JUGEMENT DERNIER
Lorsque les artistes du moyen âge veulent rappeler la grande scène du dernier jour, sans pourtant lui consa-
crer une étendue considérable, ils représentent Notre- Seigneur assis sur un arc-en-ciel. L'Église grecque suivait un autre programme, que M. le docteur P. Durand vient d'expliquer tout récemment'. Ces simples données, ordinairement sans aucune addition, suflisaient pour être compris. Tout au plus voyait-on quelquefois sortir de la bouche du souverain juge un glaive indiquant la parole suprême qui séparera les bons des méchants ; ou bien deux anges sonnant de la trompette, pour indiquer l'appel qui fera sortir les morts de leurs tombeaux. 11 faut donc avoir dans la pensée ces formes reçues alors, pour se contenter de cette indication sommaire au lieu des grandes pages que la sculpture et la peinture ont employées quand il s'agissait de développer ce motif.
En conséquence il ne faut pas s'attendre ici à me voir expliquer les fonctions que remplissent divers person- . nages dans les grandes représentations du dernier jugement. Ce serait matière à bien des détails qui n'appartiennent pas nécessairement au sujet de mon livre. Saint Jean-Baptiste et la très-sainte Vierge agenouillés à gauche et à droite de Jésus-Christ, les douze apôtres siégeant au-dessous de lui comme des assesseurs, saint Michel portant en main la balance qui doit éprouver les âmes, Abraham tenant en son giron une grande draperie qui renferme maintes petites figures indiquant le séjour des anciens justes dans les limbes comme en un vestibule du paradis; tout cela n'est point l'affaire de ce moment. Il ne s'agit que des saints dont la caractéristique est le jugement dernier résumé en quelques traits.
Le B' Amalaire, archevêque de Trêves; 10 juin, 832. On l'a quelquefois représenté assis, entouré de ses livres, et ayant comme une vision du jugement dernier. Cela tient à ce que , savant liturgiste, il passe pour avoir rédigé l'Oflice des morts.
Cette relation entre les prières pour les défunts et l'idée du jugement dernier, mérite qu'on la fasse remarquer en passant. Elle n^e semble bien appréciable dans l'ensemble des paroles dont se compose l'Oflice de l'Église pour les morts. Quantité de passages y paraissent supposer que la destinée éternelle des âmes pour lesquelles on prie n'est pas encore fixée; comme si le dernier jour du monde faisait autre chose pour la plupart des hommes, que de publier à la vue de tous le résultat du jugement particulier qui arrête le sort de chacun immédiatement après son décès. D'autre part les peintures du jugement dernier au moyen âge, et certaines expressions de la poésie chrétienne dès les premiers siècles, ont l'air de dire qu'il peut y avoir encore remède jusqu'au prononcé de la sentence qui doit retentir au dernier jour. Quelques théologiens ont donné une solution facile à cette difliculté, en traitant un peu k-s-
1. Ubus, Fasti, t. XHI, p. 493-495. — AA. SS. Oclobr., t. X, p. 887, 901, 905. - '2. AA. SS. Septembr., t. VI, p. 293, sqq.
3. AA. SS. Uart., U II, p. 680. — 4. Ibid., p. 087 l'ËTIMACIA. Chartres, 1807.
S. Étttde