got. mikiljan « glorifier », .')*' pers. sg. niikih'if> « il glorifie » (de viikils « grand »). Les deux formes à -/- et à -î- sont anciennes toutes deux, et le latin les répartit à peu près de même que le germanique; il a, d'une part, cûpis « tu prends » (i" pers. capiô) qui est le correspondant exact du v. b. a. hevis (got. hafjis a / d'après la i'^ pers. bafjd), et de Tautre sâgîs « tu vas à la trace » (i""** pers. sâgiô)^ qui est le correspondant exact du got. sokeis, et aussi scpelîs « tu ensevelis ». — La seule divergence entre le germanique et le latin porte sur la i'* personne du pluriel qui a en germanique la voyelle thématique : hafjam et sokjain en gotique, tandis que le latin a, sans voyelle ibé-
VERBES TAIULES 167
malique, capimiis et 5âgïmus\ c'est le germanique qui conserve ici l'état de choses ancien, comme on le voit par la comparaison de Talbanais.
A côté des présents causatifs, il y avait en indoeuropéen une forme spéciale des adjectifs en *'io-, avec le vocalisme radical des causatifs et un -/- avant le suffixe, soit sanskrit vartitàh, à côté de vartàyati (le latin a de même monitiis « averti », à côté de moneô « j'avertis », c'est-à-dire « je fais penser ») ; c'est à skr. vartilàh que répond got. -luardifs, et c'est d'après la forme germ. commun *wanîiifa::^ « ([ui a été fait tourner » qu'a été bâti le prétérit, got. -wardida, etc. Sur ce modèle, qui est ancien dans les causatifs, a été fait tout le type des verbes faibles en 'jiui'., on a eu de même got. dau^ida « j'ai tué », sokida K j'ai cherché », etc. Ce système résulte d'un arrangement germanique.
Outre les dénominatifs et les causatifs signalés déjà, les verbes en *-jan comprennent des types de présents oii un suffixe '^-yelo- a été ajouté directement à la racine, comme got. hidjan « cacher » (à côté du verhe radical v. h. a. helan « cacher ») ou sokjan « chercher » (cf. lai. sâgiô « je suis à la trace »). Le tout a été confondu par le germanique en un type unique.
La phi part des verbes en ""-jan se sont conformés aux types de lagjan et de "wardjan ; toutefois quelques anciens verbes radicaux ont gardé un prétérit de
l58 LE VERBE
type fort; ainsi, en face de hafja « je lève ))j le gotique a au prétérit hof et au participe hafans. D'autre part, tous les verbes n'ont pas reçu le -/-; en face du présent got. fagkja « je pense », qui répond à V. lat. tongeô « je pense », on a au prétérit ^^ite et au participe f>âhts] et, en face du got. f>ugkjan « sembler », on a au prétérit f>ahta, et au participe -f>iibls. C'est une forme faite comme got. f>cihta, à savoir hrâhta, qui sert de prétérit à got. briggan « apporter ».
Le type des verbes faibles en *-ôn est parallèle au type latin en -cl-, celui de aiiuire « aimer ». Il se compose essentiellement de verbes dérivés de noms, comme got. fiskon, v. h. di. fiscôn « peclier », de got. fishs, V. 11. a. fisc « poisson ». Le participe passé et le prétérit, gol. fish^s, fiskoda sont formés comme le sont amàtus et amâiù dans le type latin correspondant. La flexion germanique du type en *-ôn est exactement parallèle à celle du type latin en -ârc) got. salbo, salboSj etc. se comporte comme lat. amô, amas, etc.
Le type en *-<?w est plus obscur. Il répond souvent à ceux des verbes latins en -ère qui, comme tacère. « être silencieux », expriment un état; et en effet v. h. a. dagën répond exactement à latin taccre. Mais c'est presque uniquement en vieux haut allemand que ce type en -ë- est net, et qu'on a la flexion dagêm, dagès, dagcl, etc., avec dagëta au prétérit. Sauf à la i""* per-
VERBES FAIBLES I Sq
sonne du singulier, la flexion allemande répond exactement à celle du type lat. de lacère, et v. h. a. dagès est le correspondant parfait de lat. tacès, par exemple. Dans toutes les autres langues germaniques, le type olîrc des obscurités. Par exemple, en face de V. h. a. babëfii «j'ai », verbe d'état, exprimant Tétat de quelqu'un qui « lient pris », et qui est de la même racine que got. bafjan, v. isl. hefjUj v. b. a. hi'jfûn « lever », cf. lat. capiô « je prends », la flexion gotique est baba « j'ai », babais, babaif, avec des formes en -ai- partout où le type en -jan a des formes en -/- ou -î~, par conséquent got. babais « lu as », tout comme on abafjis « lu prends » (remplaçant *bajis) et soJccis « tu chercbes » ; l'infinitif est baban et le prétérit babaida. En vieux saxon, il y a en partie des formes à suflixe germanique -ja- : infinitif/v/?/'/^/;/^ présent bcbbia, à côté de 2" pers. sg. babcs, cl de même en vieil anglais infin. babban « avoir », Impers, sg. baebbc « j'ai », à côté de bafas(t) « tu as. En vieil islandais, ces diverses formes sont propres à certains verbes; la i" personne du singulier du présent de bafa « avoir » est befe « j'ai ». Le type en 'è- a donc des formes très diverses en germanique suivant les dialectes.
