‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaireChapitre 198 sur 589 · NIMBE · texte numérisé non relu

NIMBE

Tout en faisant profession de ne pas m'engager dans cet ouvrage sur le terrain de ce qui peut s'appeler haute archéologie, j'ai pourtant besoin çà et là d'indiquer certaines origines dont la preuve ne peut trouver place en pareil travail. Je n'affirmerai rien que je ne tienne pour vrai (avec quelques preuves, si je ne mè trompe), et je donnerais volontiers mes raisons si le gros volume que voici en laissait le loisir. Mais des dissertations spéciales sur bon nombre de sujets que traverse notre route, conduiraient à être interminable; et l'on peut m' accorder, ce semble, d'après des travaux antécédents, que je ne recule pas devant les citations (même accumulées) lorsque je les crois à leur place. Ici, ce serait sans fin, si l'on voulait saisir l'occasion aux cheveux; et tant d'occasions se présentent dans un livre comme le nôtre, qu'il faut se tenir en garde contre l'entraînement de l'érudition. Il s'agit de mettre en lumière ce qui dans la vie des saints a particulièrement fixé l'attention des peuples, et d'exposer les faits d'où est né ce choix. On conviendra que c'est une tâche fort suffisante, et qu'il serait exorbitant de vouloir appuyer sur les accessoires. Prenons donc comme simple éclaircissement toute considération générale, et courons au plus pressé dès que le nécessaire est dit en ces matières de pure information qui doivent faciliter l'entente du principal sujet.

Le nimbe, pour couper court aux détails qui seraient oiseux ou traînants dans le travail actuel, est un ornement honorifique dont les chrétiens ne sont pas les inventeurs. Réduit à l'état de cercle (ou si l'on veut, do disque) qui environne la tête d'un personnage, il semble avoir eu son point définitif de départ dans les contrées

où la civilisation grecque des Macédoniens confinait nu despotisme de l'Inde. On l'y voit donné à des rois par cette Asie scrvile à la fois et emphatique qui divinisa de bonne heure le pouvoir humain , comme pour masquer et motiver ses bassesses quotidiennes. L'époque chrétienne montre le nimbe circulaire conservé à des personnifications de provinces, de villes, du soleil et de la lune, sans doute parce qu'elles avaient été divinisées autrefois. Mais pour les vivants qu'il s'agissait de faire ressortir comme personnes vénérables par l'autorité ou

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[ARCHÊP

une dignité quelconque, nous voyons de bonne heure et assez longtemps leurs têtes entourées d'un nimbe carré'. On a pu s'en apercevoir déjà (sous le titre Épiscopal, p. 374 ) dans la reproduction d'une peinture exécutée à l'époque de saint Grégoire le Grand. En voici un autre exemple, emprunté au moyen âge par les Bollandistes ^

t. Protevangel. Jacobi Minoris, cap. m (éd. Tliilo, p. IXO-lOI ).

Une prose [Mater matris nomini), dans les vieux Missels de Liège (1iOt»)ct d'Autun (1530), t<!moignc de nette légende, tout en no parlant guère que de saint Joachim parmi les bergers (Cf. Derner, p. 133, etc.) :

< Anna diu sterilifl Apud Detjm hamilis Propter viram anxta ; Qui tarbatas niminm Tritt« p«r »lo<|niam Dattim ad altaria,

Propter Terba priFsali« Juxta Ticem exulta Fagit ad orilia ; Qoi-m rB^le%ti% Huntin* Pnlch<»r Bt propjtina

Blanda per oinquia SolTJt a miftoria.

Per oxempla veterum Cor feren)!, et misertim RediicenK ad ^'audia Veraci prophelia;

Confortai it Rt mon'-travit Quod Mariam BcrPiciam Oigneret ex te, pia. Etc. «

?. O n'eit pas que l'empire grec n'ait Inngt^tnpa cnntiniir dans

l'art les apothéoses païennes des grands dignitaires, conforni('mcntau style de chancellerie qu'il avait hérité de la ilome impériale. L'Occident tenait beaucoup moins à ces traditions serviles. Mais je ne rédige pas une monographie du nimbe avec interprétation des faits particuliers qui dérogent h la théorie générale; et l'Église latine est mon principal objijt. Cf. AA. SS. August., t. I, p. I8G'. — Steph. Borgia, De rntcf velilerna, p. TiS. Buonarroti, Vetri, p. 62; etc., etc. M. V. Didron en a donné pins d'un exemple dans son Iconographif... de Dieu, p. riWJ.

3. AA. SS. .Waii, t. VII, p. Ixxiv. — Quant an mot indimnus pour inrf/flnuj (dans l'estampe, et probablement dans l'original aussi) c'est une erreur si facile à corriger que je ne sais si cela méritait la peine d'être signalé au leclenr. Mais profitons, avec les liollandistcs, de cette occasion pour faire voir que le xi' siècle représentait encore les évêques barbus. Quant au pallinm [nrarium, homophorium), il n'est pas aisé de reconnaître ici ce qu'il y avait de différence à cette époqnr' entre les év^qnes latins et ceux de l'fCulise grecque.

