‹ Caractères généraux des langues germaniques [microform]Chapitre 70 sur 75 · LES A>CIE>S EMPRUNTS · texte numérisé non relu

LES A>CIE>S EMPRUNTS

relativement basse, où le germanique ne transformait plus à en ô, et où il s'était de nouveau donné un à : la correspondance got. a (c'est-à-dire ici â) = v. h. a. â, en syllabe non intense, suffît à indiquer le caractère récent de l'emprunt de -àriiis.

L'influence de l'Eglise de Rome se manifeste parfois par l'emprunt de manières de s'exprimer : le composé got. arma-hairts, v. h. a. arm-herx, « miséricordieux » est un calque évident du composé la t. miseri-cors et atteste à sa manière l'intensité de l'influence romaine. Mais ce calque montre qu'on s'est efforcé de trouver pour les termes chrétiens des équivalents germaniques. Par exemple pour « jeûner », on a pris le terme got. fastan, v. isl. fasta, v. angl. fœstan, c'est-à-dire littéralement « tenir ferme » une observance; c'est un vieux terme païen, qui a été conservé, sans doute avec une adaptation chrétienne.

Il y a eu aussi des missionnaires de l'Eglise d'Orient, mais leur influence sur le vocabulaire ne se manifeste qu'en germanique occidental, où l'on trouve plusieurs mots chrétiens venus du grec : v. angl. ciricej v. sax. kirika, v. h. a. kiricha « église » est un mot grec, kuriaké (kûriké) .En gotique, aikklesjo est une transcription savante du grec ekkiêsiâ de la langue écrite.

Toutes ces influences étrangères ont donné aux

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anciennes langues germaniques un bon nombre de termes de civilisation. Mais, dans l'ensemble, le vocabulaire de ces langues se compose avant tout d'éléments indo-européens conservés ou transformés. Ce n'est que dans des périodes plus avancées de leur développement que certaines langues se sont pénétrées d'éléments étrangers. L'anglais en particulier est devenu, sous l'influence de la noblesse normande, de l'église et de la science médiévale, une langue toute pleine de latin et de français, si bien que le -vocabulaire de l'anglais moderne est à demi latin et roman.

Sans subir une influence latine et romane aussi étendue, toutes les autres langues germaniques ont reçu beaucoup de mots latins : le vieux haut allemand a même pris le lat. scribere « écrire », dont il a fait le verbe fort skrlhan (il n'y a pas de mots germaniques communs signifiant « lire » et « écrire ») ; et le nombre des mots latins et romans s'y est accru jusqu'à la lin du xix' siècle.

Surtout, sous l'action du latin qui était la langue savante commune du moyen âge dans tout l'Occident, les mots des langues germaniques se sont emplis des valeurs des mots latins correspondants ; d'autres mots ont été calqués sur des mots latins ; ainsi v. h. a. gi-wi:(^anî « conscience » (ail. mod. geivissetï} a été fait sur le lat. con-scientia. Là même où il est constitué avec des éléments linguistiques indigènes,

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le vocc'tbulaire des langues germaniques est encore tout pénétré de Faction du latin. Malgré les apparen-" ces, il y a ainsi très loin du vocabulaire germanique commun à ceux des langues germaniques modernes

L'apparence, très germanique, de l'allemand moderne est trompeuse. Les emplois des mots sont en grande partie des transpositions de l'emploi des mots latins médiévaux ou français modernes correspondants. Beaucoup de formations sont de simples calques. Avec des éléments germaniques, des mots comme Eindruck, Ausdruck ne sont rien autre chose que fr. impression, expression, qui eux-mêmes sont les mots latins impressiô, expressiô légèrement adaptés. Les mots allemands sont ainsi, dans une large mesure, des mots latins ou romans pourvus d'un masque germanique. Comme la France, l'Allemagne a pris part à la renaissance carolingienne; avec toute l'Europe occidentale, elle a eu pour langue savante le latin jusque très avant dans la période moderne. La ruine de l'empire romain a entraîné une grande baisse de la culture, et, en même temps, un rafraîchissement dû au contact avec ce qui restait des civilisations propres de l'Europe centrale et septentrionale. Mais la civilisation de l'Europe occidentale a continué celle de l'empire romain. En tant que langue de civilisalion, l'allemand est donc, en une large mesure, une langue latine transposée dans le système linguistique

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