CHAPITRE IV LA COMPOSITION
L'indo européen employait, en une large mesure, des groupes de deux thèmes, le premier sans flexion, le second fléchi, rapprochés de manière à former des noms uns. Le latin a ainsi des composés tels que in-iustiis, bi-peSj agri-cola, etc. Ces composés avaient des formes définies qui les caractérisaient; ainsi dans lat. ex-torris en face de terra, on observe à la- fois un suffixe qui indique l'adjectif et une alternance vocalique : o en face de Ve du simple.
Comme ce procédé servait surtout à la langue savante, le germanique, où Fancienne civilisation indo-européenne ne se reflète presque plus dès le début de la période historique, en a conservé peu de chose. Le type dit « possessif », de lat. in-ops « qui n'a pas de ressource », quadni-pes « qui a quatre pieds », prae-ceps « qui a la tête en avant », n'y est qu'à peine représenté. Le type à premier terme verbal, tel que gr. phugo-ptâlemos « qui fuit la guerre », n'y existe pcs.
PREMIERS TERMES ALTÉRÉS llj
Du reste les changements intervenus dans la structure de la langue les obscurcissaient beaucoup. Ainsi, suivant une règle générale de l'indo-européen, l'élément final du premier terme de composé avait le vocalisme radical zéro. Donc, en face de la négation *ney qui est clairement conservée dans got. ni, ail. ni-wiht (littéralement « pas une chose », d'où ail. mod. nicht), la forme du premier terme de composé était */i-, qui aboutit en grec à a-, en germanique h un-. Au point de vue germanique, un- n'a plus de rapport sensible avec ni. Il résulte de là que, si le gotique a, d'une part, 7îi kann « il ne connaît pas », et, de l'autre, un-kunfs « inconnu », les deux types n'ont plus rien de commun. Dans les langues germaniques modernes, un- n'est plus un mot formant un premier terme de composé; c'est un préfixe qui transforme en un sens négatif un sens positif; on s'en sert pour opposer ail. un-richtig à richtig, elc.
In ancien premier Icrino de composé comme germ. ga-, équivalant pour le sens àlat. ciim, peut ne subsister qu'en composition, et, dès lors, perd toute individualité. Dans un mot comme aW.gebirg, ge- est un préfixe qui indique un ensemble, en face de berg; il n'y a plus composition. Et, dans un mot comme ail. gleich ou angl. alike, on ne soupçonne même plus l'ancien composé *ga-lika- « dont le corps est semblable ».
2l8 LA COMPOSITION
La composition de type indo-européen a donc cessé de jouer un rôle en germanique : dans la mesure oh il en subsiste des restes, la langue n'y reconnaît plus de vrais composés.
Les composés qu'on trouve en grand nombre dans les langues germaniques à date historique, et notamment en allemand, sont d'un type nouveau et résultent de la structure nouvelle de la langue. Tandis que la phrase indo-européenne se composait de mots autonomes hbrement disposés, la phrase germanique se compose, dès le moyen âge, de groupes de mots rangés en un ordre fixe. L'unité de groupe se marque en anglais de manière frappante par le fait qu'un groupe tel que ail good old men porte, tout entier, la marque de dépendance s dans un groupe tel que aîl good old men s works. En allemand die junge fraii .forme un groupe lié, et où rien ne saurait être déplacé — Or, d'autre part, le degré d'autonomie des mots dans la phrase germanique est marqué par l'intensité relative de l'accent : les éléments subordonnés à d'autres s'accentuent avec moins de force. — Des mots groupés d'une manière fixe et accentués avec une intensité différente se prêtent à exprimer une notion une : dans le groupe ail. eine junge Frau, il y a deux notions distinctes. En rapprochant jung de Frau, comme la langue tend naturellement à le faire en vertu de sa structure phonétique et morphologique, on obtient un mot v. h. a. iunkfrouua (dont