Cf. F. Gonzaga, De origine seraphic. Religion., p
J'ignore comment cette représentation était devenue la caractéristique des Monts-de-piété en Italie. Serait-ce à cause du souvenir des (çrandes aumônes du saint pape qui avait dit: A^on pavisti ' Occidisti. J'imagine que les établissements drstinés à fournir des prHs aux pauvres avaient été mis sous la prutcction de ce grand cœur.
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en effet, que les inquiétudes ou les souffrances des chrétiens en plus d'une contrée (Bohême et pays slaves du midi, Hongrie, France, Angleterre, etc.) attirèrent plus particulièrement la piété populaire sur les circonstances douloureuses de l'Évangile. Les images de la très-sainto Vierge au Calvaire, et de la Passion indiquée dans ses plus menus détails, occupèrent souvent alors les retables d'autel à peu près comme on les retrouve ici.
Saint Guégoire revêtu de la chasuble est agenouillé sur le marchepied de l'autel entre un diacre et un sousdiacre qui portent cliacun une torche. Le calice est au milieu sur un corporal étendu; le livre est ouvert du côté de l'évangile, et vers l'angle opposé se voit la tiare du saint pape. Il est donc facile d'apercevoir que l'on a voulu représenter une messe pontificale, et que le moment est postérieur à la consécration. Quant au retable, Notre-Scigneur y est à mi-corps dans le tombeau ; la croix est plantée derrière lui, accostée de l'éponge et de la lance. Les accessoires rappellent diverses circonstances de la Passion : la lanterne qui remémore le jardin des Olives, oii Jésus-Christ fut abordé par les gens de la synagogue (Joann. xvni, 3) qui venaient s'emparer de lui; le coq, souvenir du renoncement de saint Pierre; la bourse, pour indiquer la trahison de Judas; la colonne, avec des verges et un fouet, instruments de la flagellation; l'aiguière avec le bassin, c'est-à-dire la condescendance inique de Pilate aux fureurs des juifs. Le marteau et les trois clous marquent le crucifiement, et les dés remettent en mémoire la tunique de Notre-Seigneur tirée au sort par les bourreaux (Joann. xix, 23-2/i). Ailleurs on voit le baiser de Judas, les trente deniers qui payèrent le traître, la servante qui interpella saint Pierre dans la cour du grand prêtre; le soldat, ou le serviteur de Caïphc, qui crache au visage du Fils de Dieu ; la Véronique (sainte face), la couronne d'épines, etc *
Cherchons maintenant la pensée qui avait pu inspirer tout cet ensemble, y compris saint Grégoire le Grand. Diverses solutions se présentent, entre lesquelles je laisse le choix au lecteur, faute d'un' fait bien déterminé qui puisse être pris comme décisif. A partir des doctrines
antisacramentaires qui furent répandues par bien des réformateurs du xvi* siècle, et même auparavant (comme proclamation du dogme de l'eucharistie) pour réveiller la foi des fidèles, on pourrait penser que c'est un souvenir du texte où saint Grégoire exprime ce qu'il y a de différence dans le résultat de la Consécration entre le témoignage des sens et l'enseignement divin* sur ce mystère de foi (comme parle la liturgie, après le Nouveau Testament). QuQ si l'on veut y voir la trace de quelque fait plus ou moins authentique rapporté par les biographes du saint pape, plus d'une interprétation se rencontre sans qu'aucune d'elles présente des titres définitifs pour faire exclure les autres.
Des incunables et divers livres d'heures manuscrits adjoignent à cette peinture certaines prières eu l'honneur de la Passion, intitulées Oraliones sancli Gregorii^. D'énormes indulgences, dont je ne garantis pas l'origine, sont mentionnées à la suite comme fruit de cette récitation ; elle pouvaient avoir fait la fortune de l'image et des prières qui l'accompagnaient.
Plusieurs historiens de saint Grégoire racontent que le saint ayant rencontré une femme qui ne croyait pas à la présence réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, obtint un miracle public pour la convaincre et ranimer la foi du peuple. L'hostie consacrée se montra sur le corporal en forme de chair visible pour tous les assistants*. On pourrait aussi avoir eu en vue le prodige qu'il opéra également sur l'autel pour des ambassadeurs qui désiraient des reliques de saint Pierre et de saint Paul. Afin de ne point toucher aux corps des princes des apôtres, il se contenta de leur donner une étoffe (brandeum) qui avait été posée sur leur sépulcre selon l'usage romain. Les envoyés témoignant faire peu de cas d'un tel don, et disant que pour des étoffes il n'en manquait pas chez eux, Grégoire célébra la messe en leur présence; puis s'étant mis en prière, il perça d'un couteau le brandeum d'où le sang coula immédiatement'.
Je ne sais si l'on n'aurait pas prétendu dans l'origine rappeler ainsi la grande part que saint Grégoire est censé avoir prise à la rédaction de la liturgie, du missel
1. D'anciens livres de prières attribuent à saint Grt'goire sept oraisons en l'iionneur de la Passion de J&us-Christ, sur lesquelles je reviendrai tout à l'heure.
i. Les paroles du saint docteur ont passé dans le texte du Droit Canon [De cimsecr., dist. II, cap. Quid sit) : « Magnum et pavenduni est hoc mysteriuui; quia aliud videtur, etaliud intelligitur. »
Aussi quelques vieux missels placent-ils la Messe de saint Grégoire (l'estampe) près du Canon, pour faire mieux entendre l'enseignement de l'Kglise sur la transsubstantiation sacramentelle.
Des statuts synodaux du moyen âge (ap. Martènc, Thésaurus nocus, t. IV, p. 710), expliquant les cérémonies de la messe, emploient ces paroles : " Dicit lî. Gregorius quod dum l'atri Filius inimolatur, cœlum aperitur; cœli voniunt Potcstates, et cœlestibus ima jnnguntur. n
3. Il O Domine Jesu Christe, adoro te in cruce pendentem et coronam spincani in capite portantem. — .\doro te in cruce vulnera-
tum, felle et aceto potatum; etc. » Cf. Missale Trajecl. (Antverp. 1540), fol. Ixxiv, sq.; etc.
A la suite on ajoute : « Sanctus Gregorius in honore quinquc vulnerum Christi composuisse fertur has salutationes... : « Ave manus dextra Christi. Etc. »
Les expressions employées pour recommander ces pieuses formules font assez voir que l'on n'était pas bien fixé sur leur origine véritable.
i. AA. SS. Mart., t. II, p. t3i, 1.')4. Cf. Legend. aur., cap. xlvi.
Le bréviaire de Passau ( 1521 ) dit du saint pape dans un répons de
son Onice à vêpres :
« Vere felicem prœsulem,
Vere fidei doctorem !
Que petente, panis Christi Formam accepit digiti ; Ad firmandam plebis fidem Versus incruentam carnem. »
5. AA. SS. Mart., t. II, p. 154, 135, 178. Cf. Legend. aur., 1. c.
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