B. PARALYSIES GÉNÉRALES ASSOCIÉES
Dans un cas, c’étaient des lésions syphilitiques intra-craniennes, associées à celles de la paralysie générale, dont voici le résumé:
Homme de 47 ans, employé de commerce, entré à la clinique le 2 avril 1890, mort le 4 avril 1891.11 avait eu la syphilis. Il présentait des accidents cérébraux semblant impliquer le développement de la paralysie générale. Idées de grandeur multiples, mobiles, incohérentes, actes désordonnés et violents. Il se déclarâit l’envoyé de Dieu, devait rendre Strasbourg à la France, se disait un merveilleux poète, etc., etc.
De plus, il présentait du ptosis avec strabisme du côté gauche, datant du début de sa maladie.
Il fut considéré comme atteint de pseudo-paralysie générale.
Or, 1 autopsie montra des lésions syphilitiques de la base du crâne, mais il y avait en plus des lésions appareilles au
M. KLIPPEL.
microscope seulement, et disséminées dans toute l’écorce corticale, n’ayant aucun caractère spécifique et telles que nous les avons trouvées chez nos paralytiques 'généraux les plus classiques.
On trouvait comme lésions syphilitiques des artérites de la base sous forme de masses gommeuses au niveau des carotides et de l’hexagone de Willis, masses composées de cellules rondes et n’ayant pas subi la dégénérescence calcaire. Il y avait de plus, au centre de la protubérance, une lésion en foyer, de même nature. On ne constatait pas d’épaississement des méninges, pas d’adhérence, pas d’érosion après enlèvement de ces membranes. D’un autre côté, au microscope, on trouvait au complet des lésions, des vaisseaux corticaux, des cellules cérébrales et des tubes nerveux dont nous regardons l’ensemble comme la caractéristique de la paralysie générale.
En un mot, les lésions syphilitiques, et reconnues telles, rencontrées dans le crâne, n’étaient pas isolées, et ne pouvaient s’appliquer qu’à certains symptômes présentés par le malade, le strabisme par exemple.
Les lésions diffuses et non spécifiques, au sens histologique, étaient en rapport avec les troubles psychiques.
Un tel malade ne pouvait donc être considéré comme un pseudo-paralytique général par la raison seule qu’il avait des lésions de syphilis intra-craniennes. La syphilis si manifeste avait causé ici deux ordres de lésions : des lésions spécifiques ou gommeuses, des lésions dégénératives, celles du groupe précédent non liées aux premières, mais évoluant sous l’empire de la même cause, et parallèlement.
L’exemple de ce malade, et nous en pourrions citer d’autres de même nature, nous montre qu’il existe un groupe de paralysie générale pour lequel nous proposons le nom de paralysies générales associées ou compliquées.
Il est inutile d’insister pour montrer en quoi un tel malade diffère d’un pseudo-paralytique syphilitique ; dans ce dernier cas, des lésions rencontrées à l’autopsie seraient purement spécifiques avec leur conséquence et leur retentissement, et en tout cas on ne retrouverait pas au complet les lésions de la pa-
CARACTÈRES DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE
ralysie générale vraie. D’ailleurs, cliniquement, la marche serait différente sous quelque rapport, ainsi que l’ont si bien établi M. le professeur Fournier et ses élèves.
Étant donné la coïncidence de la’double lésion spécifique et dégénérative diffuse, on conçoit fort bien que la syphilis puisse produire la paralysie générale isolément sans causer de lésions spécifiques, soit intra-craniennes, soit dans d’autres organes.
Mais ici les deux lésions sont présentes simultanément, et nous disons qu’il y a paralysie générale associée ou compliquée.
S’il n’existait que des lésions spécifiques avec leurs conséquences, il s’agirait de pseudo-paralysie générale.
Si enfin les lésions communes existaient seules, nous eussions rangé notre malade dans notre premier groupe.
De même, la phtisie pulmonaire, maladie rare chez les paralytiques généraux, et à laquelle ils ne paraissent pas prédisposés secondairement, comme aux infections à streptocoque, ou à pneumocoque, mais qui, ainsi que nous avons essayé de le démontrer1, serait à l’étiologie d’un certain nombre de paralysies générales, peut, dans des cas rares, il est vrai, rentrer dans le même groupe.
