‹ Caractères généraux des langues germaniques [microform]Chapitre 68 sur 75 · LES ANCIENS EMPRUNTS · texte numérisé non relu

LES ANCIENS EMPRUNTS

gr. baitè, qui désigne un vêtement de berger, et qui en grec semble être d'origine étrangère.

Le nom du « chanvre », v. isl. hanpr, v. angl. haenep, v. h. a. hanaf, est manifestement à rapprocher du gr. kànnahis qui désigne la même plante; et ce mot n'est pas indo-européen; sa forme même le dénonce comme un mot étranger.

Le nombre des cas de ce genre est restreint. Les autres emprunts qu'on peut reconnaître ont été faits par le germanique à des langues indo-européennes voisines, en des temps et en des circonstances qu'on peut au moins entrevoir.

Quand, du v* au m" siècle av. J.-C, les Gaulois ont fondé leur empire dont la durée a été si courte, ils ont eu une civilisation brillante, qui a exercé sur leurs voisins une influence. C'est sans doute à celte période que remontent les emprunts du germanique au gaulois.

On sait que les Gaulois ont beaucoup développé la métallurgie du fer. Il n'est donc pas surprenant que le nom germanique du « fer », got. eisarn, v. isl. îsarn, v. angl. ïsern, v. h. a. îsarn, soit d'origine celtique ; la forme celtique est gaulois isanw-, conservé dans Isarno-dori « portes de fer », irl. iarn, gallois haiarn.

Le mot indo-européen qui signifie « roi » n'es, conservé qu'en sanskrit et en italo-ccllique : sktr

EMPULMTS AU CELTIQUE aOQ

râj-, lat. rèx (régis), v. irl. n(gén. rig); il avait un ^^ dont le celtique a fait un i : gaulois rig- (de Dum~ norig-, etc.). Le germanique a emprunté le mot, avec Vt celtique, avant la mutation consonanlique : got. reiks « chef, puissant », v. isl. rïkr, et le dérivé V. angl. rïce, v. sax. riki, v. h. a. rîhhi (même sens). — Les mots proprement germaniques qui signifient « roi » sont des dérivés secondaires faits avec des éléments germaniques : got. j>iudans « roi » est dérivé de ^iuda « nation », comme lat. dominus « chef de maison, maître » est dérivé de domus <( maison »; et v. isl. konungr « roi », d'une pari, V. angl cynin^, v. sax. ciming, v. h. a. kuning, de ^ l'autre, sont des dérivés du nom de la « tribu », got. hmi, etc.

Le mot gaulois amhactos « serviteur » a été aussi emprunté : v. angl. ainbeht, v. h. a. ambaht; le vieil islandais n'a que le féminin ambâtt « servante » ; le gotique a germanisé le mot, par une étymologie populaire, en y introduisant le préverbe and-, d'où andbahîs. Le mot a eu en allemand une grande fortune, puisque le dérivé v. h. a. andbahti « service » est devenu le terme bien connu amt.

Ceci posé, il n'est pas douteux que de nombreux termes de civilisation communs au germanique et au celtique sont en germanique des emprunts. Ainsi le nom du « médecin », got. hkeis, v. angl. làece, V. h. a. lâhhi, est un emprunt à un gaulois *îègyo- A. Meillet. ' lA

2 10 LES ANCIEMS EMPRUNTS

(où è représente une ancienne diphtongue); l'irlandais a conservé llaig « médecin ».

L'empire romain, qui s'étendait jusqu'au Riiin et au Danube, était en contact avec des populations de langue germanique sur une longue frontière. Durant toute l'époque impériale, des marchands romains ont trafiqué chez les Germains, et des Germains ont servi dans les légions romaines. L'influence de la civilisation romaine sur la Germanie a été très grande. Puis est venu le christianisme, qui a été répandu surtout par des missionnaires dont le latin était la langue savante. Ainsi beaucoup de mots latins ont passé au germanique.

L'unité germanique était brisée aux dates où ont eu lieu ces emprunts ; mais les langues germaniques étaient encore très semblables les unes aux autres, et, en passant d'un dialecte à l'autre, les mots s'adaptaient, parce que les sujets parlants avaient le sens des transpositions à faire pour adapter la forme à chaque dialecte. La date récente de ces emprunts se marque par ceci que, à la différence des emprunts au celtique, ils sont postérieurs à la mutation consonantique du germanique commun (et antérieurs aux mutations particulières du vieux haut allemand). Mais ils ont été entièrement germanisés et ont reçu l'accent d'intensité initial. Quelques exemples donneront une idée des procédés employés.

Page 1