M M lu:.

(Tusl lin évoque AribcrI, ou Hérihcrl (de Milan), qui s'était l'ait représenter oITranl à Dieu {'('j^lisc bâtie ])ar lui sous le vocable de saint Denys son prédécesseur, et sur lequel je n'ai |)as ici à in'élendro aiitrenienl'. Il sullll d'avoir constaté l'usage du quadratum, qui ne semble pas avoir dépassé le xui'' siècle; et de faire voir dans un nioniiinent assez ancien cette vicullc coutume de placer un petit modèle d'église sur la main de son [(jiidaleur. L'unique rcmar(|ue (pii ])eut être utile à ce ])ropos, c'est que le caractère de l'art roman, germanique ou byzantin, est bien reconnaissable dans ce petit édifice où la coupole et ses clochers s'associent avec quelque lourdeur, mais non sans majesté. On serait tenté d'y voir une petite sobor des Slaves orthodoxes (c'est-à-dire scliismati<pies, |)our k^ moins)-.

Le nimbe ])olygone (hexagone souvent), par une sorte de compromis, semble avoir été employé sur la fin du moyen âge pour les personnifications, afin qu'on ne les prît ])as pour des personnes réelles; mais l'exemple n'en est pas IVéqiient, et pourrait bien axoir conquis très-peu d'étendue soit dans It^ liMnps, soit dans l'espace.

Quant au nimbe circulaire, le plus ancien et le plus usité, sa vi'ritable forme aux bonnes époques est déterminée par un coup de compas dont la pointe fixe serait placée à la racine du nez, tandis que l'autre atteindrait en bas la clavicule. Ainsi le cou se trouve compiis dans le cercle, qui dépasse très-sensiblement le front paren haut; et quand le personnage est vêtu, la jiartie inférieure du disque touche à peu près sa robe au-dessus de la poitrine. Vers le xv'' siècle (et quelquefois avant), on trouve des manuscrits entiers oi^i le point de centre s'élève jusqu'au niveau du sommet des sourcils; en sorte que la courbure inférieure passerait sur le menton, ou même entre le menton et les lèvres. Ainsi le cou n'est plus coin[)ris alors dans le nimbe, tandis qu'il s'y trouvait tout entier dans lesNstèinc i)!écédeiit. Ce surlumssement, introduit jjar le désir de l'aire du nouveau, fut encore exagéré plus tard, et réussit encore moins à devenir gracieux. Ce sont des fantaisies doiil l'élude a ])eu d'iinjjorlance pour nous, " bien qu'elle ait son utilité coinine indice chronologique.

Ce que l'on a nommé nimbe crucifère est-il bien réellement timbré d'une croix, ou seulement de trois ravons qui iiuliqueraieni la sainte Trinité'? Problème bon pour ceux (|ui ont du loisir. L'alïaire importante est quv

I. On se ti'oiiipeniit donc Ijuancoup on prétendant y voir saint lléribert do Coloijni', et l'cgiiso de Deutz fondée par lui.

'2. Dieu me f;arde d'envenimer les blessures de l'iiglise ! iMais qu'est-ce que cette prétention ii'orllw<lo.rie arborée comme exclusivement par des peuples chez lesquels la science théologique joue un rôle si mince depuis des siècles, et ([iii se garde liien de prendre le mot d'ordre ecclésiastique ailleurs qu'à la police tomporelli' ou dans les dictées de l'eutrainenii'ut national? I^a l'rancc, san^^ être un modèle tout à l'ait idéal, a trouvé de nombreux martyrs pour tenir tète à la Cuiixliliiliim cieilc iln cierge, votée par une a^siiuMée poiuilaire. Oi' i! ne s'aL;issuit pas ià de foi, si ce n'est dans

ce nimbe se donne aux seules personnes divines et partant à la main droite qui re])résente souvent Dieu le Père (CL Main dicinc). Ce nimbe trilide, ou crucifère, si l'on veut (en un mot le nimbe divin), ne se voit guère comme forme obligatoire avant le xii" siècle; mais à partir de là, son usage est constant; et toutes les fois qu'il est donné à d'autres qu'à l'une des trois personnes divines (y comijris la colombe qui représente le Saint- Ksprit, l'Agneau qui porte les péchés du monde", et la droite céleste dont nous parlions il n'y a qu'un instant), c'est une bévue d'artiste malavisé, à moins que ce ne soit une finesse. Sur les bords du Rhin, je ne sais plus où, quekpie [Kîintre a représenté un mendiant ou voyageur besoigneux dont la tête est entourée d'un nimbe divin ; mais c'est évidemment afin de nous faire entendre que N.-S. Jésus-Christ se tient pour fait à lui-même le traitement qu'aura reçu le pauvre*.