Le type en *-nan, qui indique le commencement de l'action, ne s'est pas non plus développé dans tout l'ensemble du germanique. Il est biea repré-
iGo LE VERIiF-
sente en golique, ainsi ga-iuahian « s'éveiller », fullnan « s'emplir » (de fulls « plein ») et en vieil islandais, ainsi vakna « s'éveiller ». En gotique, la flexion est la même que dans le type fort bindaUj soit ga-iuakna, ga-waknis, etc.; mais le prétérit a -o-, comme dans le type salhon, soit ga-waknoda « je me suis éveillé ». En vieil islandais, la flexion est tout entière celle du type en -ô- : vakna, vahiar, comme kalla « j'appeUe », kallar. En germanique occidental, tout ce type en -«- n'existe qu'à l'état de traces.
La catégorie générale des verbes faibles avec son participe passé et son prétérit à dentale était donc constituée en germanique commun. Mais les types particuliers n'étaient pas encore fixés et ne se sont arrêtés que dans le développement propre des dialectes. Les divers types n'ont du reste pas gardé de distinctions nettes dans le développement ultérieur des dialectes. Les caractéristiques de chaque type ont été obscurcies par l'altération générale des voyelles inaccentuées. Et les langues germaniques modernes opposent simplement un type de verbes faibles à ce qui subsiste des verbes forts.
D. Flexion tersonnelle.
La flexion personnelle était très compliquée en indo-européen. Le germanique commun a gardé des
VERIJES FAIBLES l6l
complications; mais, de bonne heure, tout tend à se simplifier.
La double série des désinences actives et moyennes dont le gotique a encore des restes importants au présent, s'est simplifiée en germanique occidental et en nordique par élimination de toute la série moyenne.
L'opposition du présent et de l'imparfait, au moyen des désinences dites primaires et secondaires, disparait. Le thème dit de présent n'a plus qu'une seule flexion qui sert à exprimer le présent et aussi le futur. Le contraste de védique hhàranii, gr. phérù « je porto », et de védique bhàram, grec homérique pbéivii « je portais » ne subsiste plus en germanique, pas même à l'état de traces.
Le prétérit conserve un mélange de désinences indo-européennes de parfaits et d'aoristes, comme on l'a vu p. i/'u et suiv.
Il y a donc deux flexions. Tune de présent, l'autre de prétérit. Mais, cette difTérence de flexion s'ajoute à la dilTérence des thèmes; elle ne se sullit pas à elle-même, comme elle faisait en indo-européen.
D'ailleurs l'altération des finales a diminué Fimporlance des désinences, et la langue a été conduite à réagir en amplifiant les désinences. D'autre part, il a tendu à se produire des confusions étendues de formes personnelles. Ainsi la flexion personnelle se trouble et tend à disparaître.
A. Meillet. II
i(J2 . lE Verbe
Abstraction faite du duel, qui ne s'est maintenu qu'en gotique (à la i'*' et à la i'^ personnes, non à la S'') et en norrois runiquc, les finales de présents sont les suivantes pour le verbe fort %lnàan « lier » , qui donne une idée suffisante de toute la flexion du présent :
GOTIQUE V. ISL. Y. A..NGL. V. SAXOS V. U, Afl-KM.
hhida bind hlnde hindu biulu
lundis ) 1- 1 bindesif) b'indis bintis
bindi^ ^ ^'^ ^ binded bind'uî bintit
b'uidam bindom \ \ binîamès
bindif binded > bind ad > bindad bintet (liinlaf)
bindand binda ) ) bintant
La finale de got. binda « je lie », v. sax. bindu, etc. rc[)résonlc phonétiquement le -ô indo européen du type grec pl^érô (v. ci-dessus, p. 87).
La finale -is (en germanique occidental), *-/;( (d'où -r) en Scandinave répond au type sanskrit en -asi de bhàrasi, i.-e. "^-esi. La différence entre *-/;( et *-/^ ne saurait être expliquée, parce que l'on ne connaît pas le principe de la répartition de j^ et :( en pareille position.
La firxale *-idJ*-ij> de 3'' personne du singulier répond à skr. -atij vieux russe -elî, i.-e. *-eli; elle est conservée en gotique (où l'ancien -id a passé phonétiquement à -/^^ mais subsiste parfois devant voyelle : gibid inuna « il lui donne »), en norrois