PEBTE DU SENTIMENT DE LA RACINE I
ment des formes nominales à côte des verbes forts. Elles sont devenues verbales, tandis que, en indoeuropéen, elles fournissaient également des noms et des verbes.
L'ancien suiïixe des noms d'agents, *-ter-, qui fournit au grec les types dôtôr et liotér « donateur », au latin le type daior, n'est plus représenté en germanique.
Le suiïixe *-îei-, qui fournissait des abstraits et qui, sous la forme -si-, est demeuré productif en grec par exemple, subsiste en germanique dans des cas nombreux. Il n'est pas douteux qu'il était encore clair en germanique commun ; aussi le lien avec les formes verbales a-t-il continué d'être senti; et, surtout en gotique, le préverbe qui sert à indiquer que le verbe exprime une action acbevée figure dans les représentants de cette formation. Mais les circonstances phonétiques ont donné au suffixe des aspects divers; il a perdu toute unité, et, par suite, il a cessé d'être productif à date historique. D'ailleurs la chute de -i- des syllabes finales le réduisait à une consonne au nominatif et à Taccusatif. De la racine i.-e. *w^«- « penser » (représentée par got. man « il pense », etc.), on avait i.-e. *mn-teî- « pensée » (skr. maîîh « pensée », lat. rnens de * menti s, etc.); on a got. ga-munds « souvenir », v. angl. ge-mynd, v. h. a. gi-miint. Mais après s^f, x, on a -t-\ ainsi, en face de got. gihan « donner » (fra-giban « remettre »): got.
198 LES ÉLÉMENTS IXDO-EUROPÉENS CONSEUVÉS
fra-gifts « remise », v. h, a. gift « don »; en face de got. siuks « malade », v. h. a. sioh : v. h. a. suht « maladie » ; en face de got. mag « il peut » : mahts « puissance » ; en face de got. lais « il sait », laisjan « enseigner » (y. h. a. lèran): /îV/5 « habileté, ruse » ; etc. Toute largement représentée qu'elle soit et toute productive qu'elle ait été jusqu'en germanique commun, la formation ancienne en *-tei- a changé de caractère, et les mots qu'elle comporte se sont isolés peu à peu. On ne sent plus en allemand moderne le rapport entre le substantif :^ucht et le verbe 2;iehen par exemple.
D'autre part, bien des noms qui se rattachaient directement à une racine apparaissent isolés en germanique, parce que les formes verbales de la racine sont sorties d'usage. Soit le nom neutre got. liuhap « lumière », v. angl. Uoht, v. h. a. lioht\ c'est un ancien '^leiikoto-, d'une racine *leuk- représentée par lat. îûceô « je brille » et par skr. rôcate « il brille » ; mais le germanique — pas plus d'ailleurs que la plupart des langues indo-européennes — n'a conservé de formes verbales de cette racine.
Des mots, originairement de mêrrie racine, se sont séparés parce que les sens ont divergé ; on ne voit plus comment got. liufs « cher », v. isl. liûfr, v. h. a. liob (cf. V. si. Ijubû « cher ») est apparenté à v. isl. lof « louange », v. h. a. lob (d'où v. isl. lofa « louer »,