Les trois demi-diamètres (je parle du moins de ce qui est visible ordinairement) dans le nimbe divin, commencèrent par n'être que des bandes plus ou moins larges tractîes sur la direction correspondante aux deux lignes qui suivraient les yeux et le nez. Ces bandes, souvent ornées de pierreries (ou comme on dit, gemmées) s'épatèrent plus tard vers la circonférence; et comme leurs extrémités se rapprochaient quelquefois beaucoup, des maladroits crurent que la croix du nimbe était formée ;par les intervalles qui séparaient ces bandes; en sorte que la croix (si c'en était une) aurait élé oblique au lieu d'être droite \ Sur ce faux patron plus d'une image a été taillée, se taille même encore çà et là par des artistes inattentifs ou inintelligents.

Ces considérations générales ont leur valeur, si on les prend avec la mesure dont il faut toujours tenir compte en affaires où l'usage a précédé les formules réglementaires. Qu'on ne leur attribue donc pas une valeur absolue pour toute époque. Le nimbe divin ne prend guère place, comme prescription bien acceptée, avant le vur' siècle; et encore se contente- t-on alors du nimbe tout simple pour une personne divine, en le retranchant aux saints qui figurent dans la même scène. \oici (p. 577) un verre à feuille d'or gravée qui montre Notre-Seigneur sans nulle subdivision du di.sque où sa tête est enserrée'.

Ailleurs, vers ces époques reculées, Jésus-Christ ne ])ortemême aucun nimbe lorsqu'il paraît .seul. Il est donc

des conséquences médiates. D'où viendrait donc le prétexte de reléguer l'Église latine, en niasse, dans l'hétérodoxie? On peut voir que ce n'est pas nous qui sommes les pins provocateurs.

:{. Toutefois, pjr une sorte de délicatesse peut-être, attendu qu'il s'agissait uniquement de symboles, la colombe et l'agneau n'ont pas toujours le nimbe divin. J'en dirai encore un mot tout à l'heure.

■i. Mattli. XXV, 40, -4.").

."). Cela deviendra plus sensible en examinant le nimlio de l'enfant Jésus dans le dessin qui accompagne plus haut l'article Marie ( \otre-Dauie), p. Tiià.

(i. Cannrri, !>/)•(... ,tav. XVII, p. 38, sg.— Cf. /bf'i/., tav. Vit, VIII.

MMI'.Iv.

l)eaucoup moins surprenant de voir alors la très-sainte Vierge sans cet indice de haute difrnité devant Dieu et

devant les hommes. On en a vu ici même des exemples (Cf. Marie, N.-D.), et j'en donne encore un autre* sur lequel il ne convient pas de s'appesantir en ce moment où les questions générales demandent quelque hâte vers le but.

un peu vite au sujet du niuihe.On a donc dit tout à l'aise, sur la foi de guides mal assurés, que les saints de l'Ancien Testament ne se peignaient pas avec le nimbe. La preuve du contraire est dans notre volume où les Prophètes des i)orles de Saînt-Paul-wD'a-nuiro^ sont tous nimbés-. Mais il reste une excuse à ceux qui pensèrent pouvoir établir ce fait comme généralement observé. C'est que bien des personnages de la Bible ne figurent pas pour eux-mêmes dans les vieilles peintures chrétiennes. On pourrait même énoncer que leur nMe habituel y est symbolique pour élever la pen.sée du spectateur vers celui dont ils étaient le type dans le dessein de Dieu. Dès lors Jésus-Christ, fin de la loi ancienne (Rom. x, h; etc.), les efface par sa venue où se réalisent les promesses; et ce qui était symbole se trouve relégué dans l'ombre. C'est encore pourquoi l'emblème du Bon Pasteur, quoique emprunté à l'Évangile, ne reçoit à peu près jamais le nimbe, même dans sa forme la plus simple ■'.

Tel ou tel écrivain du moyen âge, dans des livres dont la valeur a (fié portée trop haut |)ar certains compilateurs qui trouvaient bon de sim|)lilier leur besogne, va parfois

Cependant l'Agneau divin est souvent nimbé, ou distingué par quelque signe équivalent ; peut-être comme symbole particulièrement auguste. Mais ne nous abandonnons pas à la pente des épisodes, si excusables et si utiles qu'ils puissent être. Un ouvrage reste encore à faire sur maintes (piestions que nous devons écarter pour laisser place aux détails de la vie des saints.

On a parfois employé comme expressions synonymes, les mots auréole et nimbe, langage qui n'est pas conforme il la coutimie liturgique. Les canonistes désignent assez ordinairement l'auréole par ces mots latins radia- Itivi capnt, et le nimbe par ces autres diadema circa capnl. Or il est admis par la congrégation des Rites que le nimbe {diadema circa capnt) doit être employé uniquement pour les saints; tandis (|ue l'ain-éole [radiatum capnl) distingue les bienheureux, c'est-à-dire ceux dont

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