La tuberculose, en effet, dans des conditions toutes particulières et peu communes, serait susceptible de développer la maladie. Quant aux autres analogies avec la syphilis, elles sont frappantes : l’on sait en effet qu’une méningite tuberculeuse chronique de l’adulte peut simuler jusqu’à un certain point la paralysie générale.
D’autre part, et pour compléter l’analogie, nous avons pu observer un cas de tubercules des méninges, associés aux lésions de la paralysie générale dont le tableau cliriiq ue fut naturellement complet, et ne laissa pas soupçonner les tubercules, recherchés et rencontrés au microscope seulement, les lésions pulmonaires tibro-tuberculeuses et anciennes donnant l’idée de cette recherche.
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M. KLIPPEL.
Ce dernier cas est donc un exemple de paralysie générale associée. Et de cet ensemble on peut conclure que, comme la syphilis, la tuberculose peut donner lieu à trois variétés d’affections cérébrales :
1° La tuberculose méningée chronique sous l’aspect de pseudo-paralysie générale tuberculeuse;
2° La tuberculose méningée associée aux lésions de la paralysie générale ;
3° La paralysie générale vraie, indépendante de toute lésion tuberculeuse intra-cranienne ,
Il est encore une variété d’association qui n’est pas une exception comme la précédente.
Plusieurs fois, nous avons rencontré, dans les autopsies, de l’athérome cérébral chez des paralytiques généraux. Il s’agissait généralement de malades qui étaient sur l’âge limite habituel de cette affection, mais chez lesquels on n’avait pas son^é à la démence sénile à cause de la netteté des symptômes et, d’ailleurs, de la présence de méningite avec érosions typiques levant tous les doutes à l’autopsie. D’autres fois, on pouvait croire à la démence sénile, un peu précoce, il est vrai .
Il s’agissait bien là encore de formes associées de paralysie générale, et nullement de démence sénile vraie, qui pourrait être considérée, elle, comme une forme de pseudo-paralysie générale arthritique, ün trouvait en effet encore ici, à côté de lésions communes du premier groupe, une lésion associée, spécifique, arthritique, si l’on veut, l’athérome cérébral et non plus la gomme ou le tubercule, comme dans les cas précédents.
On comprend, d’après ce qui précède, comment et pourquoi il faut, à côté des pseudo-paralysies générales de quelque origine qu’elles soient, et à côté de la paralysie générale typique, faire, en raison des constatations histologiques, une place aux paralysies générales associées ou compliquées et comment, à notre sens, ce serait un tort de formuler un diagnostic sur la seule constatation de lésions spécifiques telles que des gommes syphilitiques par exemple.
Cette manière de classifier et de voir nous semble d’ail-
CARACTÈRES DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE
leurs en rapport logique avec ce fait, aujourd’hui incontestable, à savoir : que la syphilis est, à l’origine de la paralysie générale, comme à celle du tabes, sans la moindre lésion spécifique permettant de révéler sa nature au microscope.
Dans la paralysie générale associée, on trouve, en effet, en plus, la gomme ou la scléro-gomme qui témoigne de la nature bien probable des lésions communes.
En d’autres termes, le fait de rencontrer chez certains paralytiques généraux des lésions autres que celles qui caractérisent nettement leur affection, et cela à côté des adultérations caractéristiques du cerveau, ne nous parait pas sans comporter un enseignement d’étiologie.
Si la gomme et le tubercule, si l’athérome, ne peuvent à eux seuls expliquer les lésions corticales et leur diffusion, ne sont-ils pas là pour impliquer que la syphilis, la tuberculose et l’arthritisme sont susceptibles de produire et de développer la maladie qui nous occupe, à côté de leurs lésions particulières? Nous pensons avoir montré qu'il en est ainsi et, de fait, qu’en leur absence dans le crâne on peut les incriminer, soit par leur présence dans d’autres organes, soit par l’enquête étiologique montrant que le malade a eu la syphilis, ou a présenté des accidents arthritiques dans ses antécédents.